Home / Mystère/Thriller / MEURTRES / CHAPITRE 80 : L’ESQUISSE SANGLANTE 3

Share

CHAPITRE 80 : L’ESQUISSE SANGLANTE 3

Author: Déesse
last update publish date: 2026-03-11 18:12:14

Élise

Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Je suis restée assise à regarder la toile, à écouter mon propre silence. Je m’attendais à la panique, aux remords, à l’effondrement. Rien n’est venu.

À la place, une sensation nouvelle. Un calme absolu, profond, définitif. Comme si j’avais traversé une surface, brisé une pellicule, pour atteindre enfin l’air véritable.

Marchal avait raison sans le savoir. J’avais changé d’avis. Mais pas comme il l’entendait. Je n’avais pas cédé. J’étais devenue autre chose
Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • MEURTRES    Chapitre 123 : Le Dernier Mouvement

    Elias La cahute est toujours là. Je ne sais pas pourquoi je m'attendais à ce qu'elle ait disparu, avalée par les bulldozers, les promoteurs, le temps. Mais non. La cahute du port est toujours debout, au bord de la lagune puante, coincée entre un entrepôt de cacao et un atelier de mécanique navale. Les murs de planches sont plus gris, plus tordus, plus croulants. Le toit de tôle est rouillé, percé par endroits, laissant passer des rais de lune. La porte pend sur ses gonds, bouche édentée ouverte sur le passé. J'y entre comme on entre dans un tombeau. L'intérieur est vide, bien sûr. Les meubles ont disparu depuis longtemps, brûlés, volés, rongés par les termites. Ne restent que les murs de planches, le sol de terre battue, et l'odeur. L'odeur du tabac froid, du rhum, de la sueur, du sang. L'odeur de mon père. L'odeur de ma mère. L'odeur de mes dix ans. Je m'assois au milieu de la pièce, à l'endroit exact où le corps de papa est tombé. La montre de poche a roulé jusqu'à mes pieds,

  • MEURTRES    Chapitre 122 : Les Fantômes de Treichville

    Elias Je ne peux plus tuer. L'évidence s'impose à moi dans les jours qui suivent le départ d'Elena, comme une aiguille qui se plante dans un cadran. Je ne peux plus tuer. Le fil d'acier est rangé dans son étui, au fond d'un tiroir, et je ne l'ouvre plus. La Breguet de Genève est posée sur l'établi, à côté du chronomètre de papa, et je ne la caresse plus. Les cibles potentielles défilent dans la rue, banquiers, notaires, charlatans, et je ne les suis plus. Les criquets sont devenus fous. Depuis le départ d'Elena, leur stridulation a redoublé d'intensité. Un vacarme assourdissant qui couvre le tic-tac des horloges, qui noie le murmure des canaux, qui m'empêche de dormir, de manger, de penser. Les aiguilles grincent dans ma tête comme des dents qu'on lime, des vrilles qui percent mes tympans, des scies qui coupent mes nerfs. Je sais ce que ça signifie. J'ai trahi ma mission. J'ai renoncé à mon art. J'ai libéré une victime au lieu de la tuer, j'ai pleuré au lieu de frapper, j'ai éc

  • MEURTRES    Chapitre 121 : Le Plus Court des Tic-Tacs

    Elias Cela fait trois semaines qu'Elena est dans la cave. Trois semaines que je descends chaque matin lui porter à manger, du pain, du fromage, des fruits, de l'eau fraîche. Trois semaines que je m'assois sur la chaise, en face de son lit, et que je l'écoute parler. Elle ne pose plus de questions. Elle raconte. Son enfance à Gand, ses études à Louvain, son père horloger amateur, sa mère pianiste, un frère jumeau mort à la naissance. Des histoires simples, des souvenirs bavards, un bruit de fond humain que je n'ai jamais connu. Les criquets se taisent quand elle parle. Elle ne cherche pas à s'évader. Elle ne teste pas les murs, ne fouille pas les tiroirs, n'essaie pas de me soudoyer ou de me séduire. Elle attend. Elle attend que je comprenne quelque chose que je ne comprends pas encore. — Pourquoi tu ne cries pas ? je demande un soir. — Parce que tu ne me fais pas peur. — J'ai tué vingt-cinq personnes. — Je sais. Je l'ai lu dans les journaux. L'Ombre d'Abidjan. Le vol de la Br

