LOGINRomy traversa le couloir d’un pas mesuré, le plateau en équilibre dans ses mains, tout en se répétant intérieurement que ce café accompagné de lait ne changerait absolument rien à la situation. Pourtant, quand le patron exprimait un désir, aussi anodin soit-il, il obtenait toujours satisfaction. C’était une règle implicite dans cette entreprise, une de ces lois non écrites que tout le monde respectait sans discuter. Elle ajusta légèrement le broc chaud contre sa paume, sentant la chaleur se diffuser à travers la porcelaine, et frappa trois coups rapides à la porte du bureau.
Sans attendre une réponse explicite, elle poussa la poignée et entra. L’atmosphère de la pièce était chargée, lourde d’une conversation sérieuse. Ni Caleb ni son notaire ne relevèrent la tête à son arrivée. Ils étaient plongés dans leurs échanges, les voix basses et concentrées.
— Tu es vraiment certain, Caleb, que c’est bien ce que tu souhaites ? demanda le notaire d’un ton prudent, presque hésitant.
— Absolument certain, répondit Caleb avec une fermeté tranquille.
— Mais aucune des candidates que nous avons vues jusqu’à présent ne semble te convenir. Aucune ne passe le cap de tes exigences.
— C’est parfaitement normal d’être aussi exigeant dans une telle affaire. Après tout, il ne s’agit pas seulement de louer un ventre. C’est aussi d’un enfant dont il est question, un enfant qui portera une partie de mes gènes, n’est-ce pas ?
— Oui, bien sûr, sans doute, concéda le notaire avec un léger soupir.
— Donc, nous sommes d’accord sur ce point essentiel : il faut trouver une personne véritablement équilibrée. Or, ces jeunes femmes qu’on me présente jusqu’ici n’ont pas l’air particulièrement brillantes. On dirait qu’elles n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, si tu vois ce que je veux dire.
Le notaire éclata d’un rire franc, spontané, qui brisa un instant la tension.
— J’avoue que tu n’as pas tort... Et leurs intermédiaires, ces mères maquerelles modernes, ne valent guère mieux.
Romy, discrète comme à son habitude, s’approcha du bureau et posa délicatement le broc de café fumant ainsi que le petit pot de lait. Pendant un court instant, fugace, le regard de Caleb croisa le sien. Dans cette fraction de seconde, elle crut percevoir l’esquisse d’un sourire sur ses lèvres, quelque chose de chaleureux et inattendu. Son cœur fit un bond, et elle sentit une chaleur traîtresse monter à ses joues, la faisant se sentir soudain stupide et maladroite. Décidément, Émelyne n’aurait jamais dû lui confier qu’elle pensait que Caleb la regardait parfois d’une certaine façon. Parce que c’était manifestement faux, une illusion, et depuis cette confidence, Romy se ridiculisait à chaque interaction, guettant des signes qui n’existaient pas.
Elle s’apprêtait à tourner les talons pour quitter la pièce quand sa voix l’arrêta net.
— Romy.
Elle se retourna lentement, le cœur battant un peu plus fort.
— Oui, monsieur ?
— Fermez la porte, s’il vous plaît.
Une rougeur intense envahit son visage, le faisant virer au rouge écarlate. Elle obéit néanmoins, refermant la porte derrière elle, non sans croiser le regard amusé et curieux de sa collègue Émelyne, postée un peu plus loin dans l’open space.
Une fois la porte close, elle se tourna de nouveau vers les deux hommes.
— Approchez-vous et asseyez-vous, ordonna Caleb d’une voix calme mais autoritaire.
Romy sentit ses jambes flageoler légèrement. Qu’avait-elle bien pu faire de mal pour mériter une telle convocation ? Son esprit tournait à toute vitesse, cherchant une erreur récente, un oubli. Elle avança et s’installa d’abord sur la chaise placée au milieu de la pièce, comme pour une visiteuse ordinaire. Caleb fronça les sourcils, visiblement mécontent.
— Non, pas là. Venez avec nous, à la table. Et prenez un café, si vous le souhaitez.
— Non, merci, ça ira très bien, murmura-t-elle poliment.
Elle se releva promptement et vint s’asseoir à côté du notaire, qui la dévisagea avec une expression d’incompréhension totale, comme s’il ne saisissait pas pourquoi elle était soudain intégrée à leur discussion privée.
— J’ai besoin de l’avis d’une femme sur cette question. D’une femme jeune, précisa Caleb. Et je sais que vous, Romy, saurez rester discrète. Ce n’est pas toujours le cas d’Émelyne, même si elle est charmante.
Romy hocha la tête, encore sous le choc de cette invitation inattendue.
— Je vous écoute, monsieur.
