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CHAPITRE 81  : L’ESQUISSE SANGLANTE 5

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-03-11 18:44:24

Camille

Sous la couche superficielle, là où personne n’a jamais regardé, il y a une autre couche. Une couche que j’ai peinte il y a trente ans, dans la fièvre et l’horreur de cette nuit, sans même m’en rendre compte. Une esquisse. Une ébauche. Le visage de Marchal au moment de sa mort. Ses yeux écarquillés. Sa bouche ouverte. Le sang qui coule.

Je l’avais recouvert, bien sûr. J’avais peint par-dessus, des couches et des couches, jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement. Mais le solvant que j’
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  • MEURTRES    Chapitre 96 : La Confrérie du Cadran Brisé

    EliasLa boutique sent l'huile de lin et le cuivre chauffé. Mon royaume. Une caverne exiguë coincée entre un vendeur de pneus rechapés et une gargote à attiéké, dans le ventre grouillant du marché de Treichville. Les murs sont tapissés d'horloges, pendules, réveils, coucous déglingués qui attendent leur résurrection. Certaines fonctionnent, d'autres patientent, toutes m'obéissent. Leur tic-tac collectif emplit la pièce d'une pulsation cardiaque, un cœur monstrueux à cent vingt chambres. Mon cœur.J'ai trente-quatre ans. Mes tempes grisonnent. Mes doigts sont devenus les outils les plus précis d'Abidjan. On vient de Cocody, de Marcory, du Plateau, des ambassades même, me supplier de ranimer des mécaniques que personne d'autre n'ose toucher. On me paie en billets froissés, en dollars, en francs CFA, parfois en nourriture ou en bijoux de famille. On prononce mon nom avec respect. Elias l'Horloger. Elias le Magicien. Elias le Sauveur de Temps.Ils ne savent rien.Ils ne savent pas que la

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  • MEURTRES    Chapitre 94 : La Marchande de Sommeil 2

    Et puis tout bascule.Un soir, je rentre plus tard que d'habitude. J'ai passé la journée à récupérer des montres chez les ferrailleurs du port, troquant mes réparations contre des mécanismes à sauver. Ma poche est pleine de trouvailles, des mouvements rouillés mais récupérables, un chronomètre de marine au boîtier fracassé mais au cœur intact. Je suis presque heureux, ou du moins aussi proche du bonheur qu'un enfant comme moi peut l'être.La cour est silencieuse. Trop silencieuse.Mame Adja est allongée sur sa natte, les bras en croix, les yeux cousus tournés vers le plafond. Sa bouche est entrouverte. Un filet de salive a séché sur sa joue. Sa poitrine ne bouge pas.Je m'approche. Mes doigts touchent sa main. Elle est froide. Glacée. Le froid de la mort qui n'a rien à voir avec

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    EliasLa vieille femme n'a pas d'yeux. C'est la première chose que je remarque quand je la rencontre, adossé contre un mur d'Adjamé, le ventre creux, les lèvres gercées par trois jours de rue. Ses paupières sont cousues. Pas au sens figuré. Vraiment cousues. Un fil noir épais qui court le long des cils, formant une cicatrice boursouflée comme une fermeture éclair de chair. Elle avance dans la ruelle à l'aide d'une canne en bambou, tapotant le sol, évitant les flaques et les ordures sans jamais hésiter. Elle voit autrement. Elle entend autrement.— Toi, l'enfant aux oreilles qui saignent, viens par ici.Sa voix est un filet d'eau sur des pierres chaudes. Elle ne se trompe pas de direction. Elle pointe sa canne vers moi avec une précision d'horloger. Mes oreilles ne saignent pas. Pas vraiment. Mais les acouphènes me font parfois gratter

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    EliasJ'ai douze ans et ma tête est une assemblée de démons siffleurs. Ils se réveillent au milieu de la nuit, stridulations aiguës qui percent mes tympans comme des aiguilles chauffées à blanc. Parfois ils ressemblent à des cigales prises de folie. Parfois à un poste de radio bloqué entre deux fréquences, ce grésillement blanc qui énerve les dents et contracte les mâchoires. Je les appelle les criquets du temps. Ils ne dorment jamais. Ils ne meurent jamais. Ils sont ma punition pour avoir aimé le silence de la mort de papa.L'oncle Koffi me traîne chez un docteur après que je me suis évanoui dans la cour, le nez en sang, les yeux révulsés. Un petit homme sec au cabinet puant l'éther et le désinfectant bon marché. Il m'enfonce un otoscope dans l'oreille, inspecte, soupire, écrit des mots sur une

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    EliasL'oncle Koffi sent le fer rouillé et la sueur aigre. C'est lui qui me récupère après le procès de maman. Un homme large comme une armoire, avec des doigts épais qui ne savent rien réparer, seulement broyer et revendre. Sa ferraille s'entasse dans une cour aux murs de parpaings, au cœur du marché de Treichville. Mon nouveau royaume. Un cimetière de machines défuntes où les carcasses de voitures côtoient les réfrigérateurs éventrés et les postes de radio muets.— Tu mangeras si tu travailles, grogne-t-il le premier matin. Ici, y a pas de bouche inutile.Il me jette un tournevis rouillé. La poignée est graisseuse. Il me montre un coin de la cour où s'empilent des caisses en plastique. Des montres. Des centaines de montres. Elles débordent des bacs comme des insectes morts, bracelets tordus, ca

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