LOGINIl y a cinq ans, Giulia a fait le choix le plus déchirant de sa vie : quitter Lorenzo, l’homme qu’elle aimait, pour le sauver d’une ruine financière qu’il ignorait. Elle a endossé le rôle de l’ambitieuse, acceptant d’épouser un homme riche pour que Lorenzo puisse repartir libre. Cinq ans plus tard, Lorenzo est de retour. Riche, puissant et habité par la haine, il l’humilie en la faisant travailler sous ses ordres. Pire, il séduit et demande en mariage sa sœur cadette, Chiara . Giulia se retrouve piégée dans un double martyre : supporter chaque jour le mépris de l’homme qu’elle aime encore, tout en assistant, le cœur brisé, au bonheur apparent de sa propre sœur avec lui. Giulia garde le silence, préférant absorber la vengeance de Lorenzo plutôt que de détruire le bonheur de Chiara. Elle porte seule le poids de son sacrifice et de son amour intact, jusqu’au jour où l’humiliation publique poussée trop loin révèle malgré elle la vérité. Quand sa sœur découvre la lettre qu’elle n’a jamais envoyée , celle qui raconte toute la vérité , le fragile édifice de mensonges s’effondre. Mais pour Giulia, trop de souffrance a déjà eu lieu, trop de silences ont creusé un abîme. Même face au remords de Lorenzo, elle se demande si l’amour qui couve encore sous les cendres de leur histoire pourra jamais renaître… ou si certaines blessures condamnent à aimer dans l’ombre, à jamais.
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La pluie frappe les vitres de l’open space comme un rappel incessant. Chaque goutte semble scander le même mot : pourquoi, pourquoi, pourquoi. Je fixe l’écran de mon ordinateur, les chiffres dansant devant mes yeux sans que mon cerveau ne les retienne. Mon univers, désormais, se résume à ce bureau minuscule, à cette chaise qui grince, et à la vue, depuis ma place, de la grande porte en chêne de son bureau.
Son bureau , Lorenzo.
Le bruit familier des talons hauts sur le parquet stratifié me fait sursauter. C’est Sofia, l’assistante de direction. Son sourire est une fine lame.
— Rossi, M. Conti vous demande. Immédiatement.
Ma bouche est sèche. Je hoche simplement la tête, me levant d’un mouvement trop brusque. Je sens les regards en coin de mes collègues, ce mélange de pitié et de curiosité malsaine. Je suis la nouvelle, la bouche-trou, celle que le PDG semble avoir en grippe personnellement. Ils ne savent pas. Ils ne peuvent pas savoir.
Le chemin vers sa porte est un couloir de honte. Je frappe, deux coups discrets.
— Entrez.
Sa voix. Cinq ans n’y ont rien changé. Elle traverse le bois et me transperce, mélange détonant de velours et de glace. J’entre.
Lorenzo Conti est debout devant la baie vitrée, silhouette découpée dans la lumière grise de Milan. Il ne se retourne pas tout de suite. Il me laisse le temps d’avaler ma peur, de constater le luxe froid de la pièce, de remarquer la photo d’engagement discrète sur son bureau. Un éclat de rire cristallin, des cheveux blonds dans le vent. Chiara.
La douleur est si vive, si soudaine, que j’en ai le souffle coupé.
Il se retourne enfin. Ses yeux, d’un brun si profond qu’il frôle le noir, se posent sur moi. Il n’y a plus trace du jeune homme rêveur que j’ai aimé. Il y a à la place cet homme ciselé par le succès et la rancune, dont le regard vous pèse et vous juge.
— Rossi.
Il ne m’appelle jamais par mon prénom. C’est toujours mon nom de famille, jeté comme un défi, une insulte.
— Monsieur Conti.
— Le rapport d’activité du trimestre. Il devait être sur mon bureau à neuf heures. Il est neuf heures sept.
— Je… Je l’ai déposé dans le système de gestion partagée hier soir, monsieur. Comme convenu.
Il avance de quelques pas, lentement. L’espace de la pièce semble se rétrécir autour de lui.
— J’ai dit sur mon bureau, Rossi. Pas perdu dans les méandres d’un serveur. Je veux du papier. Je veux des choses tangibles. Vous croyez que j’ai le temps de jouer aux devinettes avec vos compétences numériques limitées ?
Chaque mot est calibré pour humilier. Je baisse les yeux, les paumes moites. Pour toi. Tout ça, c’était pour toi. Le mantra résonne dans ma tête, bouclier fragile.
— Je vais l’imprimer immédiatement.
— Trop tard. J’ai un rendez-vous. Vous le referez. Manuellement. Une analyse comparative avec les données des deux derniers exercices, pas seulement le dernier. Je le veux pour demain matin, huit heures. Ici. Sur mon bureau.
