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Chapitre 3 : Pas inquiet 2

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-03 23:15:26

Léo

Un souvenir me revient, flou. Elle en a parlé, il y a quelques jours. Un vernissage. Quelque chose sur l’art contemporain. Elle avait semblé… intéressée. Plus qu’à son habitude. Je n’avais pas écouté vraiment. L’art contemporain, pour moi, c’est souvent du désordre organisé. Je préfère les lignes claires.

Mais elle y est. Immobile. Depuis des heures.

Alors je fais ce que je n’ai jamais fait. Ce que je me jure de ne jamais faire. Je saisis mes clés. Je sors. Je descends dans le parking souterrain. Mon moteur gris métallisé rugit dans le béton. Je sors dans la nuit parisienne, et je pointe le GPS vers cette rue, vers ce point bleu qui clignote comme une alarme silencieuse.

Le trajet est un flou gris. Les feux rouges sont interminables. Les piétons trop lents. Une colère froide monte, remplace l’inquiétude. Ce n’est pas la colère du mari trompé, pas encore. C’est la colère de l’architecte face à l’effondrement imprévu. On a construit quelque chose à deux. Elle a changé les règles du jeu sans me prévenir. Elle a introduit une variable inconnue dans notre équation parfaite.

Je me gare en double file, sans même m’en soucier. Je reconnais le nom sur la devanture éteinte : L’Éclat Fracturé. La galerie est sombre, fermée. Le vernissage est fini depuis longtemps. Mais le point bleu est là. Juste à côté. Dans l’immeuble d’à côté.

Je lève les yeux. C’est un vieil immeuble avec de grandes fenêtres. Au troisième étage, une lumière est allumée. Une lumière chaude, orangée. Pas la lumière neutre d’un néon. La lumière d’une lampe, d’un atelier.

Je n’ai pas à sonner. La porte d’entrée est entrouverte, coincée par un cendrier. Je la pousse. L’escalier en bois craque sous mes pas. L’odeur est forte : peinture, poussière, vieilles pierres. Une odeur qui n’a rien à voir avec le neutre, le propre, l’aseptisé de notre univers.

Je monte. Mon cœur bat, mais c’est un battement régulier, froid, comme le marteau-pilon sur un chantier. Je suis sur le palier du troisième. Il n’y a qu’une seule porte. En bois massif, avec des éclats de peinture multicolores sur le bas.

De l’autre côté, il y a de la musique. Pas du classique. Quelque chose de sombre, de répétitif, avec une basse qui fait vibrer le plancher. Et des voix ? Non. Pas de voix.

Je lève la main. Je devrais frapper. C’est ce que font les gens civilisés. Mais la civilisation, ce soir, elle est restée dans mon appartement avec les saint-jacques au frigo.

Je pousse la porte.

Elle n’est pas verrouillée non plus.

Elle s’ouvre sur un espace immense, un loft inondé de cette lumière dorée. Des toiles partout, contre les murs, posées au sol, certaines terminées, d’autres juste des ébauches de rage colorée. L’air est épais de poussière de pigments.

Et au centre, il n’y a pas deux personnes.

Il y en a trois.

Camille est assise sur un tabouret haut, le dos voûté. Elle a enlevé son manteau. Ses cheveux sont défaits. Elle tient un verre à moitié plein d’un liquide rouge sombre. Elle me regarde quand j’entre, mais son regard est vitreux, lointain. Comme si elle me voyait à travers une vitre épaisse.

Debout près d’elle, une main posée sur son épaule d’un geste qui se veut protecteur mais qui a la tension d’une possession, il y a un homme. La trentaine, aussi. Chemise noire déboutonnée, regard vif qui m’évalue instantanément. Un rival ? L’idée me traverse l’esprit, rapide.

Et puis, il y a Elle.

Eléna. Elle est adossée à un chevalet géant, les bras croisés. Elle n’a pas bougé quand la porte s’est ouverte. Elle me regarde. Pas avec surprise. Avec une sorte de satisfaction sombre, comme si j’avais enfin pris ma place dans une composition qu’elle avait prévue.

Le silence qui tombe est plus assourdissant que la musique, que soudain quelqu’un a coupée. L’homme près de Camille retire sa main, lentement.

— Léo…

C’est Camille qui parle. Une syllabe à peine. Un souffle.

Je ne lui réponds pas. Je regarde Eléna.

— Tu dois être Léo.

Sa voix est exactement comme je l’imaginais, en l’entendant de loin. Grave. Assurée. Elle n’ajoute pas « le mari ». Juste mon nom, comme un fait.

— Et vous êtes ?

— Eléna. C’est mon atelier.

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