INICIAR SESIÓNChapitre 4 — L'homme de glace
Lorenzo
Je la regarde partir sans bouger. Sa silhouette droite, ses épaules tendues, ses poings serrés le long de son corps. Elle ne s'est pas effondrée. Elle n'a pas pleuré devant moi. Elle a tenu bon jusqu'à la porte.
Intéressant.
La plupart des femmes à qui j'ai fait ce genre de proposition — et il y en a eu quelques-unes, je ne m'en cache pas — ont eu des réactions prévisibles. Certaines ont feint l'indignation avant d'accepter. D'autres ont accepté tout de suite, les yeux brillants de cupidité. Une seule a refusé, mais elle est revenue trois jours plus tard. L'argent est un aimant puissant.
Laura Castellano est différente. Elle a été sincèrement outragée. Vraiment blessée. Ses yeux marron jetaient des éclairs de haine pure, mais au fond de ces iris sombres, j'ai vu autre chose. De la peur, certes. Mais aussi... une étincelle. La même que l'autre soir au gala. Cette défi. Cette force.
Elle reviendra. Elles reviennent toujours.
Je m'assois à mon bureau, fais pivoter mon fauteuil vers la baie vitrée. Le soleil décline sur Manhattan, teintant les gratte-ciel d'orange et de rose. La vue est magnifique. Je ne la vois plus. Je vois son visage. La façon dont elle a soutenu mon regard sans ciller. La façon dont sa voix a tremblé en disant Je ne suis pas à vendre.
Bien sûr que si, tu es à vendre. Comme tout le monde. La seule différence, c'est que toi, tu as quelque chose que les autres n'ont pas. Cette flamme. Cette pureté. Cette innocence qui résiste encore.
Je veux la briser. Je veux la posséder. Je veux voir jusqu'où elle peut tenir avant de céder.
Mon téléphone vibre. Marcus.
— Monsieur, puis-je entrer ?
— Allez-y.
Il pénètre dans le bureau avec sa discrétion habituelle. Marcus Thorne travaille pour moi depuis douze ans. Il sait tout de mes affaires, de mes maîtresses, de mes démons. Il ne juge jamais. C'est pour cela que je le garde.
— L'entretien s'est bien passé ?
— Elle a refusé.
— Vous pensiez qu'elle accepterait tout de suite ?
— Non. Justement. Elle va réfléchir. Elle va souffrir. Elle va peser sa dignité contre la vie de sa mère.
Je me tourne vers lui.
— Et elle va revenir.
Marcus hoche la tête, impassible.
— Autre chose ?
— Oui. J'ai reçu un appel de Milan. L'acquisition de la société Fabbri est finalisée. Les documents sont prêts pour votre signature.
— Plus tard. Pour l'instant, je veux que vous renforciez la surveillance autour de Laura Castellano.
— La surveillance ?
— Je veux savoir où elle va. À qui elle parle. Ce qu'elle mange. Combien d'heures elle dort. Tout.
Silence. Marcus me regarde avec une ombre d'étonnement.
— Puis-je me permettre, monsieur ?
— Non.
Il se tait. Il sait que je déteste qu'on remette mes décisions en question. Mais cette fois, je sens qu'il brûle de parler. Il désapprouve. Il ne le dira pas, mais je le sais.
— Ce sera tout, Marcus.
— Bien, monsieur.
Il sort. Je reste seul. Le crépuscule engloutit peu à peu la ville. Les lumières s'allument une à une, constellation artificielle.
Je repense à Sofia.
Pourquoi faut-il que cette fille me rappelle Sofia ? Elles ne se ressemblent pas. Sofia était blonde, sophistiquée, calculatrice. Laura est brune, naturelle, spontanée. Sofia m'a trahi avec mon propre frère. Laura... Laura n'a encore trahi personne.
Mais elle le fera. Tôt ou tard, elle me décevra. Comme toutes les autres.
