LOGINVilanova Dersis n’a jamais eu le droit de choisir sa vie. Mais lorsqu’on lui impose d’épouser Kaelen Dravenor, l’homme redouté que tout le monde surnomme le Diable Noir, elle comprend que ce mariage n’a rien d’une alliance ordinaire. C’est une sentence. Froid, puissant, inaccessible, Kaelen règne sur son empire avec une maîtrise terrifiante. Il ne pardonne rien et semble avoir fait de la vengeance sa seule loi. En entrant dans sa maison, Vilanova croit devenir la prisonnière d’un homme sans cœur. Pourtant, derrière son regard impitoyable, elle devine peu à peu une blessure plus ancienne, plus sombre… et plus dangereuse que tout ce qu’on raconte sur lui. Mais Kaelen ne l’a pas épousée par hasard. Entre leurs deux familles dort un secret capable de réduire des vies entières en cendres. Et plus Vilanova s’approche de la vérité, plus elle comprend que son nom, son passé et même sa présence auprès de lui font partie d’un plan qu’elle n’a jamais vu venir. Prise au piège entre la haine, l’attirance, les mensonges et une obsession grandissante, elle découvre que dans le monde du Diable Noir, aimer n’est jamais un refuge. C’est un risque. Une chute. Une condamnation. Dans un univers de luxe, de pouvoir, de trahison et de passion dévorante, Vilanova devra choisir : fuir l’homme qui pourrait la détruire ou céder à celui qui est déjà en train de la consumer.
View MoreVILANOVA
La pluie tombait depuis le matin. Elle ne frappait pas les vitres avec violence ; elle glissait dessus avec une obstination froide, comme si le ciel s’était installé pour durer, pour peser sur la maison entière et lui rappeler qu’il existe des jours où la lumière renonce sans faire de bruit. Je me tenais près de la grande fenêtre du salon bleu, une tasse de thé entre les mains, à regarder le jardin se dissoudre lentement sous le gris. Les rosiers ploiaient sous l’eau. Les allées de gravier disparaissaient par endroits. Au loin, les cyprès formaient une ligne sombre, presque sévère, comme une frontière que personne n’était censé franchir. La maison était silencieuse, mais ce n’était pas un silence paisible. C’était celui, lourd et tendu, qui précède les mauvaises nouvelles. Celui qui rampe le long des murs. Celui qui vous entre dans le corps sans que vous sachiez encore pourquoi. Depuis plusieurs jours, quelque chose s’était déplacé ici. Ma mère parlait moins qu’à l’ordinaire. Mon père restait enfermé dans son bureau plus longtemps que nécessaire. Les appels s’interrompaient dès que j’entrais dans une pièce. Même Selene, qui d’ordinaire trouvait toujours un moyen élégant de me blesser, semblait distraite par une inquiétude plus grande que sa jalousie. Je l’avais senti. Sans pouvoir le nommer, je l’avais senti. Il y avait dans l’air une menace qui n’avait pas encore de visage. Je portai la tasse à mes lèvres, mais le thé était devenu froid. Je la reposai sur la table basse sans la quitter des yeux. Mes mains étaient calmes. Je les regardai avec attention, comme si elles appartenaient à une autre femme. Une femme plus sûre d’elle. Une femme à qui l’on n’annonçait pas brutalement la fin de son existence. La porte s’ouvrit derrière moi. Je n’eus pas besoin de me retourner tout de suite pour savoir que c’était mon père. Il avait une façon bien à lui d’entrer dans une pièce : sans hésitation apparente, mais avec ce léger arrêt dans la respiration qui le trahissait lorsqu’il cherchait à contrôler quelque chose. Je fermai les yeux une seconde. Puis je me tournai vers lui. Il se tenait sur le seuil, impeccablement vêtu comme toujours, même à la maison. Veste sombre. Chemise parfaitement boutonnée. Visage fermé. Pourtant, malgré son apparente tenue, il y avait dans sa posture une fatigue inhabituelle, comme si plusieurs années venaient de lui tomber d’un seul coup sur les épaules. — Père ? Il referma la porte derrière lui. Ce geste, si simple, me glaça. Il ne s’approcha pas immédiatement. Son regard glissa sur le salon, sur les rideaux, sur la console en marbre, sur le feu presque éteint dans la