INICIAR SESIÓNÀ feu et à pertes Quand Angèle Derval perd son père, ruiné et poussé au suicide après un placement désastreux, elle ne pleure pas : elle prépare sa vengeance. Sa cible ? Néron Valesco, le milliardaire impitoyable responsable de la chute de son père. Angèle infiltre son entreprise, déterminée à séduire Néron, à gagner sa confiance, puis à l’anéantir de l’intérieur. Mais l’homme est plus dangereux qu’elle ne l’imaginait , froid , magnétique. Dévorant. Et il la veut tout entière. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est Rabis Valesco, le fils, tout aussi puissant, plus jeune, plus impulsif. Lui aussi la veut. Et il ne compte pas partager. Pris entre deux prédateurs, entre désir et vengeance, Angèle joue avec le feu. Mais dans cette guerre de pouvoir et de corps, elle pourrait bien être celle qui brûle la première…
Ver másAngèle
Le ciel est de la couleur de l’ardoise, un gris lourd et impersonnel qui se moque de la solennité de ce jour. Un froid qui pénètre les os, que mon manteau noir ne peut arrêter. Je me tiens immobile, une silhouette droite et pâle au milieu du petit groupe serré contre le vent, devant la tombe fraîchement creusée.
Le cercueil de mon père est une tache trop luisante, trop neuve, au fond de ce trou de terre. Un dernier achat onéreux, un ultime crédit dont il n’aura jamais à s’acquitter. Une pensée amère qui tord mes lèvres en un rictus que j’espère passer pour de la tristesse.
Je n’ai pas pleuré. Pas à la découverte du corps, pas durant les formalités, pas durant la veillée. Les larmes sont un luxe, un débordement que ma nouvelle réalité ne permet plus. Mon père, l’homme qui m’a appris la valeur des choses, s’est volatilisé en laissant un gouffre de dettes et une seule certitude : un nom.
Néron Valesco.
Le nom résonne dans ma tête, un glas bien plus assourdissant que les paroles creuses du prêtre. Néron Valesco, l’architecte derrière « Valesco & Cie », le roi de la finance prédatrice. L’homme qui, avec un sourire de crocodile, a convaincu mon père de tout investir dans un fonds toxique. Un placement qui a dévoré l’épargne d’une vie, l’usine familiale, et finalement, la volonté de vivre de l’homme qui l’avait créée.
Alors qu’on descend le cercueil, je lève les yeux du trou pour regarder au-delà des têtes courbées. Au loin, derrière les arbres dépouillés du cimetière, la skyline de la ville se découpe, impitoyable et scintillante. Là-haut, tout en haut de la tour la plus arrogante, Néron Valesco doit siroter un cognac, indifférent au petit drame qui se joue en contrebas. Indifférent à la vie qu’il a brisée.
Une colère froide, si intense qu’elle en est presque calmante, se noue dans ma poitrine. C’est ça, mon héritage. Pas l’argent, pas la sécurité, mais cette rage blanche, pure et affûtée comme une lame.
— Je te le promets, papa, je murmure, si bas que les mots se perdent dans le vent. Il paiera.
La promesse n’est pas adressée à un dieu ou à la mémoire du défunt. C’est un contrat que je signe avec moi-même, scellé dans le sol gelé.
Deux mois plus tard. La femme en tailleur noir et chemise blanche, impeccable et impersonnelle, n’a plus rien à voir avec la fille en deuil du cimetière. Je suis devenue un projectile, poli pour une seule cible. Des semaines de préparation intensive. Maintenant, je suis dans l’antre.
Le hall principal du siège de Valesco & Cie est un temple dédié au pouvoir et à l’argent. Du marbre veiné, de l’acier brossé, des murs de verre. L’air est conditionné, silencieux, chargé de l’énergie nerveuse de ceux qui marchent vers leur destin ou leur ruine.
— Angèle Derval pour un entretien avec M. Valesco, j’annonce à la réceptionniste, d’une voix que j’ai travaillée pour qu’elle soit à la fois douce et imparable.
L’ascenseur qui me mène au dernier étage est un cube de verre qui semble défier la gravité. La ville s’éloigne sous mes pieds. Je serre les poings, sentant mes ongles s’enfoncer dans mes paumes. Respect, mais pas de soumission. Intérêt, mais pas d’avidité.
Les portes s’ouvrent dans un silence feutré. Une assistante au visage de glace me conduit à travers un couloir jusqu’à une double porte en acajou massif.
— M. Valesco vous attend.
Je pousse la porte.
Et le temps se fige.
Le bureau est immense, épuré, avec une baie vitrée qui forme un mur entier, inondant la pièce de lumière. Assis derrière un bureau qui ressemble plus à une sculpture qu’à un meuble, Néron Valesco lève les yeux vers moi.
Il est… différent. Les photos ne rendent pas compte de son magnétisme animal. La cinquantaine, cheveux poivre et sel taillés avec une précision chirurgicale. Mais ce sont ses yeux qui me transpercent. D’un gris acier, ils me déshabillent, m’évaluent et me cataloguent en une fraction de seconde. Aucune chaleur, seulement une intelligence froide et une curiosité prédateire.
