Sera Ronan me tient les yeux fermés sur les vingt derniers mètres. Sa main gauche est posée sur mes yeux, doucement, la paume tiède, et son autre main dans mon dos, entre mes omoplates, me guide sans me pousser. Nous sortons de l'ascenseur, nous longeons un couloir, il y a une porte qui s'ouvre, un léger courant d'air, une odeur de bois neuf et de peinture fraîche. — Encore trois pas, murmure-t-il. Deux. Un. Il enlève sa main. J'ouvre les yeux. Le loft est immense. Il occupe tout le dernier étage d'un ancien atelier d'imprimeur reconverti à SoHo. Trois murs sont en verre. Le quatrième est en brique brute, celle d'origine, telle qu'elle était en 1904. Le plafond monte à sept mètres. Les poutres d'acier riveté sont peintes en noir mat. La lumière entre par tous les côtés, dorée, blanche, oblique, elle traverse l'espace comme une eau qui trouve son lit. Au centre, un piano à queue. Un vrai. Un Bösendorfer noir laqué, ouvert, une partition vierge posée sur le lutrin. À droite du pian
Última actualización : 2026-07-15 Leer más