เข้าสู่ระบบNous mangeons en silence. Ou plutôt, nous faisons semblant de manger. Je n'ai pas faim. Lui non plus, apparemment. Il picore dans son assiette, boit de petites gorgées d'eau, me jette des regards furtifs qu'il détourne aussitôt. Il est troublé. C'est la première fois que je le vois troublé. L'espoir grandit dans ma poitrine, tenace, malgré tout ce que je sais, malgré l'aveu du jardin d'hiver.Après le dessert, je me lève et je mets de la musique. J'ai préparé une playlist spéciale pour ce soir — du jazz langoureux, des standards américains, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Chet Baker. Une musique qui parle d'amour et de nuit, de corps qui se frôlent, de baisers volés.— Tu danses ? je demande en lui tendant la main.Il me regarde, hésite, puis pose sa serviette sur la table et se lève. Il prend ma main. Sa pa
Il ne répond pas. Il ne peut pas répondre. Parce que c'est la vérité. La vérité la plus simple, la plus brutale, la plus impossible à contourner. Si j'avais été Victoria, il m'aurait aimée. Si j'avais été Victoria, il m'aurait regardée. Si j'avais été Victoria, il aurait souri en voyant ma lettre cachée dans Les Fleurs du Mal, au lieu de ne jamais l'ouvrir.Mais je ne suis pas Victoria. Je suis Lydia. Lydia Morgan. Lydia Sterling. Lydia tout court. Et Lydia, il ne l'aime pas. Il ne l'aimera jamais.Je me lève. Le plaid glisse de mes genoux, tombe sur le sol en mosaïque. Les bougies vacillent, comme si elles sentaient que la soirée est finie. Ethan reste assis, immobile, le visage tourné vers moi, les mains posées sur ses cuisses. Il ne me retient pas. Il ne me demande pas de rester. Il ne me dit pas que j'ai mal
Sa voix est douce. Trop douce. Cette douceur, je la reconnais maintenant. C'est la douceur des mauvaises nouvelles. La douceur des médecins qui annoncent un diagnostic fatal. La douceur des hommes qui s'apprêtent à vous briser le cœur et qui veulent le faire avec élégance, pour ne pas avoir à se sentir coupables.Je relève la tête. Mon cœur bat si fort que je suis sûre qu'il peut l'entendre dans le silence du jardin d'hiver. Les étoiles, au-dessus de nous, scintillent comme des promesses ironiques.— Oui ? dis-je, la gorge serrée.— Je voulais te dire... merci.Le mot tombe dans le silence comme une pierre dans un puits. Merci. Ce n'est pas le mot que j'attendais. Ce n'est pas le mot que j'espérais. Mais c'est un mot, au moins. Un mot qu'il n'a jamais prononcé avant ces trente-huit jours. Alors je le prends. Je le serre contre moi comme un trésor dérisoire.— Merci ? je répète, parce que je ne sais pas quoi dire d'autre.— Pour ces semaines. Pour tes efforts. Je les vois. Vraiment.Il
LydiaTrente-huit jours. Le chiffre tourne dans ma tête depuis ce matin, comme une ritournelle entêtante. Trente-huit jours que j'ai signé ce pacte insensé avec l'homme qui est encore mon mari. Trente-huit jours que je cuisine, que je souris, que j'écoute, que je joue du piano, que je note mes progrès dans un carnet vert qui ressemble de plus en plus à un journal de bord de naufragé. Et ce soir, pour la première fois, je vais tenter quelque chose de nouveau. Quelque chose qui ne figure pas dans mes listes. Quelque chose qui me fait trembler rien que d'y penser.Le jardin d'hiver.C'est une idée qui m'est venue il y a trois jours, en pleine nuit, alors que je regardais le plafond de ma chambre sans parvenir à dormir. Le jardin d'hiver est un endroit que nous n'utilisons jamais. Il est situé dans l'aile est du manoir, juste à côté de la bibliothèque. Une grande pièce octogonale, coiffée d'une verrière en fonte et en verre qui date de la construction du manoir, dans les années 1880. Le b
Mais j'ai promis de la rejoindre après le divorce. Je lui ai promis que nous serions ensemble, pour de bon, quand tout serait fini. Et Victoria n'oublie jamais une promesse.Mon téléphone vibre sur le bureau. Je me retourne, le cœur battant. Victoria. C'est forcément Victoria. Elle a senti que je pensais à elle. Elle a ce don étrange de deviner quand je suis en train de douter.Je prends le téléphone. Ce n'est pas Victoria. C'est un message de Charles, mon cousin, à propos d'une réunion demain matin. Je le supprime sans le lire.Je devrais appeler Victoria. Je devrais lui dire que tout va bien, que le plan se déroule comme prévu, que dans vingt-neuf jours, je serai libre. Mais je ne le fais pas. Je n'ai pas envie de mentir. Et surtout, je n'ai pas envie qu'elle entende dans ma voix quelque chose qui ne devrait pas y être. Quelque chose qui ressemble &agr
EthanTrente et un jours. La moitié du sursis. La moitié de ce pacte absurde que j'ai signé sans vraiment y croire, un matin de novembre, dans le bureau où mon père a passé sa vie à me briser.Ce soir, pour la première fois depuis le début, je ne rentre pas dîner. J'ai prévenu Lydia par un mot laissé sur son oreiller : Conseil d'administration exceptionnel. Ne m'attends pas. E. C'est un mensonge, bien sûr. Le conseil d'administration a eu lieu ce matin. Il n'y a rien d'exceptionnel à mon absence, si ce n'est que j'ai besoin d'être seul. Besoin de réfléchir. Besoin de mettre de l'ordre dans le chaos qui règne dans ma tête depuis trente et un jours.Je suis assis dans mon bureau, au siège social de Sterling Immobilier, au trente-cinquième étage de la tour que mon père a fait construire dans les ann&eacut
J'adore les marchés. C'est peut-être la seule chose que ma mère m'ait transmise, avant de mourir. Elle m'emmenait au marché de notre petite ville, le dimanche matin, et elle m'apprenait à choisir les tomates, à reconnaître un bon fromag
Il y a un silence. L'accordéoniste attaque La Foule. La voix d'Édith Piaf résonne dans ma tête, même si ce n'est pas elle qui chante. Je me souviens d'un soir de la semaine sainte...— Tu aurais été un bon architecte, dis-j
LydiaJe ne dors pas de la nuit. Chaque fois que je ferme les yeux, j'entends sa voix qui répète : Cet enfant n'était pas voulu. Chaque fois que je rouvre les yeux, je vois le plafond de cette chambre qui n'est pas la mienne. Alors je ne dors pas. Je m'assieds au
EthanJe la vois entrer dans le petit salon et quelque chose se serre dans ma poitrine. Quelque chose que je refuse de nommer. De la culpabilité, peut-être. Ou de la lassitude. Ou autre chose, que je préfère ignorer.Elle porte une robe bleu marine ,







