MasukLysandraLa cour est assemblée.Je suis debout devant le trône, les mains liées dans le dos. Valdren est assis, la couronne sur la tête, le visage impassible. La reine est à sa droite, un sourire aux lèvres. Les courtisans sont alignés, curieux, avides de sang.— Lysandra de Hauterive, dit Valdren. Tu es accusée d'avoir désobéi à mes ordres. D'avoir manqué de respect à la reine. D'avoir troublé l'ordre de la cour.Je ne réponds pas. Je le fixe.— Comment plaides-tu ?— Coupable.Un murmure parcourt la salle.— Tu es condamnée à une punition publique, dit-il. Tu seras courbée sur mon trône. Ta jupe sera relevée. Tu recevras dix coups.Je ne bouge pas.— Approchez, ordonne-t-il.On me pousse vers le trône. On me courbe sur l'accoudoir. On relève ma jupe. Je sens l'air froid sur ma peau. Je sens les regards. Je sens la honte.Mais je ne cède pas.Valdren se lèv
LysandraOn me traîne dans la cour.Le soleil est haut. La chaleur écrasante. Les courtisans sont là, alignés, curieux. La reine est sur son balcon, un sourire aux lèvres. Valdren est sur le sien, le visage impassible.Je suis nue.On m'a arraché mes vêtements, on m'a poussée dans la cour, on m'a jeté des seaux d'eau froide. Je grelotte. Je brûle. Je suffoque.— Lavez-la, ordonne une voix. Qu'elle soit présentable.Des mains me frottent. Des éponges. Du savon. Je me débats. On me maîtrise.— Laissez-moi !— Tiens-la.Je suis humiliée. Exposée. Nue devant des centaines de regards.Mais je ne baisse pas les yeux.Je cherche Valdren. Je le trouve. Sur son balcon. Il me regarde. Son visage ne montre rien. Mais je vois ses mains. Crispées sur la rambarde. Je vois ses mâchoires. Serrées.Je le fixe. Droit dans les yeux.— Vous aimez le spectacle ? je crie.
LysandraIl me fait servir à table.Je porte des plateaux, je verse du vin, je débarrasse les assiettes, je suis une servante, une esclave, une chose, et les courtisans me regardent, certains avec pitié, d'autres avec mépris, d'autres avec faim, et je les ignore tous, je garde les yeux baissés, je garde ma rage pour moi, je garde tout ce qui me reste pour le moment où cela comptera.Mais je regarde. J'apprends. Je mémorise les visages, les noms, les alliances, les rivalités, les haines, les amours. Je repère les ennemis. Les faibles. Les traîtres. Je construis dans ma tête une carte du pouvoir, une toile d'araignée de relations et de secrets, et je me promets que cette carte me servira un jour, quand je me vengerai, quand je les détruirai tous.La reine me convoque un jour dans ses appartements.Elle est belle. Froide. Distante. Ses cheveux sont blonds comme les blés, ses yeux verts comme l'émeraude, son visage un masque de porc
ValdrenElle est là, dans mes bras, et elle se débat.Ses poings frappent ma poitrine, ses ongles griffent mon dos, ses dents cherchent ma lèvre, et chaque coup, chaque griffure, chaque morsure est une délicieuse torture, une souffrance exquise, une douleur qui me fait me sentir plus vivant que je ne l'ai jamais été.Elle est sauvage. Indomptée. Magnifique.Je la plaque contre le mur, mes mains sur ses poignets, mes jambes contre les siennes, mon corps contre le sien, et je sens sous mes doigts la finesse de ses os, la fermeté de ses muscles, la chaleur de sa peau, et je sens sous mon corps la rage qui l'habite, cette rage qui est devenue sa force, sa raison de vivre, son essence même.Elle est forte. Plus forte que je ne l'imaginais. Mais pas assez.— Lâche-moi, siffle-t-elle, et sa voix est un venin, un poison, une menace.— Non.— Je te tuerai.— Tu essaieras.Elle me mord la lèvre
LysandraOn me réveille à l'aube, quand les premières lueurs du jour filtrent à travers les fissures des murs, quand les rats regagnent leurs trous, quand les gardes changent de quart, et des mains brutales me tirent de mon sommeil, me tirent de mes cauchemars, me tirent de ce néant bienheureux où je n'étais plus captive, où je n'étais plus une bête en cage, où je n'étais plus rien du tout.Des gardes entrent dans ma cellule, me tirent par les bras, me traînent dans les couloirs, et je ne résiste pas, pas encore, je garde mes forces, je garde ma rage, je garde tout ce qui me reste pour le moment où cela comptera, pour le moment où je pourrai frapper, pour le moment où je pourrai mordre.Ils me conduisent dans une grande salle éclairée par des torches, une salle aux murs de pierre nue, une salle qui sent la peur et le sang et la mort, et au centre de cette salle, il y a une estrade, et sur cette estrade, il y a un homme, un homme grand, large, vêt
LysandraNous arrivons à la capitale au crépuscule, quand le soleil descend derrière les remparts comme une boule de feu qui se noie dans l'horizon, quand les ombres s'allongent sur les pavés comme des doigts de spectres, quand les lanternes s'allument une à une dans les rues comme des étoiles tombées du ciel.La ville est immense.Je n'ai jamais rien vu de tel. Des murs de pierre grise qui s'élèvent vers le ciel comme des falaises, des tours qui griffent les nuages comme des doigts osseux, des rues grouillantes de vie, de bruit, d'odeurs, des milliers de personnes qui vont et viennent, qui rient, qui crient, qui vivent, et je les regarde avec des yeux écarquillés, avec une curiosité que je voudrais cacher, avec une fascination que je ne peux pas nier.Hauterive était un village de trois cents âmes, un village de paysans et d'artisans, un village où tout le monde se connaissait, où tout le monde s'entraidait, où tout le monde vivait dans







