Le plateau de Valbonne n'était plus qu'un souvenir de soufre et de trahison, une colonne de fumée noire s’étirant loin derrière nous dans le ciel de Provence. Devant nous, la route des Crêtes se déroulait comme un ruban de calcaire blanc, suspendu entre l’azur du ciel et l’outremer de la Méditerranée. En débouchant au-dessus de la baie de Cassis, le choc fut tel que Julien tira sur les brides de son cheval, immobilisant notre petite caravane au bord de l’abîme. Le vent du large, chargé d'iode et de sel, vint frapper nos visages, balayant les dernières odeurs de laboratoire et de mort.Ici, la terre ne semblait pas avoir souffert de la folie des hommes. Les falaises du Cap Canaille, rouges et majestueuses, plongeaient verticalement dans une eau d’une clarté surnaturelle. La garrigue, résiliente et odorante, s’accrochait à la roche : thym, romarin, cistes cotonneux et pins d’Alep torturés par le mistral. C’était un sanctuaire de pierre et de lumière, un royaume minéral où la Source alla
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