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Chapitre 4 : Le Banquet des Ombres 1

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2026-01-19 02:46:36

Giulia

Le silence du bureau après vingt heures est un être vivant. Il s’installe lourdement sur mes épaules, s’infiltre dans mes poumons, remplace le sang dans mes veines par un liquide glacé et stagnant. Sous la lumière crue de ma lampe, mon visage dans le reflet noir de l’écran est un masque de fatigue. Les cernes sont des vallées violettes creusées par des nuits comme celle-ci, par des regards qui transpercent, par des sourires qu’il faut soutenir.

Le rapport. Trois années de l’existence de Conti Industries réduites à des colonnes impitoyables. Des profits, des pertes, des projections. Lorenzo a exigé des comparaisons absurdes, des croisements de données qui n’ont aucun sens opérationnel. Ce n’est pas du travail. C’est une potence en papier, et je suis le bourreau qui doit en vérifier la solidité. C’est notre rituel : sa colère qui trace le cercle, mon immobilité qui en est le centre.

Je ferme les yeux, et c’est une erreur. Immédiatement, le souvenir du déjeuner inonde l’obscurité derrière mes paupières, plus vif, plus cruel que la réalité.

Plus tôt dans la journée. Le Bistrot du Coin.

La lumière du midi était trop joyeuse. Elle inondait la salle, faisait étinceler les couverts, donnait à chaque visage une apparence de santé factice. Je l’avais vue avant qu’elle ne me voie. Chiara, assise près de la fenêtre, tournée vers la rue. Elle avait cette posture des êtres comblés, légèrement penchée en avant comme si elle attendait que le bonheur lui arrive de la rue pour l’embrasser encore.

Quand elle m’a aperçue, son visage s’est illuminé d’un sourire si franc, si pur, qu’il m’a physiquement arrêtée net sur le seuil. Une douleur aiguë, fulgurante, m’a transpercée juste sous les côtes.

— Giulia ! Ici !

Sa voix, claire comme une clochette, traversait le bourdonnement du restaurant. Je me suis forcée à avancer, les muscles de mon visage déjà tendus dans ce qui deviendrait un sourire pendant les deux heures à venir.

Nous nous sommes embrassées, joue contre joue. Elle sentait le lilas et le bonheur.

— Tu as bonne mine, avait-elle menti en me dévisageant, une ombre de préoccupation dans ses yeux de biche. Un peu fatiguée, peut-être. Ce nouveau poste est si exigeant ?

— Ça va, c’est stimulant, avais-je répondu, les mots sortant tout seuls, creux et convenus. Et toi ? Tu rayonnes.

Elle avait rougi, un rose délicat qui montait à ses pommettes. C’était vrai. Elle rayonnait. Une lumière venue de l’intérieur, chaude et dorée, qui me brûlait les rétines.

— Je ne peux pas arrêter d’y penser, avait-elle chuchoté en se penchant, comme si elle partageait un secret d’État. À tout. Aux fleurs, à la musique, à la robe… Lorenzo est d’une patience d’ange, tu imagines ? Il écoute mes délires sur les nuances de blanc pendant des heures !

Elle avait sorti de son sac une pochette en tissu et en avait extrait délicatement, comme des reliques, plusieurs échantillons de soie. Elle les avait étalés sur la nappe blanche, entre nos verres d’eau.

— Regarde. Celui-là, c’est le satin duchesse. Trop lourd, tu ne trouves pas ? Et celui-ci, de la mousseline de soie. Léger, aérien… mais un peu trop simple. Et puis il y a mon préféré.

Elle avait pris un troisième carré, d’un rose poudré à peine perceptible, comme un soupir coloré.

— Le crêpe de soie. Il absorbe la lumière d’une manière… douce. Il est vivant. Lorenzo l’a choisi avec moi. Il a dit…

Elle s’était interrompue, une émotion nouant sa voix.

— Il a dit que c’était la couleur de mon âme. Joyeuse et douce. Qu’il voulait que je marche vers lui vêtue de mon propre esprit.

Le couteau qui me transperçait depuis mon arrivée s’est enfoncé plus profondément, avec une lenteur exquise. J’ai porté une main à ma bouche, feignant de toussoter.

— C’est… une très belle phrase, avais-je réussi à articuler.

— N’est-ce pas ? avait-elle soupiré, les yeux brillants de larmes de bonheur. Parfois, Giulia, je me pince. Lui, Lorenzo Conti, avec moi. C’est tellement… inattendu. Tellement merveilleux. Tu le connais si bien, au travail. Tu vois ce côté… ferme, décidé. Mais avec moi…

Elle avait baissé la voix, son regard devenant confus, presque rêveur.

— Avec moi, c’est un autre homme. Il est attentif. Il écoute. Il se souvient de tout ce que je dis. Même des bêtises. Parfois, le soir, quand nous dînons, il a ce regard… lointain. Comme s’il suivait une pensée très loin, au-delà des murs. Je lui demande à quoi il rêve, et il se tourne vers moi, et ce sourire… il revient, mais c’est comme s’il devait faire un long voyage pour revenir à moi. Et quand il revient…

Elle avait fermé les yeux, savourant le souvenir.

— Quand il revient, c’est comme si le soleil se levait juste pour moi. C’est intense. Presque… douloureux de bonheur.

Chaque mot était un scalpel. Chaque image qu’elle peignait , ses mains sur les siennes, ses sourires partagés, ses silences complices , était une scène de la vie que j’avais imaginée pour moi. Avec lui. La vie que j’avais sacrifiée.

Le serveur était arrivé, interrompant le supplice. Elle avait commandé une salade colorée, pleine de vie. J’avais pointé du doigt le premier plat sur le menu, sans le voir.

— Et toi, ma grande ? avait-elle demandé tandis qu’on emportait les échantillons de soie. Rien de nouveau à l’horizon ? Un beau mystérieux qui te ferait oublier ce vieux grincheux de patron ?

Le rire qui était sorti de ma bouche avait un son étrange, métallique.

— Non, rien. Le travail me suffit.

— Il ne faut pas, tu sais. Tu es encore si belle. Tu mérites tellement de bonheur.

Elle avait posé sa main sur la mienne. Sa peau était chaude, pleine de vie. La mienne était froide, de marbre.

— Mon bonheur, à moi, c’est de te voir heureuse, Chiara. Vraiment.

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