Le trajet vers la soirée de gala s’étire dans une atmosphère glaciale, seulement troublée par le ronronnement feutré du moteur de la Bentley. Je suis assise à l'extrémité de la banquette en cuir, drapée dans une robe en soie vert émeraude dont les reflets sombres rappellent la profondeur des bois la nuit. Le tissu, pourtant fluide, semble peser une tonne sur mes épaules, comme si chaque fil de soie avait été trempé dans du plomb. Caleb me scrute du regard. Ce n'est pas le regard d'un homme admirant une femme, mais celui d'un collectionneur vérifiant l'état d'une pièce rare avant une exposition. Il n'y a aucune chaleur dans ses prunelles, juste une évaluation technique, froide et implacable.— Pourquoi m'infliger ça ? je demande enfin, ma voix trahissant une fragilité que je déteste.Mes doigts lissent nerveusement la soie sur mes hanches, un geste répétitif pour occuper mon angoisse. Je sais qu'il déteste la nervosité, il la considère comme une faille.— Tu sais que je déteste ces mon
— Le temps est le seul luxe que je ne peux pas m’offrir, réplique-t-il froidement en se versant un verre de whisky ambré. L’urgence au bureau va me prendre tout mon temps. Je veux que tout soit prêt pour que, dès que j’ai une fenêtre de tir, nous puissions passer à la phase de conception. Tu savais ce que tu signais.— Je pensais que nous avions... une connexion, je tente, ma voix tremblante de colère et de déception. À Amsterdam, c’était différent.Caleb pose son verre avec un bruit sec sur la table de verre. Il s’approche à nouveau, cette fois plus menaçant. Il m’attrape par la taille et me plaque doucement mais fermement contre lui.— Amsterdam était une parenthèse, Romy. Une délicieuse distraction. Mais ici, c’est le monde réel. Et dans mon monde, les sentiments sont des variables que je ne peux pas me permettre d’inclure dans l’équation. Tu es ici pour me donner un héritier. C’est ta seule fonction.Ses mots sont des poignards. Je sens les larmes monter, mais je refuse de les lai
ROMYLe vrombissement sourd des réacteurs du jet privé de Caleb est le seul son qui remplit l’habitacle luxueux. À travers le hublot, les lumières de Paris défilent comme des traînées de diamants jetées sur un velours noir. Mais pour moi, ces lumières ressemblent à des barreaux.Amsterdam semble déjà appartenir à une autre vie. Là-bas, sous le ciel gris et près des canaux, j’avais presque oublié les termes du contrat. J’avais presque oublié que ma main dans la sienne n’était pas un geste d’affection, mais une marque de propriété. Le retour est brutal. L’urgence dont il a parlé au restaurant a transformé l’homme prévenant en une machine de guerre.Caleb est assis en face de moi, les yeux rivés sur sa tablette. La lueur bleue de l’écran accentue la dureté de ses traits, rendant son visage aussi froid que le marbre de ses bureaux. Il n’a pas décroché un mot depuis que nous avons quitté l’hôtel. Ses doigts tapotent nerveusement contre le cuir du fauteuil.— Caleb ? je murmure, ma voix étr
RomyJ’ai choisi une robe-pull en cachemire gris perle, col roulé, manches longues, qui tombe juste au-dessus des genoux. Des bottes en cuir noir à talons plats – pas question de me tordre une cheville aujourd’hui. Mes cheveux sont lâchés, légèrement ondulés par l’humidité de la douche, et j’ai mis un rouge à lèvres nude. Rien de trop voyant. Rien qui crie « regardez-moi ». Juste… présentable. Oubliée, la nuit dernière. Oubliée, la gifle. Oubliée, la façon dont il m’a prise contre le mur, le sang sur mes cuisses, ses promesses murmurées à mon oreille. C’est mieux comme ça. C’est plus sûr.Lorsque je sors de la chambre, il est déjà là, dans sa chambre. Il a pris sa douche dans sa propre chambre ; ses cheveux sont encore mouillés, quelques gouttes glissent le long de sa tempe et viennent mourir dans le col de sa chemise bleu nuit. Ça lui donne un air encore plus… troublant. Plus vivant. Plus dangereux. Décidément, je ne m’arrange pas. Avant de lui proposer mon corps, j’étais amoureuse d
CalebJe referme la porte de la salle de bain derrière moi sans un bruit. Le couloir est silencieux, seulement troublé par le lointain murmure de l’eau qui continue de couler dans la baignoire. Je m’appuie une seconde contre le mur, les yeux fermés, et je laisse échapper un souffle long, presque douloureux.Elle est là-dedans. Nue, rougie, encore tremblante de ce que je viens de lui faire. Et moi, je suis ici, le cœur battant trop fort, la queue encore à moitié dure dans mon pantalon malgré l’orgasme qui m’a traversé comme un train de marchandises. Je devrais être satisfait. Calme. Maître de moi, comme toujours.Mais je ne le suis pas.Je passe une main dans mes cheveux, tire dessus jusqu’à ce que ça fasse mal. Ça m’aide à réfléchir. À remettre de l’ordre.Je l’ai baisée comme un animal. Sans douceur, sans préliminaires, sans même lui laisser le temps de respirer. Elle saignait, elle pleurait presque, elle murmurait entre deux gémissements qu’elle avait ses règles… et moi, je l’ai pri
RomyLe silence retombe, lourd, poisseux, seulement troublé par nos respirations encore saccadées. Je reste collée contre le mur, les jambes flageolantes, le sang et son sperme coulant lentement le long de mes cuisses. Mon corps tremble, mélange de choc, de plaisir résiduel et d’épuisement. Caleb s’est écarté, a rajusté sa chemise d’un geste précis, presque mécanique, comme si rien ne s’était passé. Il me regarde, calme, attentif, presque tendre – et c’est ça qui me terrifie le plus.Je glisse lentement le long du mur, mes genoux cèdent. Je m’assois par terre, dos au plâtre froid, robe relevée, cuisses ouvertes, incapable de me relever tout de suite. Mon souffle est court, mes mains tremblent sur mes genoux. Je fixe le sol, incapable de croiser son regard.Il s’accroupit devant moi, lentement, sans brusquerie. Ses doigts effleurent ma joue, repoussent une mèche de cheveux collée par la sueur.— Tu comptes rester là toute la nuit ? demande-t-il d’une voix basse, presque douce.Je ne ré







