INICIAR SESIÓNParce que c'est ça, je le sais. Ce n'était pas une dispute. Ce n'était pas une querelle de famille. C'était une déclaration de guerre. Et je viens de tirer le premier coup de feu.
Je referme la porte doucement, très doucement, presque religieusement. Le cliquetis du loquet résonne dans le studio comme le son d'une cellule qui se referme. Je me tourne vers James, et je le regarde. Il est là, les bras croisés, l
Je termine ma blague. Je le regarde avec un grand sourire, attendant sa réaction. J'attends un rire poli. J'attends un sourire forcé. J'attends même un grognement désapprobateur – ce serait déjà une réaction.Il ne rit pas.Son visage est impassible. Ses yeux me fixent sans expression. Il ne bouge pas. Il ne cligne même pas. Il ressemble à une statue. Un mort. Un homme de pierre.Le silence s'installe. Lourd. Gênant. J'entends la radio grésiller, Marco qui rit dehors, une mouche qui bourdonne.— Tu n'as pas compris ? je demande, la déception au bord des lèvres.— Si, j'ai compris.— Alors tu ne trouves pas ça drôle ?— Si.— Alors ris !Il ouvre la bouche. Il va dire quelque chose – une justification, une excuse, une explication sur pourquoi il ne rit pas, sur comment il a perdu l'habitude, sur comment on ne rit pas dans son monde, sur comment le rire est une arme qu'il a oublié de manier.
Je sors de dessous la voiture. Je me glisse sur la planche à roulettes, mes cheveux traînent dans la poussière, et je me relève en m'essuyant les mains sur ma combinaison. Mes cheveux sont en bataille – ils sont tombés de mon chignon il y a une heure, et je n'ai pas pris le temps de les rattacher. Mon visage est maculé de cambouis. J'ai une tache sur la joue, une autre sur le front, une troisième sur le menton. La sueur coule le long de mes tempes. Mes ongles sont noirs, incrustés de graisse que même le savon noir n'enlève pas. Ma combinaison est dégrafée jusqu'à la taille, laissant voir mon vieux t-shirt en dessous, trempé de sueur, qui colle à ma peau.J'ai chaud. Je suis fatiguée. Je suis heureuse.— Tu es mignon, je dis en le voyant fixer ses yeux sur moi.Il est toujours sur sa chaise en plastique blanche, les bras croisés, les jambes écartées. Il porte un jean et une chemise blanche , la chemise blanche qu'il a mise ce matin, pensant qu'on allai
Je vois tout ça à travers ses yeux. Soudain, mon garage me paraît minuscule. Pauvre. Délabré. Je vois les fissures dans le sol, les ampoules qui grésillent, les murs jaunis par la fumée. Les établis sont tachés, les outils sont usés, les fenêtres sont sales. J'ai honte. Pendant une longue seconde, j'ai honte. Mon ventre se noue. Mes mains deviennent moites.Puis je me rappelle que c'est mon royaume. Mon royaume à moi. Le seul endroit au monde où je suis complètement à ma place, complètement moi-même, sans avoir à jouer un rôle, sans avoir à faire semblant. Ici, personne ne me juge. Ici, mes mains noires sont une fierté, pas une honte. Ici, on ne mesure pas les gens à leur compte en banque mais à leur capacité à faire chanter un moteur.Je n'ai pas à avoir honte de ça.— Bienvenue dans mon garage, je dis en faisant le geste du propriétaire.Il ne répond pas. Il est trop occupé à regarder. Ses yeux... ses yeux deviennent curieux. Comme ceux d'un enfant qui découvre un endroit interdit.
EllieJe l'emmène à mon garage.La décision est venue comme ça, sans préméditation, sans calcul. Un matin, en buvant mon café, en le regardant enfiler sa veste, j'ai réalisé qu'il n'avait jamais vu l'endroit où je passe le plus clair de mon temps. L'endroit où je suis vraiment moi. Pas Ellie la petite amie de James Sinclair. Pas Ellie la femme qu'on suit dans la rue. Ellie la mécanicienne. Ellie celle qui sent le cambouis et qui sait faire parler un moteur rien qu'en l'écoutant.J'ai eu peur, une fraction de seconde. Peur de son regard sur mon monde. Peur qu'il le juge. Peur qu'il le trouve sale, bruyant, indigne de lui. Mais j'ai chassé cette peur. Parce que si je commence à avoir honte de qui je suis, alors notre histoire n'a aucun sens.— Viens, je lui dis en attrapant mes clés. On sort.— Où ça ?Sa voix est calme, mais je vois ses yeux s'allumer. Il n'aime pas les surprises. Il n'aime pas ne pas contrôler. Mais il a appris, avec moi, à lâcher un peu de lest. À me faire confiance.
EllieJe ne sais pas s'il plaisante.S'il a vraiment tué les gens qui lui ont fait ces cicatrices. Les gens qui ont pris un couteau ou un tisonnier ou une lame de rasoir pour dessiner cette cartographie de la douleur sur sa peau. Les gens qui l'ont marqué à vie, physiquement et psychologiquement, et qui sont morts aujourd'hui. Peut-être de mort naturelle. Peut-être d'autres causes. Peut-être de ses mains à lui. Peut-être après l'avoir regardé mourir lentement. Peut-être après lui avoir fait subir la même douleur.Je ne sais pas.Je décide de ne pas poser la question.Parce que la réponse, quelle qu'elle soit, changera quelque chose entre nous. Parce que je ne suis pas prête à entendre qu'il a tué – même si je le sais, au fond de moi, je le sais depuis le premier soir, depuis le cadavre dans le coffre de la Mercedes, depuis les hommes en noir qui l'appellent "Boss" comme on appelle un roi, depuis la façon dont tout le monde s'éca
Pas comme il le fait d'habitude. Pas vite, presque brutalement, comme pour en finir, pour passer à autre chose, pour ne pas laisser le temps à l'autre de regarder. Non. Doucement. Lentement. Bouton par bouton. Il défait le premier, puis le deuxième, puis le troisième. Ses doigts ne tremblent pas, mais ils sont lents, hésitants, comme s'il déchirait un voile, comme s'il se dévoilait pour la première fois de sa vie.Son torse apparaît. Je l'ai déjà vu, bien sûr, cent fois, mille fois peut-être. Mais pas comme ça. Pas dans cette lumière-là. Pas avec cette intention-là. Pas avec cette vulnérabilité-là.Les cicatrices.Elles sont là, toutes, visibles dans la lumière dorée de l'après-midi. Des lignes blanches, des chéloïdes, des points de suture anciens, des marques de brûlures. Une cartographie de la douleur. Une histoire écrite en chair. Chaque cicatrice a une origine, un moment, une douleur que j'essaie d'imaginer sans y parvenir.Je me lèv