Je me lève, sers un whisky. L'alcool brûle ma gorge. Je devrais être satisfait. Le plan est en place. Elle n'a pas le choix. Dans quarante-huit heures, elle sera dans mon lit. J'aurai gagné.
Alors pourquoi cette sensation désagréable dans ma poitrine ? Pourquoi ce goût amer dans la bouche ?
Je pose mon verre. Mes doigts effleurent la cicatrice sur mon flanc gauche, sous la chemise. Marco conduisait. Sofia était à côté de lui. Moi, j'étais sur le siège arrière. J'ai survécu. Eux non.
L'amour est un mensonge, Lorenzo. Ne l'oublie jamais.
Je ne l'oublie pas. Je ne l'oublierai jamais. Laura Castellano n'est qu'un contrat. Une distraction. Un moyen de passer six mois sans m'ennuyer.
Rien de plus.
Je vide mon verre d'un trait.
Quarante-huit heures. Elle va souffrir. Elle va pleurer. Elle va me haïr.
Et puis elle dira oui.
Parce que je gagne toujours.
---
Laura
Je ne rentre pas chez moi tout de suite. Je descends du métro à une station au hasard, marche sans but dans les rues froides de novembre. Mes joues sont encore humides de larmes. Les passants me croisent sans me voir. Une fille qui pleure dans la rue, à New York, ce n'est pas un événement.
Votre mère meurt.
Quatre-vingt-cinq mille euros. Comment trouver une somme pareille ? Je pourrais travailler jour et nuit pendant dix ans sans économiser autant. Vendre un rein ? Ça ne suffirait pas. Braquer une banque ? Je ne sais même pas tenir une arme.
Je m'arrête devant une vitrine. Mon reflet me renvoie l'image d'une inconnue aux yeux rouges, aux cheveux en bataille, à la robe bleue fripée. J'ai l'air d'une naufragée.
C'est ce que je suis. Une naufragée à qui on jette une bouée empoisonnée.
Six mois. Votre corps contre mon argent.
Je repars en marchant plus vite. Le froid me mord les joues. Mes pensées s'entrechoquent. Je le hais. Je le hais de toutes mes forces. Cet homme au regard d'acier, à la voix calme, aux propositions obscènes. Il se croit tout-puissant parce qu'il a de l'argent. Il croit pouvoir acheter les gens comme on achète des meubles.
Je sais tout de vous, Laura.
Il m'a fait suivre. Il a enquêté sur moi, sur maman, sur notre vie. Il a tout calculé. Le gala, la lettre, l'entretien. Tout était prémédité. Depuis combien de temps prépare-t-il ce piège ? Depuis combien de temps m'observe-t-il sans que je le sache ?
Un frisson me parcourt l'échine. Pas de froid. De peur.
Et pourtant. Malgré la haine. Malgré l'humiliation. Malgré le dégoût. Il y a cette image qui revient. Sa main frôlant mes cheveux. Son parfum. Sa voix grave qui a prononcé mon prénom comme une menace et comme une promesse.
Je m'arrête au milieu du trottoir. Une femme me bouscule, jure en espagnol, poursuit son chemin. Je ne réagis pas.
Est-ce que je suis en train de me demander si je dois accepter ?
Est-ce que j'en suis vraiment là ?
Mon téléphone sonne. L'hôpital. Mon cœur s'arrête.
— Allô ?
— Mademoiselle Castellano ? C'est le docteur Reynolds. Je voulais vous informer que l'état de votre mère s'est dégradé. Nous avons dû augmenter les doses de médicaments. La greffe devient urgente.
— Urgente comment ?
— Si nous n'opérons pas dans les trois mois, les chances de succès diminuent considérablement. Au-delà de six mois...
Il n'achève pas. Il n'a pas besoin d'achever.
— Je comprends, dis-je d'une voix blanche. Merci, docteur.
Je raccroche. Mes jambes ne me portent plus. Je m'assois sur un banc, dans un square désert. Le vent glacé traverse mes vêtements. Je ne le sens pas.
Six mois. Au-delà de six mois...
