À feu et à perte
Angèle
La colère a une saveur. Celle du sang séché sur la lèvre de Rabis, métallique et chaude. Le désespoir a un son. Celui du grincement sourd des chaînes contre la barre d’acier, une basse continue sous le sifflement électronique des serveurs et la voix synthétique annonçant, imperturbable, l’effondrement de marchés à des milliers de kilomètres. Mais la rébellion, elle, a une texture. Celle de la peau moite contre la mienne, des muscles bandés qui luttent contre les entraves, du souffle court et brûlant qui se mêle au mien dans l’espace réduit, confiné, où nous sommes retenus prisonniers.