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CHAPITRE 6

Author: RS WILD
last update Last Updated: 2025-12-04 00:26:49

Emelyne haussa les épaules, l’air de dire que tout était déjà joué.

— Monsieur Wright choisira la mère porteuse comme il choisit une pierre précieuse : à la loupe, en scrutant la moindre imperfection. Et il attendra d’elle la même perfection. Même s’il ne compte pas la garder… du moins, c’est ce qu’il croit.

Romy sentit un frisson lui traverser la colonne.

Une pierre précieuse.

Un ventre à louer.

Elle, dans tout ça ?

Comment elle pourrait O-S-E-R aller lui proposer ça ?

Se présenter devant lui en mode : Bonjour monsieur Wright, je vous ai préparé un café… et au passage, si vous cherchez un utérus, j’en ai un disponible ?

Elle aurait préféré mourir de honte.

Littéralement.

Rien que l’idée lui donnait la nausée : franchir cette porte, soutenir son regard, imaginer prononcer ces mots absurdes, obscènes, humiliants.

Elle n’était pas une pierre.

Pas un objet.

Pas qu’un ventre.

Pas une option sur catalogue.

Et jamais — jamais — elle n’irait frapper à sa porte pour ça.

La seconde fille sortit, déçue comme la première, et Romy dut aller chercher la troisième. Sans doute la plus âgée des quatre : un visage d’ange, des hanches étroites, un air doux. Cette fois-ci, Romy ne resta pas à rêvasser en ouvrant la porte. Pourtant, elle dut admettre qu’Emelyne avait raison : il la regardait. Mais peut-être l’avait-il toujours regardée… et ce n’étaient que les paroles de sa collègue qui lui montaient au cerveau.

Elle ressortit et Emelyne soupira, marmonnant :

— Mesdemoiselles, vous êtes trop fades pour monsieur Wright… mais merde, faites-vous une raison. Un peu d’orgueil, partez avant de le rencontrer.

Elle fit une grimace si grotesque que Romy éclata de rire. Pas un rire discret. Un vrai, un sonore.

Emelyne lui lança de gros yeux immédiatement. C’était sûr : on les avait entendues derrière la porte.

— Zut… marmonna Romy.

— Détends-toi, t’as juste ri un peu fort !

L’interphone sonna.

— Emelyne, dites à Romy de nous ramener du café et du lait !

— Oui monsieur, de suite. Elle y va.

Emelyne coupa l’interphone, leva les yeux au ciel.

— Oh, “Romy par-ci, Romy par-là”… je suis pas sûre qu’il se rappelle de toutes les vacataires qui ont bossé ici.

— Ça suffit, Emelyne, grogna-t-elle en se levant.

Elle souriait encore en allant chercher le café. Mais, en marchant, elle repensait quand même à ça.

Proposer son ventre.

Elle soupira : jamais elle n’oserait.

Dans le couloir, sur les chaises réservées aux clients, les deux dernières prétendantes au “ventre” étaient assises. L’une pleurait, déçue.

Romy alla jusqu’à la machine et fit couler le café dans le second broc posé à côté.

Quand elle se retourna, elle vit que la femme qui était dans le bureau sortait avec les deux autres filles. Son visage était fermé, presque dur, et en passant devant Romy, elle l’ignora complètement.

Elle alla rejoindre les deux premières candidates, s’arrêta devant elles et sortit son classeur. Elle le feuilleta rapidement, l’air agacé, cocha quelque chose du bout du stylo… puis referma le classeur avec un claquement sec.

— J’ai d’autres clients pour vous, mesdames !

La fille au piercing renifla, outrée :

— Non mais… il était sérieux avec son régime à la con ?

La femme – celle qui les accompagnait depuis le début – leva les yeux au ciel, blasée.

— Mesdemoiselles, c’est un client qui paie cher. Il a donc de grosses exigences. Très grosses. Et si vous n’êtes pas capables de suivre… libre à vous d’aller voir ailleurs.

— Et justement, c’est ce que vous allez faire, mesdemoiselles. Aller voir ailleurs. Parce que si déjà un régime alimentaire vous traumatise… vous n’irez pas loin avec monsieur Wright. Bonne journée. Je vous rappelle dés que j'ai du neuf.

Les deux filles échangèrent un regard vexé, récupérèrent leurs sacs, et partirent d’un pas raide, leurs talons claquant comme un dernier acte de fierté.

Une fois seules dans le couloir, Romy sentit un sourire lui échapper malgré elle.

Elle n’y pouvait rien : voir ces filles sortir la tête basse, ça lui donnait… un drôle de sentiment.

Un mélange de soulagement et de vertige.

Soulagement, parce que clairement, aucune n’avait fait l’affaire.

Vertige, parce qu’une pensée folle, stupide, dangereuse se glissa dans son crâne :

Et moi ?

Comment elle pourrait proposer un truc pareil ?

S’avancer vers lui, l’air professionnel, et lui dire :

“Bonjour monsieur Wright, vous voulez du lait avec votre café… et accessoirement, un bébé ?”

Elle faillit rire toute seule.

Quelle horreur.

Jamais de la vie.

Et pourtant…

Cette idée, née des mots venimeux d’Emelyne, rampait encore dans son esprit comme un petit serpent vicieux.

Elle baissa les yeux sur le broc de café qu’elle tenait, se racla la gorge, essaya de remettre son cerveau en place.

Non. C’était impossible.

Elle n’avait pas l’audace, ni le courage, ni même la logique pour un truc pareil.

Mais au fond d’elle, un murmure persistant soufflait :

Alors pourquoi il te regarde comme ça, hein ? Pourquoi toi ?

Romy secoua la tête, chassant cette voix.

Elle n’était pas là pour penser à ça.

Elle était là pour ramener du café et du lait. Point.

Et pourtant…

Sa main trembla légèrement sur la poignée du broc.

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