  • MEURTRES    Chapitre 120 : La Femme aux Cheveux de Pluie

    Elias Bruges est une ville noyée. Les canaux dorment sous les ponts de pierre, les cygnes glissent entre les façades à pignons, les clochers carillonnent dans la brume qui monte de la mer du Nord. Tout est gris, ici, d'un gris doux, ouaté, feutré. Le gris du ciel, le gris de l'eau, le gris des pavés, le gris des murs de brique. Même les arbres, des saules pleureurs qui trempent leurs branches dans les canaux, semblent peints à l'encre de Chine. Je suis arrivé après Genève, après la Suisse, après l'Europe entière qui bruissait de mon forfait. Le vol de la Breguet a fait le tour du monde, mais personne ne m'a reconnu. Personne n'a fait le lien entre Jean-Baptiste Moreau, restaurateur d'horlogerie, et l'Ombre d'Abidjan. Je suis une ombre parmi les ombres, un fantôme dans la brume flamande. Je me suis installé dans un atelier du quartier Sint-Anna, une maison de briques rouges aux volets verts, coincée entre un béguinage et un atelier de dentellière. Le propriétaire, un antiquaire bru

  • MEURTRES    Chapitre 119 : La Ville aux Vingt-Quatre Horloges

    Elias Genève est une cathédrale de verre et d'acier dressée au bord d'un lac bleu comme un cadran émaillé. L'eau est si pure qu'on voit les galets du fond, les truites qui paressent entre deux courants, les algues qui ondulent comme des spiraux déroulés. Les cygnes glissent sur la surface, blancs, silencieux, mécaniques parfaites. Tout, dans cette ville, respire l'ordre, la précision, la richesse. L'argent a une odeur, ici, une fragrance de cuir et de neige, de cigare et de café, qui flotte sur les quais et s'insinue dans les ruelles pavées de la vieille ville. Je suis arrivé il y a trois mois, après Katmandou, après l'humiliation himalayenne. Le souvenir du kukri me poursuit comme une tache d'huile sur un mouvement. Ce meurtre de boucher, cette sauvagerie imposée par les circonstances, est une verrue dans ma collection. Je dois me purifier. Je dois prouver au monde et surtout à moi-même que l'Ombre n'est pas un assassin ordinaire, un égorgeur de passage, un vulgaire coupe-jarret.

  • MEURTRES    Chapitre 118 : Le Kukri et le Chronomètre

    Elias L'Asie est le berceau des cycles. Je l'ai compris dès mon arrivée à Katmandou, quand j'ai vu les premiers moulins à prières tourner dans les ruelles de Thamel, actionnés par des moines aux robes safran et des vieilles femmes aux doigts noueux. Des cylindres de cuivre remplis de mantras, qui tournent, tournent, tournent, à chaque rotation une prière exaucée, à chaque tour un cycle accompli. Le temps n'est pas une flèche, en Orient. Le temps est une roue. Je voyage depuis deux ans. Après le Maroc, l'Algérie, la Libye, l'Égypte, les déserts traversés en camion, les frontières passées en bus, les identités changées comme on change de chemise. Alexandrie, je l'ai quittée sur un cargo pour la Turquie. Istanbul, sur un train pour Téhéran. Téhéran, sur un bus pour Lahore. Lahore, sur un camion pour la frontière népalaise. Maintenant, Katmandou. La vallée des dieux. Le toit du monde. Mes papiers sont au nom de Jean-Baptiste Moreau, un missionnaire français disparu au Bénin dont j'ai

  • MEURTRES    Chapitre 103 : Le Charlatan et le Pendule

    À vingt-trois heures, je me mets en route. Adjamé la nuit est un labyrinthe de ruelles noires, éclairées par des ampoules nues qui pendouillent au bout de fils volés. Les enfants des rues dorment sous les étals, enroulés dans des cartons. Les chiens errants fouillent les tas d'ordures. Je me gl

  • MEURTRES    Chapitre 101 : Le Chœur des Vingt-Trois Heures

    De retour à mon bureau, j'épluche les archives. Les heures s'empilent, les dossiers s'amoncellent, les tasses de café se multiplient. À midi, je n'ai rien trouvé. À quinze heures, toujours rien. À dix-neuf heures, alors que la nuit tombe sur Treichville, un nom m'arrête.

  • MEURTRES    Chapitre 100 : La Louve de la Crim

    Awa On m'appelle la Louve. Le surnom m'est resté de Paris, après l'affaire du Coffreur de la Goutte-d'Or, ce serial killer qui enfermait ses victimes dans des malles et les laissait mourir de soif. Je l'ai traqué pendant huit mois, dormant trois heures par nuit, mangeant

  • MEURTRES    Chapitre 96 : La Confrérie du Cadran Brisé

    EliasLa boutique sent l'huile de lin et le cuivre chauffé. Mon royaume. Une caverne exiguë coincée entre un vendeur de pneus rechapés et une gargote à attiéké, dans le ventre grouillant du marché de Treichville. Les murs sont tapissés d'horloges, pendules, réveils, coucous déglingués qui attendent

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status