تسجيل الدخول(Point de vue d'Imelda)---Le trajet du Vermont jusqu'à New York dura cinq heures. Marcus conduisait, les yeux fixés sur la route, les mains détendues sur le volant. Chloé était assise à l'arrière, son téléphone à la main, plongée dans les archives en ligne qu'elle n'avait pas cessé d'éplucher depuis qu'ils avaient quitté la maison d'Helena Kowalski.Imelda était à l'avant, le regard perdu vers les forêts qui défilaient derrière la vitre. Les mots d'Helena tournaient en boucle dans sa tête.« Ce n'était pas un accident. Arthur disait qu'on avait tué ces gens. Les Taylor. Et que votre père n'était qu'un pion. »Pas un accident. Un meurtre. Son père n'était pas coupable. Il était une victime, lui aussi.« Vous voulez qu'on fasse le point ? » demanda Marcus, rompant le silence.Chloé releva la tête de son téléphone. Imelda hocha lentement la tête.« D'accord. Voilà ce qu'on sait, » dit Marcus. « Un SUV noir a frôlé la voiture d'Edward Pearce juste avant la collision. Arthur Kowalski l'a
(Point de vue d'Imelda)---Les semaines qui suivirent la décision d'enquêter furent une étrange parenthèse dans la vie d'Imelda.Le matin, elle allait à L'Écrin. Elle lisait des manuscrits, rédigeait des fiches, buvait du café avec ses nouvelles collègues. Le soir, elle rentrait au penthouse, dînait en silence, évitait Celeste, supportait les regards de Jordan – ces regards qui s'attardaient sur elle maintenant, comme s'il cherchait quelque chose qu'il ne trouvait plus. Et la nuit, quand elle était sûre que personne ne la surveillait, elle ouvrait son ordinateur portable et retrouvait Chloé et Marcus en ligne.Ils avaient créé un groupe de discussion sécurisé. Un espace virtuel où ils échangeaient des documents, des hypothèses, des pistes. Marcus avait été clair dès le début : rien ne devait filtrer. Jordan ne devait rien savoir. Si jamais il découvrait qu'ils enquêtaient sur l'accident, il pourrait tout faire capoter – ou pire, s'en prendre à Imelda.Les premiers jours furent consac
(Point de vue de Marcus)---Il fallut encore deux semaines avant que Chloé ne se décide à contacter Imelda.Marcus ne la pressa pas. Il savait que ce n'était pas simple. Chloé avait été blessée, repoussée, rayée de la vie de son amie sans explication. Même en sachant la vérité, même en comprenant qu'Imelda avait été manipulée, la douleur de l'abandon ne s'effaçait pas d'un coup.Ils se voyaient régulièrement, dans des cafés discrets, loin du penthouse, loin de Jordan. Chloé posait des questions, encore et encore, comme si elle avait besoin d'entendre l'histoire plusieurs fois pour y croire vraiment. Marcus répondait, patiemment, même quand les questions faisaient mal.« Comment il a pu faire ça ? » demanda-t-elle un jour, les yeux rouges. « Comment on peut épouser quelqu'un juste pour le détruire ? »« En se persuadant que c'est juste. En se disant qu'on venge ses parents. En fermant les yeux sur tout le reste. »« Et vous ? Vous saviez tout ça, et vous n'avez rien fait ? »Il accusa
(Point de vue de Marcus)---Marcus Webb n'avait pas dormi depuis le gala.Il était rentré chez lui tard, avait retiré son smoking, l'avait jeté sur le canapé défoncé, et s'était servi un verre de vin rouge qu'il avait bu debout, face à la fenêtre. La ville scintillait au-dehors, indifférente. Il ne la voyait pas. Il revoyait le visage d'Imelda Taylor, seule près de cette colonne, son poignet nu, ses yeux vides.Il l'avait regardée longtemps avant de s'approcher. Trop longtemps. Il avait hésité, pesant le pour et le contre, se demandant s'il avait le droit de lui adresser la parole après tout ce qu'il savait. Après tout ce qu'il n'avait pas fait.« Vous allez bien ? »La question était ridicule. Il savait qu'elle n'allait pas bien. Il savait tout. Jordan lui avait tout raconté, au fil des années – le plan, les phases, la vengeance. Et il n'avait rien dit. Il s'était contenté de mettre en garde son ami, de le traiter de psychopathe, de lui dire qu'il allait trop loin. Mais il n'avait j
(Point de vue d'Imelda)---La boîte de pilules pesait dans sa poche comme une déclaration silencieuse.Imelda marchait dans les rues de l'Upper East Side, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le col relevé contre le vent frais du printemps. Elle n'avait pas de destination précise. Elle avait juste besoin d'être dehors, loin des murs du penthouse, loin des regards qui la jugeaient ou l'ignoraient.Elle avait croisé Jordan dans le couloir. Il avait vu la boîte. Il avait dit Tu n'as pas à faire ça, et elle avait failli rire. Pas de joie. D'ironie pure. Lui qui avait envoyé Madame Delacroix avec ses plateaux et ses comprimés pendant des mois, lui qui l'avait forcée à avaler ces pilules une par une, lui disait maintenant qu'elle n'avait pas à le faire.Trop tard. Beaucoup trop tard.Elle tourna au coin d'une rue, passa devant une librairie. La vitrine exposait des nouveautés – des romans, des essais, des biographies. Elle s'arrêta un instant, regardant les couvertures sans
(Point de vue de Jordan)---Madame Delacroix frappa à la porte du bureau avec sa ponctualité habituelle. Jordan leva les yeux de ses dossiers, surpris. La gouvernante ne venait jamais le déranger à cette heure-ci. Elle avait ses ordres, ses routines, ses rapports hebdomadaires. Le reste du temps, elle était invisible, ce qui convenait parfaitement à Jordan.« Entrez. »Elle pénétra dans la pièce, droite comme toujours, son chignon strict ne laissant échapper aucune mèche. Son visage était impassible, mais il y avait dans sa façon de se tenir une légère hésitation, comme si ce qu'elle s'apprêtait à dire n'entrait pas dans ses protocoles habituels.« Monsieur Taylor. Je me permets de vous informer d'un changement concernant Madame. »Jordan reposa son stylo. « Quel changement ? »« Madame Taylor est venue me voir ce matin. Elle m'a demandé une boîte de pilules contraceptives. Des pilules suivies, pas du lendemain. Elle souhaite les garder à sa disposition. »Le silence qui suivit fut p







