Le détroit de Gibraltar n’était plus ce passage commercial frénétique hanté par les porte-conteneurs de l'Onyx. C’était devenu un goulet d’étranglement sauvage, où les courants de l'Atlantique se déchaînaient contre la Méditerranée dans un fracas d'écume blanche. Pour traverser, nous n’avions ni ferries ni radars. Julien avait négocié deux barques de pêcheurs en bois d'eucalyptus, renforcées par des fibres de palmier, auprès des contrebandiers de Tarifa.La traversée se fit de nuit, sous une lune rousse qui semblait saigner sur l'horizon africain. Le vent d'Est, le Levante, hurlait dans les haubans de fortune, menaçant de nous briser contre les récifs. Julien, debout à la poupe, maniait le gouvernail avec une force athlétique, ses muscles bandés par l'effort constant pour maintenir le cap. Ses yeux ne quittaient pas les côtes marocaines, là où les feux de Tanger brillaient d'une lueur incertaine, comme des joyaux jetés dans la poussière.Le Marché des Âmes de TangerÀ l'aube, nous acc
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