C’est une tâche de quinze heures. Une mission impossible. Je lève les yeux, malgré moi.
— Mais… les chiffres des deux derniers exercices ne sont pas dans ma base d’accès, je…
— Trouvez un moyen, coupe-t-il, glaciale. C’est à cela que vous servez, non ? À trouver des solutions pour les problèmes que vous avez vous-même créés ?
Le sous-entendu est clair. Le passé. Ma prétendue trahison. Il me regarde, attendant une réaction, une étincelle, un signe de faiblesse qu’il pourrait écraser.
Je serre les dents si fort que ma mâchoire fait mal. Je baisse de nouveau les yeux, une soumission apprise, nécessaire à ma survie.
— Bien, monsieur Conti.
Un silence tombe, lourd, chargé de tout ce qui n’est pas dit. De l’amour transformé en poison. De la vérité qui brûle ma langue. Il tourne le dos, regardant à nouveau la ville.
— C’est tout. Sortez.
Je m’exécute. La porte se referme derrière moi avec un clic sourd. Je reste un instant immobile dans le couloir, le dos contre la paroi froide, à lutter pour respirer normalement. Les rires venant de la salle de pause me parviennent, étouffés. Une voix joyeuse, familière, domine les autres.
— …absolument sûr pour la couleur des fleurs ? Je pense que des pivoines roses et blanches…
Chiara.
GiuliaSix mois.Mon ventre est énorme maintenant. Stella donne des coups de pied la nuit. Je lui parle, je chante pour elle, je lui raconte des histoires.Matteo vient toujours chaque week-end. Il m'aime toujours. Je le sais.— Tu es belle, dit-il en me regardant. Encore plus belle qu'avant.— Je suis énorme, je ris.— Tu es en vie. C'est tout ce qui compte.
Pendant cinq ans, j'ai vécu avec Alessandro. Pendant cinq ans, j'ai porté ce mensonge. Pendant cinq ans, j'ai souffert en silence.Et puis Alessandro est mort. Cancer du pancréas. Je suis restée à son chevet jusqu'à la fin. Je lui ai tenu la main. Je l'ai accompagné.Parce que c'était un homme bon, au fond. Parce qu'il m'avait sauvée, à sa façon. Parce qu'il méritait de ne pas mourir seul.Je suis retournée à Milan. J'ai repris ma vie. J'ai retrouvé mon travail, mes amis, ma famille.Et je l'ai retrouvé, lui.Lorenzo.Il était re
Je marche. Lentement. Prudemment. Mes pas résonnent sur le pavé mouillé. Les réverbères éclairent la rue, projettent des ombres dansantes sur les murs, les fenêtres, les portes.Je ne sais pas où elle habite. Je sais juste qu'elle est là. Quelque part. Dans ce village. Dans cette nuit. Dans cette vie sans moi.Je marche longtemps. Des heures peut-être. Je ne compte pas. Je ne regarde pas l'heure. Je ne regarde que les fenêtres éclairées, les rideaux tirés, les vies qui se cachent derrière.Et puis, je la vois.Une maison. Plus petite que les autres. Plus isol&eac
LorenzoLes semaines passent. Je deviens fou.J'ai l'adresse. Je pourrais y aller. La route est longue, mais je la connais par cœur. Je l'ai étudiée sur les cartes, sur les GPS, sur les photos satellites. Je sais où tourner, où ralentir, où m'arrêter.Mais je n'ose pas.Elle est enceinte. Elle est fragile. Si je débarque comme un fou, je vais lui faire peur. La faire fuir encore. Plus loin. Plus profond. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun endroit où aller, plus aucun refuge, plus aucun
GiuliaLes toilettes du cinquante-septième étage sont un espace de marbre froid et de lumières blafardes, trop crues. Je m’y suis réfugiée, verrouillée dans un cabinet, les poings enfoncés dans ma bouche pour étouffer les sanglots qui me secouaient comme une crise. Mon visage dans le miroir est une
Giulia L’appartement silencieux m’avale. Chaque meuble, chaque surface polie, me rappelle que cette beauté est le décor d’une prison. La journée m’a vidée, laissant derrière elle une coquille craquelée, prête à s’effondrer à la moindre pression. Le souvenir de l’humiliation dans le bureau de Lore
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Lorenzo Le reste de l’après-midi est un bourdonnement sans signification. Réunions, rapports, décisions. Des mots, des chiffres, des projections. Rien ne s’ancre. Mon esprit est un champ de ruines, obsédé par la seule image qui compte : ses yeux, ce matin, au bord de l’effondrement. Cette fragilit












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