Je dormis d'un sommeil sans rêves, un sommeil lourd, artificiel, que le sédatif enveloppait d'un voile cotonneux. Aucune image ne traversait cette nuit-là. Ni le visage d'Élodie, ni l'éclat du verre brisé, ni la silhouette noire du motard lancé contre la berline. Seulement le noir. Un noir épais, presque palpable, où le temps n'existait plus. Quand j'émergeai, ce fut par strates. D'abord, une sensation : la perfusion qui tirait doucement sur la peau de mon bras, le collier cervical qui enserrait ma nuque, les draps râpeux de l'hôpital contre mes jambes. Ensuite, un bruit : le bip-bip régulier du moniteur cardiaque, le ronronnement étouffé de la ventilation, le silence feutré de la nuit derrière la fenêtre. Enfin, la conscience : je n'étais pas chez moi. J'étais allongée dans une chambre d'hôpital, la nuque douloureuse, la tête lourde, et il faisait nuit noire. J'ouvris les yeux. La chambre était plongée dans
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