Lorenzo Moretti le savait. Il savait que le temps m'était compté. Il m'a tendu un piège parfait, calibré au millimètre, sans échappatoire.
Je pourrais refuser. Garder ma dignité. Retourner à ma vie de misère et regarder ma mère mourir. Ce serait héroïque. Ce serait noble. Ce serait...
Ce serait criminel.
Parce que maman n'a pas demandé à être malade. Elle n'a pas demandé à être abandonnée par mon père. Elle n'a pas demandé à élever seule une fille dans un studio du Queens en travaillant seize heures par jour. Elle a tout sacrifié pour moi. Son temps. Sa santé. Sa vie.
Et moi, je ne serais pas capable de sacrifier six mois ?
Je ferme les yeux. Les larmes coulent à nouveau, silencieuses, brûlantes.
Pardonne-moi, maman. Pardonne-moi pour ce que je vais faire.
Je me lève. Je rentre chez moi. Je sors la lettre de Moretti Industries du tiroir où je l'avais jetée. Le papier est froissé, l'en-tête doré brille encore sous la lampe.
Au dos de la lettre, j'écris en tremblant :
J'accepte.
Je ne sais pas comment je vais survivre à ces six mois. Je ne sais pas si je me reconnaîtrai dans le miroir quand tout sera fini. Mais je sais une chose : maman vivra.
Et ça, ça vaut tous les sacrifices du monde.
Même celui de mon âme.
Chapitre 9 — Le penthouseLauraLa chambre est plus grande que mon studio tout entier.Je reste debout au milieu de la pièce, ma valise ridicule à mes pieds, et je n'arrive pas à détacher mes yeux du lit. Un lit king-size, massive structure de bois sombre, draps blancs tendus à la perfection, oreillers gonflés comme des nuages. Des draps qui coûtent probablement plus cher que tous mes vêtements réunis. Des draps dans lesquels je vais dormir. Des draps dans lesquels il va me...Je chasse cette pensée. Pas maintenant. Pas encore.Maria a été adorable. Elle m'a montré la salle de bains attenante — marbre blanc, baignoire assez grande pour nager, produits de beauté alignés comme des soldats sur une étagère. Elle m'a ouvert les placards — vides pour la plupart, attendant mes affaires. Elle m'a expliqué le fonctionnement des lumières, du thermostat, des stores électriques. Un monde de boutons et de technologies que je ne maîtrise pas. Un monde qui n'est pas le mien.— Si vous avez besoin de
Chapitre 8 — La signatureLorenzoElle a pleuré.Je ne supporte pas les larmes. Les larmes sont une manipulation, un chantage, une faiblesse que les femmes utilisent pour obtenir ce qu'elles veulent. Sofia pleurait beaucoup. Des larmes de crocodile qui coulaient sur commande, aussitôt sèches dès qu'elle obtenait gain de cause. J'ai appris à les ignorer, à les mépriser, à les considérer comme une arme parmi d'autres.Les larmes de Laura sont différentes.Quand elle a pleuré dans son studio minable, entourée de ses livres et de ses dessins, quelque chose s'est tordu dans ma poitrine. Je n'ai pas aimé ça. Je n'aime pas ce qu'elle provoque en moi. Cette fissure dans l'armure. Cette chaleur parasite qui vient troubler le froid dans lequel je vis depuis huit ans.Je ne voulais pas aller la chercher moi-même. J'avais prévu d'envoyer Viktor, comme convenu. Mais à cinq heures, j'étais déjà dans ma voiture, sous la pluie, sans savoir pourquoi. Mes mains tournaient le volant comme si quelqu'un d