— Mademoiselle Derval, dit-il. Sa voix est grave, veloutée, une caresse qui peut se muer en coup de fouet. Il ne se lève pas, ne tend pas la main. Il m’invite d’un simple geste du menton à m’asseoir dans le fauteuil en cuir face à lui.
— Monsieur Valesco, je réponds en m’exécutant, espérant que mon cœur battant la chamade n’est pas audible.
Rabis arrive derrière moi. Il n'est pas parti au bureau, finalement. Il a fait semblant. Il m'enlace par la taille, pose son menton sur mon épaule, son souffle chaud dans mon cou.— Qu'est-ce que tu regardes ? demande-t-il doucement.— Rien. Tout. Notre vie. Ce jardin, cette maison, ce ciel. Tout ce qu'on a construit.Je regarde les arbres, les fleurs, les jouets éparpillés, les traces de nos enfants partout. Et je pense à mon père. Pierre Moreau. L'homme doux et aimant qui m'a élevée seule, qui m'a appris à lire, à compter, à aimer la justice. Je lui parle, parfois, quand je suis seule, dans le silence de la maison. Je lui raconte mes enfants, leurs progrès, leurs bêtises, leurs rires. Je lui raconte mon mari, cet homme qui est tout ce qu'il aurait voulu pour moi. Je lui dis que je vais bien, que je suis heureuse, que je pense à lui tous les jours. Je sais qu'il veille. Quelque part. D'une manière ou d'une autre.Je pense à Néron. L'homme que j'ai haï de toutes mes forces, que j'ai c
On reste enlacés, à écouter le silence du matin, ce silence particulier qui précède le réveil complet de la maison. Puis les bruits s'intensifient, comme chaque matin. Des pas précipités dans le couloir, le plancher qui grince sous un poids léger. Des voix d'enfants, ou plutôt des voix de pré-adolescents maintenant. Des rires étouffés, des chuchotements complices.— MAMAN ! PAPA ! RÉVEILLEZ-VOUS ! IL EST L'HEURE !Léo. Dix ans maintenant. Toujours une tornade, mais une tornade qui a grandi, qui s'est affirmée. Il déboule dans la chambre sans frapper, comme tous les matins, et saute sur le lit de tout son poids, atterrissant entre nous dans un grand bruit de ressorts et de rires. Ses cheveux bruns sont en bataille, hérissés dans tous les sens par le sommeil. Ses yeux bleus, les mêmes que les miens, pétillent de malice et de vie. Il porte un pyjama de super-héros, bien trop petit pour lui, dont les manches lui arrivent aux coudes.— Il est l'heure ! Debout les paresseux ! J'ai faim ! Un
Je me tourne vers Rabis. Nos regards se croisent, se soudent. Le reste de la salle disparaît.— Et je voudrais remercier mon mari. Rabis. Sans toi, rien de tout ça n'existerait. Sans ton amour, je serais encore prisonnière de ma haine, de ma colère, de mon désir de vengeance. Tu m'as libérée. Tu m'as sauvée de moi-même. Tu as fait de moi une femme meilleure, une mère meilleure, un être humain meilleur. Chaque jour, tu me montres ce que signifie aimer vraiment. Chaque jour, tu me donnes la force de continuer. Je t'aime. Pour tout. Pour toujours.Les applaudissements éclatent, plus forts que jamais, une tempête de bruit qui emplit la salle, qui fait vibrer les murs. La salle entière est debout. Rabis pleure sans retenue, le visage dans ses mains. Louise et Léo applaudissent de toutes leurs petites forces, sautillant sur place.Je descends de scène, je retourne à ma place. Rabis se lève, me prend dans ses bras, me serre si fort que j'ai du mal à respirer. Il enfouit son visage dans mon c
ANGÈLELa salle est immense.Le Palais des Congrès de Paris, cette cathédrale moderne de verre et d'acier, est plein à craquer. Des centaines de personnes, habillées pour l'occasion, robes de soirée et costumes sombres, qui bruissent, qui chuchotent, qui attendent. La cérémonie annuelle des Prix de l'Engagement Social bat son plein, cette grand-messe de la philanthropie où l'on récompense ceux qui consacrent leur vie, leur fortune, leur énergie à rendre le monde un peu moins pire. Des discours vibrants, des remises de médailles, des remerciements émus, des standing ovations. Et au milieu de tout ce barnum, moi.Je suis assise au premier rang, une place réservée, un petit carton à mon nom. Rabis à ma gauche, sa main posée sur ma cuisse, une présence chaude et rassurante. Louise et Léo à ma droite, endimanchés, sages pour une fois. Même Léo, d'habitude si remuant, est hypnotisé par la solennité du lieu, suçant son pouce en regardant autour de lui avec des yeux écarquillés. Louise tient












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