cheminée. Partout, sauf sur moi. Lorsqu’il faisait cela, c’était qu’il cherchait des mots qu’il n’avait aucune envie de prononcer. Je le connaissais trop bien pour ne pas le voir. — Vilanova, dit-il enfin. Sa voix était grave, plus basse que d’habitude. Je me redressai malgré moi. — Il faut que nous parlions. Cette phrase, dans la bouche d’un père, ne devrait jamais avoir la violence d’une lame. Pourtant, je sentis déjà quelque chose se contracter dans ma poitrine. — De quoi s’agit-il ? Il avança de quelques pas. Pas assez pour me rassurer. Juste assez pour rendre impossible toute fuite polie. Je remarquai alors qu’il tenait une enveloppe à la main. Ivoire. Épaisse. Officielle. Je n’aimai pas la manière dont ses doigts la serraient. — Assieds-toi, me dit-il. — Je préfère rester debout. Il eut une brève hésitation. Puis il inclina légèrement la tête, comme s’il n’avait ni la force ni le temps d’insister sur les convenances. — Comme tu voudras. Il y eut quelques secondes de silence. La pluie poursuivait son murmure monotone contre les vitres. Dans la cheminée, une braise céda dans un petit bruit sec. — Ton mariage a été décidé, dit-il. Je crus d’abord avoir mal entendu. Le monde ne s’arrêta pas d’un coup ; il se déforma. Comme si la pièce entière venait de glisser hors de son axe. Je regardai mon père sans comprendre. Son visage me paraissait soudain lointain, presque irréel. — Mon… mariage ? Il soutint enfin mon regard. Et ce que je vis dans ses yeux ne ressemblait pas à de la dureté. C’était pire. C’était de la résignation. — Oui. Je laissai échapper un rire bref, vide, qui n’avait rien de joyeux. — Non. — Vilanova— — Non, répétai-je plus distinctement. Ce n’est pas une décision que l’on m’annonce comme on annonce un dîner ou un déplacement. Je fis un pas vers lui. Je ne savais pas encore si j’étais plus choquée que blessée. — Qui a décidé cela ? Il ne répondit pas immédiatement. — Père. — Les circonstances nous y obligent. Cette fois, ma gorge se serra. Les circonstances. Les hommes de notre monde ont toujours des mots très propres pour désigner les violences qu’ils infligent aux femmes. Les circonstances. Le devoir. L’honneur. La famille. Derrière chacun de ces mots, il y a presque toujours une cage. — Je ne t’ai pas demandé pourquoi, dis-je avec lenteur. Je t’ai demandé qui. Son silence fut ma première réponse. Je baissai les yeux vers l’enveloppe qu’il tenait toujours. Mon ventre se noua. — Vous avez déjà tout décidé. — Il fallait agir vite. — Sans moi ? — Pour toi aussi, Vilanova. À ces mots, je relevai brusquement la tête. — Pour moi ? Je répétais ses paroles comme on touche une brûlure pour vérifier qu’elle est réelle. — Vous appelez cela “pour moi” ? Je sentis ma voix changer. Elle ne tremblait pas encore, mais quelque chose s’y fendait. — Est-ce ainsi que vous me voyez ? Un nom que l’on déplace ? Une signature ? Une solution élégante à un problème que personne n’a eu le courage de résoudre autrement ? — Ce n’est pas aussi simple. — Alors explique-moi. Il détourna les yeux. Le geste me blessa plus que n’importe quelle phrase. — Explique-moi, répétai-je. Il s’approcha enfin de la table basse et y posa l’enveloppe avec un soin qui me révolta presque. Comme si la brutalité devenait acceptable dès lors qu’on la déposait doucement. — Notre situation est plus fragile que tu ne l’imagines, dit-il. Il y a des accords, des engagements, des conséquences qui dépassent ce que tu sais de cette famille.KAELEN Lorsque Lysandre entra, quelques minutes plus tard, il avait son air le plus neutre, celui qu'il prenait lorsqu'il savait que quelque chose de désagréable allait lui être demandé. Il referma la porte derrière lui. — Tu as une mine de chien battu, dit-il. Qu'est-ce qui ne va pas ? — Elle a envoyé un message à Rafael. Il cligna des yeux, puis hocha lentement la tête. — Je vois. — Tu vois quoi ? — Que tu es sur le point de faire quelque chose d'idiot. Je ne répondis pas. Il avait raison, et c'était précisément ce qui m'irritait le plus. — Il va venir, dis-je. Elle lui a donné rendez-vous demain soir, près de la fontaine. — Et tu veux l'empêcher ? — Non. — Alors quoi ? Je soutins son regard. — Je veux qu'il entre. Lysandre me regarda comme si
