À midi, la blanquette est prête. Elle est parfaite. La viande est fondante, la sauce onctueuse, les carottes tendres sans être molles. Marthe y plonge une cuillère, goûte, et ferme les yeux.— Madame, dit-elle, vous avez sauvé votre journée.Je ne peux pas m'empêcher de sourire. C'est un sourire idiot, disproportionné, le sourire d'une enfant qui a réussi son premier dessin. Mais je m'en fiche. J'ai réussi la blanquette. C'est une victoire. Et dans ma situation, chaque victoire compte.Je remonte dans ma chambre pour me changer avant le dîner. En passant devant le miroir de la coiffeuse, je m'arrête. J'observe la femme qui me fait face. Elle a les joues rouges, les cheveux en bataille, une trace de farine sur le front. Elle ne ressemble pas à l'épouse d'un magnat de l'immobilier. Elle ressemble à une paysanne. Une paysanne heureuse.Je me lave le visage, je me recoiffe, je mets une robe propre , une robe en laine grise, toute simple, qui met en valeur mes yeux sans être trop habillée.
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