Un samedi matin. Tristan était assis dans la cuisine avec Alice. Ses céréales flottaient dans le lait tiède devant lui, et ses yeux, encore à moitié fermés par le sommeil, avaient cette opacité propre à ceux qui ne sont pas encore tout à fait revenus du pays des rêves. La lumière du matin, rasante et crue, traversait la vitre sans parvenir à réchauffer l'atmosphère de la pièce. Bruno était sorti très tôt — chantier, avait-il dit la veille, d'une voix monocorde, sans préciser le lieu ni l'heure de son retour. Alice préparait son café avec ces gestes mécaniques, presque rituels, qui servent de béquilles au réveil. Elle mesurait l'eau, versait le grain, écoutait le ronronnement de la machine. Le silence qui s’était installé entre la mère et l’enfant n’avait rien d'un abîm
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