KAELENLa fidélité a un prix.Je l'avais appris très tôt, dans cette maison où les loyautés se mesurent en silences et en services rendus. Les domestiques, les gardes, les secrétaires — tous savaient qu'une information bien placée valait parfois plus qu'une année de salaire. Et tous, à un moment ou à un autre, venaient frapper à ma porte pour livrer ce qu'ils avaient vu, entendu, soupçonné.Ce soir-là, ce fut le majordome.Il frappa deux coups discrets, entra sans attendre ma réponse, et déposa sur mon bureau une petite enveloppe blanche, légèrement froissée.— Cela vient d'être intercepté à la grille, monsieur.— Par qui ?— Une jeune femme de chambre. Claire. Elle l'avait reçu pour le faire parvenir à l'extérieur.— À qui ?Le majordome hésita une seconde, puis répondit :— À un certain Rafael. Aucun nom de famille mentionné.Je ne bougeai pas.Mais à l'intérieur, quelque ch
VILANOVAIl y a des matins où l'on se réveille avec la sensation que le monde a changé de couleur pendant la nuit.Celui-ci en faisait partie.Je m'étais levée avant l'aube, après une nuit blanche passée à tourner en rond dans ma chambre, à regarder les ombres se déplacer sur les murs, à relire les pages du carnet d'enfant que j'avais découvert. Les dessins, les mots maladroits, cette fontaine noire que je n'aurais jamais dû connaître tout cela tournait dans ma tête comme une roue folle, impossible à arrêter.Je n'avais pas dormi.Je ne pouvais pas dormir.Pas alors que des fragments de vérité flottaient autour de moi, hors de portée, comme des clés que je n'arrivais pas à saisir.Je m'étais habillée simplement, sans soin, et j'étais descendue dans la salle à manger avec l'espoir de trouver un visage qui pourrait m'aider. Mais ma mère adoptive n'était pas là. Isadora non plus. Seul Kaelen était présent, silencieux, le r
ISADORA Je retournai à la fenêtre.Le ciel s'éclaircissait à peine, mais suffisamment pour que je distingue les contours du jardin. La fontaine noire, là-bas, paraissait plus nette maintenant, comme si l'aube la réveillait d'un sommeil trop long.J'avais protégé Vilanova depuis sa naissance.Pas par compassion.Pas par tendresse.Par nécessité.Parce que sa survie était la condition de la nôtre. Parce que, si elle mourait ou si elle était prise par des mains hostiles, les secrets qu'elle portait sans le savoir menaceraient tout l'édifice que nous avions bâti sur ses cendres.Je n'avais jamais été une mère pour elle. Je n'avais pas le droit de l'être. Les mères dans les familles comme la nôtre ne sont pas des refuges. Elles sont des sentinelles. Des gardiennes des seuils. Des femmes qui apprennent à aimer en retenant leur souffle, pour ne pas réveiller les monstres endormis.Pourtant, en voyant Vilanova
KAELEN Je n'ai jamais cru aux disparitions désordonnées.Les gens fuient rarement au hasard. Même lorsqu'ils croient agir dans la panique, ils obéissent presque toujours à quelque chose de plus structuré qu'eux : une peur précise, un souvenir, une piste, un lieu mental vers leq
VILANOVA Je n'ai pas fui le domaine.Pas cette nuit-là.Je n'ai pas cherché la grande grille, ni les voitures, ni la route, ni même cette illusion de liberté qui m'avait poussée, autrefois, à vouloir quitter la maison de mon père avant l'aube. Je savais déjà ce que vaut une fuite lorsqu'elle ne re
VILANOVA Très bien. Comme si l'on pouvait refermer cet instant d'une formule sèche. Comme si mon corps allait obéir à la même discipline que ma volonté. Je voulus parler encore, lui jeter au visage quelque chose de plus d
KAELENJe la regardai longuement.— Qui est venu dans vos appartements ?Elle secoua la tête.— Vous entendez-vous ? Toujours le même réflexe. Toujours le contrôle avant la vérité. Comme si j'étais une pièce compromise dans votre maison, un incident à contenir,












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