LOGINNous avons survécu à l'enlèvement, aux mensonges, aux secrets, aux trahisons. Nous avons survécu à Arthur, ce cousin qu'il aimait comme un frère et qui a tenté de nous détruire. Nous avons survécu aux Kensington, cette famille rivale qui voulait ma mort pour affaiblir James. Nous avons survécu à cette vie de violence et de sang qui a failli nous engloutir, qui a failli nous séparer, qui a failli nous briser. Et nous sommes encore là, unis, amoureux, vivants.Je repense à ce que j'ai ressenti en ouvrant ce dossier, il y a des mois. C'était en novembre, un après-midi gris et pluvieux, et j'étais entrée dans son bureau pour chercher un livre. Je revois le dossier noir qui dépassait du tiroir, comme une langue de serpent. Je revois les mots — "Opération de représailles : neutralisation des cinq ravisseurs de Mlle Collins. Statut : tous neutralisés. Aucun survivant." Je revois la nausée qui m'a saisie, le vertige, l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds.
EllieLes mois ont passé. L'hiver a cédé la place au printemps, le printemps à l'été, et la villa Elysium s'est parée de ses plus beaux atours. Les glycines ont refleuri, leurs grappes mauves embaumant l'air de leur parfum sucré. Les roses de Fergus ont explosé en une symphonie de couleurs, des roses pourpres, des roses orangées, des roses d'un blanc si pur qu'elles semblent luire dans la pénombre du soir. Les cygnes ont eu des petits, des poussins gris et maladroits qui glissent sur le lac derrière leurs parents majestueux, leurs cous graciles dessinant des courbes parfaites sur l'eau miroitante.La villa n'est plus une prison, mais un foyer. Les grilles ne m'oppressent plus, les gardes ne m'intimident plus, les caméras ne me surveillent plus , elles me protègent. J'ai mis du temps à faire la différence, mais je l'ai faite. Une différence qui ne tient pas à un mot, à une définition, mais à une sensation, à une certitude intérieure. Je ne suis plus la ca
EllieLes semaines passent, et peu à peu, je m'adapte à cette nouvelle vie. La villa Elysium est devenue moins étrangère, moins intimidante, moins écrasante. J'ai apprivoisé les domestiques, appris le nom des gardes, exploré les jardins et les bois environnants. J'ai découvert des recoins secrets que même James ne connaissait pas , un kiosque abandonné au bord du lac, une grotte artificielle tapissée de fougères, un vieux pont de pierre couvert de mousse qui enjambe un ruisseau.Hawthorne, le majordome, s'est révélé être un homme chaleureux sous sa carapace de raideur militaire. Il connaît l'histoire de la villa sur le bout des doigts , chaque tableau, chaque meuble, chaque arbre du parc et il me raconte des anecdotes avec une passion discrète qui me touche. Les cuisinières, madame Briggs et sa fille Emily, m'ont adoptée comme leur propre fille et me préparent des petits plats réconfortants quand je passe à l'office. Les jardiniers me saluent avec de grands sourires quand je me promèn
Ellie— Tu ne peux pas sortir. C'est pour ta sécurité.La phrase tombe comme un couperet, tranchante et définitive. James est debout devant moi, les bras croisés sur sa poitrine, le visage fermé et dur , ce visage de chef mafieux qu'il arbore quand il négocie avec ses ennemis, quand il donne ses ordres d'exécution, quand il refuse de céder un pouce de terrain. Nous sommes dans le salon de la villa, face à face comme deux duellistes avant l'assaut, et je viens de lui annoncer que je voulais retourner au travail, reprendre une vie normale, sortir de cette cage dorée.— Pour ma sécurité ? répété-je, incrédule. Tu es sérieux, James ? Je suis prisonnière de ta villa, de tes gardes, de tes grilles, de tes caméras. Je ne peux pas mettre un pied dehors sans une escorte armée. Je ne peux pas téléphoner à mes amis sans que tes hommes écoutent la conversation. Je ne peux pas recevoir de courrier sans qu'il soit inspecté par tes services. Et tu appelles ça de la sécurité ?— Oui, j'appelle ça de
EllieLa colère vient après. Pas tout de suite , sur le moment, il y a eu le choc, l'incrédulité, l'engourdissement. Comme si mon esprit refusait d'accepter ce que mes yeux avaient lu, comme s'il dressait une barrière protectrice entre moi et l'horreur de la vérité. Mais les barrières finissent toujours par céder, et quand la colère arrive, elle est dévastatrice.Une colère froide, silencieuse, méthodique. Pas une colère de cris et de portes qui claquent , une colère de silence et de regards détournés. Une colère qui s'installe dans ma poitrine comme un bloc de glace et qui refuse de fondre. Pas contre lui, pas exactement. Contre le mensonge, contre les secrets, contre cette vie entière qu'il a construite sur des fondations de sang et de violence. Contre moi-même, aussi, pour avoir été assez naïve pour ne pas voir, pour ne pas comprendre, pour ne pas deviner.Je ne lui parle pas pendant trois jours. Trois jours interminables, pendant lesquels la villa Elysium, ce paradis de marbre et
EllieJe découvre la vérité par hasard, comme on découvre toujours les vérités qui dérangent , sans les chercher, sans les vouloir, sans être prête à les affronter.Cela fait trois semaines que nous vivons à la villa Elysium. Trois semaines de convalescence, de promenades dans le parc, de baignades dans le lac, de dîners aux chandelles sur la terrasse. Trois semaines de paix absolue, de bonheur fragile, de parenthèse enchantée loin du monde extérieur et de ses violences. James a mis sa vie professionnelle entre parenthèses , il délègue tout à George, ne prend que les appels les plus urgents, passe ses journées à me tenir compagnie. Il m'a montré chaque recoin de la villa, des cuisines souterraines à la bibliothèque circulaire, de la salle de cinéma à la piscine intérieure, de la cave à vins à l'observatoire astronomique installé dans la tour. Il m'a appris à monter à cheval, à jouer aux échecs, à reconnaître les étoiles dans le ciel nocturne. Il m'a raconté des histoires de son enfanc
ArthurJ'ai engagé un homme. Pas n'importe quel homme , un professionnel, un vrai, un de ceux qui ne posent pas de questions et qui ne laissent pas de traces. Il s'appelle Mason, un nom d'emprunt probablement, mais je m'en moque éperdument. Les noms ne m'int&eac
ArthurJe l'observe depuis des semaines. Mon frère, le grand James Sullivan, le chef impitoyable de la mafia londonienne, l'homme que rien ni personne ne peut arrêter. Celui que les journaux surnomment le Fantôme de Canary Wharf, celui que les autres familles craignent comme la peste, celui qui a b
Mais là, dans ce garage, contre cette voiture, il n'y a pas de faiblesse. Il y a de la force. Une force que je ne connais pas. Une force que je n'aurai jamais. Une force qui me donne envie de pleurer, moi, George, l'homme de fer, le soldat, le tueur.Je reste là, adossé au mur, les yeux fixés au pl
Sa bouche s'écrase sur la mienne, dure, chaude, impatiente. Il n'y a pas de douceur dans ce baiser. Pas de timidité. Pas de demande. Il prend. Il prend ce qu'il veut, ce qu'il désire, ce qui lui appartient. Et je lui appartiens. Je lui appartiens depuis le premier soir, depuis le premier regard, de







