J’habite en lisière de la forêt, pas très loin des pentes. Ici, tout le monde a un rapport particulier avec cette montagne qui fume parfois. L’influence du Karthala sur les animaux, c’est d’abord une histoire de cycles. Les éruptions, même petites, redessinent complètement le paysage. Des coulées de lave stériles, noires et tranchantes comme du verre, traversent la forêt humide. Sur le moment, c’est la désolation. Mais revenez quelques années après : ces coulées deviennent des corridors. Des espèces pionnières, des oiseaux comme le Bulbul des Comores ou des petits reptiles, colonisent ces espaces ouverts bien avant que la forêt ne reprenne ses droits. C’est un milieu différent qui attire des nicheurs spécifiques. La cendre aussi, quand elle retombe légère, fertilise les sols alentour. L’année qui suit, la végétation est plus luxuriante, les fruits plus abondants, et toute la faune en profite, des roussettes (nos grandes chauves-souris frugivores) aux makis. Le volcan n’est pas qu’une force de destruction ; c’est un gigantesque moteur écologique qui impose un rythme. Il crée une mosaïque d’habitats – forêt primaire, jeunes fourrés sur cendres, tunnels de lave, plaines altières – qui permet à une biodiversité remarquable de coexister. Vivre à ses côtés, c’est comprendre que la vie s’adapte et prospère même dans l’instabilité, trouvant dans chaque catastrophe une nouvelle opportunité.
L’autre aspect, moins visible, c’est l’eau. Les nuages accrochés au sommet alimentent en permanence les sources et les ruisseaux dans la forêt. Ces points d’eau permanents, même en saison sèche, sont vitaux. On y voit toute la journée défiler les pigeons verts, les souimangas butineurs, et la nuit, entendre le cri caractéristique du scops des Comores. Sans ce château d’eau naturel, nourri par l’activité volcanique qui sculpte le relief, cette forêt serait bien plus pauvre. Le Karthala, finalement, n’influence pas la faune d’une seule manière ; il est le cadre entier dans lequel elle évolue, un patron violent mais généreux qui modèle les ressources, les territoires et jusqu’au cycle de régénération des écosystèmes.
2026-07-21 05:10:32
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