Le vestibule sentait le café noir, l’huile de lin et le sel. Au fond, une porte vitrée donnait sur l’atelier et, derrière, l’océan tout entier.Nina entra comme on franchit le seuil d'un sanctuaire. Le sol était de pierre brute, polie par des décennies de pas. Le long des murs, sur des étagères de chêne qui montaient jusqu’au plafond, s'alignaient des centaines de maquettes en plâtre, en carton ou en bois : des bibliothèques, des chapelles, des ponts, des musées. Tous ces bâtiments qu’elle avait étudiés avec ferveur pendant ses années d'études étaient là, à portée de main.Au centre de l’atelier, devant une immense table de dessin inclinée sous une verrière, se tenait une petite femme.Mince, très droite dans son pull noir à col roulé et son pantalon de toile, les cheveux blancs coupés ras, des lunettes de lecture suspendues à un cordon, Odile Ravenel imposait une présence magnétique. Soixante-douze ans. Elle ne leva pas la tête.— Fermez la porte, dit-elle. Le vent abîme le papier.N
Zuletzt aktualisiert : 2026-10-15 Mehr lesen