Chapitre 7 — Le retour du démonLauraDeux jours.Deux jours à tourner en rond dans mon studio comme une bête en cage. Deux jours à regarder le téléphone en espérant un miracle. Un appel de l'hôpital qui dirait erreur de diagnostic, votre mère va bien. Un appel de l'université qui dirait bourse exceptionnelle, tout est arrangé. Un appel de n'importe qui, n'importe quoi, pourvu que ça m'évite de retourner dans ce bureau au 88e étage.Le téléphone reste muet.Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je fixe le plafond la nuit, les yeux grands ouverts, et je revois son regard gris. Ses doigts sur mes cheveux. Sa voix grave qui prononce mon prénom comme une condamnation. Laura. Personne ne dit mon prénom comme lui. Personne ne devrait.Le deuxième jour, je vais à l'hôpital. Maman va plus mal. Le docteur Reynolds me prend à part dans le couloir, son visage grave, ses mains jointes.— L'infection s'étend, mademoiselle Castellano. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais sans greffe... je ne vo
Chapitre 5 — L'humiliation publiqueLauraJe n'aurais jamais dû revenir.Les mots que j'ai griffonnés au dos de la lettre me brûlent encore les doigts quand je franchis à nouveau les portes de la Tour Moretti. J'accepte. Deux syllabes qui pèsent quatre-vingt-cinq mille euros et l'âme d'une fille désespérée. J'ai mal dormi. J'ai pleuré toute la nuit. Au petit matin, j'ai appelé l'hôpital pour entendre la voix de maman. Elle était faible mais elle a souri dans le téléphone. Ma chérie, ne t'inquiète pas pour moi. Tout va bien. Non, maman. Rien ne va bien. Mais ça ira. Bientôt, ça ira.La réceptionniste me reconnaît. Son sourire est encore plus méprisant que la dernière fois. Elle sait. Elles savent toutes, probablement. Dans une entreprise comme celle-ci, les secrets ne restent pas secrets longtemps.— Quatre-vingt-huitième étage, dit-elle sans que j'aie besoin de parler. M. Moretti vous attend.L'ascenseur. La montée vertigineuse. Les portes qui s'ouvrent. Le couloir blanc. La même réce
Chapitre 4 — L'homme de glaceLorenzoJe la regarde partir sans bouger. Sa silhouette droite, ses épaules tendues, ses poings serrés le long de son corps. Elle ne s'est pas effondrée. Elle n'a pas pleuré devant moi. Elle a tenu bon jusqu'à la porte.Intéressant.La plupart des femmes à qui j'ai fait ce genre de proposition — et il y en a eu quelques-unes, je ne m'en cache pas — ont eu des réactions prévisibles. Certaines ont feint l'indignation avant d'accepter. D'autres ont accepté tout de suite, les yeux brillants de cupidité. Une seule a refusé, mais elle est revenue trois jours plus tard. L'argent est un aimant puissant.Laura Castellano est différente. Elle a été sincèrement outragée. Vraiment blessée. Ses yeux marron jetaient des éclairs de haine pure, mais au fond de ces iris sombres, j'ai vu autre chose. De la peur, certes. Mais aussi... une étincelle. La même que l'autre soir au gala. Cette défi. Cette force.Elle reviendra. Elles reviennent toujours.Je m'assois à mon bureau
Chapitre 4 — L'homme de glaceLorenzoJe la regarde partir sans bouger. Sa silhouette droite, ses épaules tendues, ses poings serrés le long de son corps. Elle ne s'est pas effondrée. Elle n'a pas pleuré devant moi. Elle a tenu bon jusqu'à la porte.Intéressant.La plupart des femmes à qui j'ai fait ce genre de proposition — et il y en a eu quelques-unes, je ne m'en cache pas — ont eu des réactions prévisibles. Certaines ont feint l'indignation avant d'accepter. D'autres ont accepté tout de suite, les yeux brillants de cupidité. Une seule a refusé, mais elle est revenue trois jours plus tard. L'argent est un aimant puissant.Laura Castellano est différente. Elle a été sincèrement outragée. Vraiment blessée. Ses yeux marron jetaient des éclairs de haine pure, mais au fond de ces iris sombres, j'ai vu autre chose. De la peur, certes. Mais aussi... une étincelle. La même que l'autre soir au gala. Cette défi. Cette force.Elle reviendra. Elles reviennent toujours.Je m'assois à mon bureau







