Victoria La maison est silencieuse ce matin, d'un silence qui n'a rien de paisible. C'est le silence des fins, le silence des ruptures, le silence de ce qui se défait et ne se refera jamais. Je suis assise à la table de la cuisine, les coudes sur le bois froid, une tasse de café noir devant moi, intact, glacé depuis des heures. Mes doigts sont crispés autour de la céramique, mes jointures sont blanches, mes ongles sont courts et rongés, et je fixe sans la voir la buée qui s'élève encore du liquide refroidi, comme si cette vapeur fantôme pouvait contenir une réponse, un oracle, une vérité. L'enveloppe est là, devant moi, posée contre la cafetière en inox. Mon prénom écrit à la main sur le papier blanc cassé, d'une écriture que je connais trop bien, que je connaîtrais entre mille, que je reconnaîtrais les yeux fermés rien qu'en passant le bout des doigts sur l'encre en relief. L'écriture de Léa. Ronde, appliquée, avec des boucles exagérées sur les L et les V, des pleins et des délié
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