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Chapitre 4 – « Tu vas mourir »

Author: Déesse
last update publish date: 2026-04-09 00:17:27

Ellie

Il sort son arme, je ne l'ai pas entendu la dégainer, je ne l'ai pas vue sortir de sa veste, elle est là soudain, comme née dans sa main, un automatisme, un réflexe, une seconde nature chez ces hommes qui vivent avec le doigt sur la détente même quand ils dorment, et c'est un Glock, je crois, un 9 mm, le métal noir mat qui ne brille pas, qui ne reflète pas la lumière, une arme conçue pour tuer sans se faire voir.

Le métal est froid contre ma tempe, d'une froideur absolue, presque abstraite, comme si ce n'était pas réel, comme si j'étais en train de regarder un film ou de lire un livre ou de rêver, la bouche du canon est un petit cercle noir qui presse ma peau juste au-dessus de l'arcade sourcilière droite, là où l'os est plus fin, plus fragile, plus proche du cerveau, là où une balle entrerait sans rencontrer de résistance et ferait exploser les tissus mous dans un bruit de pastèque qu'on écrase.

Mais le poids est là, la pression est là, l'odeur de l'huile et de la poudre est là, une odeur grasse, métallique, chimique, l'odeur de la mort industrielle, l'odeur des champs de bataille et des règlements de comptes et des garages souterrains à deux heures du matin, et mon cerveau s'emballe, les pensées fusent, se bousculent, s'écrasent les unes contre les autres dans un feu d'artifice de souvenirs et de regrets et de peurs.

Je pense à l'université, à la bibliothèque où j'aimais m'asseoir près de la fenêtre, le nez dans un bouquin de poésie de Sylvia Plath, le soleil sur ma nuque, le silence autour de moi, le sentiment d'être ailleurs, d'être quelqu'un d'autre, d'être une étudiante comme les autres, pas une orpheline, pas une pauvre, pas une fille qu'on menace avec une arme dans un garage.

Je pense à la tasse de café que je buvais trop chaude, trop vite, en brûlant ma langue, à la petite cuillère qui tintait contre la porcelaine, au bruit des pages qu'on tourne, à l'odeur du vieux papier et de la poussière, à cette paix qui n'existe plus, que j'ai perdue quelque part entre la mort de mon père et l'arrêt de mes études et les nuits passées sous des voitures.

Je pense à la boîte à outils que mon père m'a offerte pour mon septième anniversaire, une semaine avant sa mort, une petite boîte rouge en métal avec un cadenas doré trop grande pour mes mains d'enfant, et il m'avait dit en me la donnant : « Tu seras la meilleure, ma fille, la meilleure dans tout ce que tu feras », et j'avais hoché la tête sans comprendre, et le lendemain il était mort, et la boîte est restée sur mon étagère pendant dix-sept ans, vide, parce que je n'ai jamais osé l'ouvrir, parce que l'ouvrir aurait été admettre qu'il ne reviendrait pas.

Je pense que je n'aurai jamais le temps de retourner à la fac, que je ne serai jamais professeur, que je ne tiendrai jamais ma propre classe, que je ne verrai jamais les yeux des élèves s'allumer devant un poème, que je mourrai ici, dans cette flaque d'huile, avec de la graisse sous les ongles et un nom que personne ne retiendra.

Je devrais avoir peur, je devrais supplier, je devrais pleurer, crier, m'évanouir, mais ma voix s'élève, calme, presque désinvolte, comme si on parlait de la pluie et du beau temps, comme si sa vie à lui ne tenait qu'à un fil – ce qui est le cas, parce que j'ai une clé à molette dans la main droite et que je sais où frapper pour briser une rotule.

– C'est une nouvelle mode pour refuser les pourboires ?

Il cligne des yeux, une seconde, une seule, ses paupières grises s'abaissent et se relèvent, décontenancé, son front se plisse, sa bouche s'entrouvre comme s'il cherchait une réponse qu'il n'a pas, son bras tremble à peine, à peine, sur la détente, un micro-tremblement que je sens contre ma tempe à travers le métal, et cette seconde, cette infime fissure dans sa détermination, c'est tout ce que j'ai, ma vie tient à cette seconde, à ce battement de cils, à cette respiration qu'il retient, à cette micro-hésitation entre l'ordre reçu et l'instinct de tuer.

Mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes oreilles, un tambour de guerre, une cavalcade, une révolte, il bat dans ma gorge où je sens la pulsation à chaque seconde, dans mes tempes où le sang cogne comme un bélier, dans mon ventre où les muscles se serrent et se desserrent, dans mon sexe où une chaleur sourde s'accumule, inexplicable, presque honteuse, et l'adrénaline a quelque chose d'intime, de viscéral, de primitif, la peur et le désir partagent le même territoire, les mêmes nerfs, les mêmes artères, la même chair qui frémit sous la menace.

Mon ventre se serre, mes cuisses se pressent l'une contre l'autre par réflexe, par pudeur, par besoin, et mon sexe est chaud, vibrant, gonflé, comme si tout mon sang affluait là, dans ce creux que personne n'a touché depuis des mois, et je ne sais plus où la peur commence et où le désir s'arrête, je ne veux plus savoir, tout ce que je sais c'est que je suis vivante, que je suis chaude, que je suis là, que le canon est froid contre ma tempe mais que je ne fermerai pas les yeux, je ne fermerai pas les yeux, je ne fermerai jamais les yeux.

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