Share

Chapitre 5

Je pleurais. J'aurais pu avoir honte. Après tout les garçons ne doivent pas pleurer dans notre société. Mais je m'en fichais. Je laissais couler mes larmes et plus rien ne comptait. Mon cœur me faisait mal et j'ignorais si j'allais réussir à le supporter. Élisa ouvrait son cœur et le mien se refermait.

Comme si cela ne lui avait pas suffit de me tuer, Élisa continua à me poignarder:

«Alors oui je le repousse et je l'évite pour mon bien. Mais j'ai peur de craquer. Au fond de moi je l'aime et je ne peux pas me mentir. Je ne serais pas heureuse tant que je ne pourrais pas l'embrasser. Peut être que ça va changer mais à cet instant précis je ne peux rien m'imaginer sans lui.»

Élisa arrêta enfin de parler et je me battais pour respirer. Voyant mes larmes couler Élisa posa sa main sur la mienne et entrelaça nos doigts avec douceur. Je me laissais faire mais n'arrivais pas à sentir sa chaleur.

Le temps est passé. À l'heure où je vous parle plusieurs années sont passées. Beaucoup de choses ont changé tandis que d'autres sont restées les mêmes. Tom est revenu voir Élisa au lycée un jour mais avec Jules nous l'avons repoussé pour de bon. Nous n'avons jamais entendu parler de lui de nouveau et cela permit à Élisa de se reposer. Cependant elle avait dit vrai. Elle l'avait vraiment aimé. Elle ne put jamais l'oublier et jamais personne ne le remplaça.

Je sais ce que vous vous demandez. Je n'ai pas essayé de le remplacer non plus. Ce mercredi midi Élisa avait brisé mon cœur et je n'avais jamais réussi à complètement m'en remettre. Élisa était petit à petit redevenue la même quoi que elle n'avait jamais réussi à se débarrasser d'une certaine froideur suite aux faits. Comme une espèce de manque et de regret. Quant à moi il m'a fallut du temps mais je m'en suis remis aussi quoi que moi non plus je ne réussis jamais à m'en remettre complètement.

Il s'était passé quelque chose ce jour là. À travers nos larmes c'était comme si nous avions passé un contrat. Comme si nous nous étions promis de ne jamais oublier et d'en apprendre pour avancer.

Nous finîmes par perdre contact avec nos autres amis mais Élisa et moi restions tout aussi proches voir plus qu'autre fois. Nous grandîmes ensemble et passâmes tout notre temps libre avec l'autre. Élisa se fit quelques amis à son école puis à son boulot et sortit quelques soirs sans moi mais elle ne s'attacha jamais vraiment et ne se maria pas.

Elle vécu une longue et belle vie et je fus rassuré de savoir qu'elle mourait heureuse. Elle n'avait pas de regrets à part son amour de jeunesse et était prête à arrêter. Sa mort fut calme et je l'avais accompagnée dans les dernières secondes de sa vie. Quand elle ferma les yeux et que la pression sur ma main se relâcha, je sentais qu'une part de mon âme l'avait suivie sur son chemin.

Je n'avais pas pleuré. Je n'en avais pas eu besoin. J'étais immédiatement rentré chez moi et je m'étais assis dans un sofa. Mon regard s'était perdu dans le vide et petit à petit je sentais mes paupières s'alourdir. En ces dernières secondes de ma vie avais-je des regrets?

Quand j'y repensais je devais avouer que j'avais eu tout ce dont j'avais rêvé. Je n'avais pas été malheureux. Mon travail m'avait plu et j'avais eu assez d'argent pour vivre confortablement.

Je souris quand le visage d'Élisa apparut devant mes yeux. Le plus important restait elle. Je n'aurais jamais cru que je passerai le restant de mes jours à ses côtés et pourtant c'est ce qui est arrivé. J'ai eu la chance de la voir vieillir et de l'admirer. J'ai eu la chance de la faire rire et de la soutenir quand elle pleurait. J'ai eu la chance de la serrer dans mes bras et de lui faire à manger.

Quand j'y repensais je n'aurais pu rêver mieux. Cette pensée fut ma dernière et je ne regrettais pas d'avoir eu le cœur brisé.

DMCA.com Protection Status