ÉliseJe n’ai pas dormi cette nuit-là. Je suis restée assise à regarder la toile, à écouter mon propre silence. Je m’attendais à la panique, aux remords, à l’effondrement. Rien n’est venu.À la place, une sensation nouvelle. Un calme absolu, profond, définitif. Comme si j’avais traversé une surface, brisé une pellicule, pour atteindre enfin l’air véritable.Marchal avait raison sans le savoir. J’avais changé d’avis. Mais pas comme il l’entendait. Je n’avais pas cédé. J’étais devenue autre chose. Quelque chose qui ne se laisserait plus jamais toucher, polluer, contraindre.Plus jamais.Le lendemain, j’ai repris le travail. J’ai terminé la toile. Je l’ai vendue quelques semaines plus tard, par l’intermédiaire d’une galerie qui ne posait pas de questions. L’argent m’a permis de payer le loyer, d’acheter de nouveaux pinceaux, de nouveaux produits.Personne n’a demandé où était Marchal. Il était seul, sans famille, sans amis proches. Son appartement a été vidé, ses affaires dispersées. La
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