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Chapitre 6 — La provocation

作者: Déesse
last update publish date: 2026-09-02 19:23:28

Lina

Il avait dit de mettre une veste. Il avait dit qu'il faisait froid. Alors j'ai fait exactement l'inverse. Pas de veste. Pas de collants. Pas de pudeur. Juste ma peau, mes jambes nues, et cette faim qui me dévorait de l'intérieur depuis des jours.

La jupe que j'ai choisie ce matin-là, je l'avais achetée un an plus tôt, sur un coup de tête, dans une boutique où je n'aurais jamais dû entrer. Elle était noire, en simili cuir, tellement courte que si je me penchais ne serait-ce qu'un peu, on voyait la naissance de mes fesses. Le genre de jupe qu'on ne porte pas pour aller en cours. Le genre de jupe qu'on porte pour déclarer la guerre. Et c'était exactement ce que je faisais. Je déclarais la guerre. À lui. À ses résistances. À cette putain de bienséance qui nous séparait.

J'ai enfilé un pull ample, à col large, qui tombait sur une épaule. Dessous, un soutien-gorge en dentelle noire, dont la bretelle était volontairement visible, comme une invitation. J'ai attaché mes cheveux en queue-de-cheval haute, dégageant ma nuque, mes épaules. J'ai mis du rouge à lèvres. Un rouge profond, presque sang. Pas trop. Juste assez pour qu'il comprenne que je n'étais pas là pour prendre des notes.

Je me suis regardée dans le miroir une dernière fois. L'image m'a plu. Pas parce que j'étais belle. Parce que j'étais dangereuse. Et c'était exactement ce que je voulais qu'il voie en entrant dans cette salle.

Chloé m'attendait devant l'amphi, adossée au mur, son café à la main. Quand elle m'a vue arriver, elle a secoué la tête, les yeux écarquillés.

— T'es vraiment en train de faire ça.

— Faire quoi ?

— Lina, t'as pas de collants. On est en octobre.

— J'ai pas froid.

Elle a levé les yeux au ciel, ce qui était sa façon à elle de dire « je ne suis pas d'accord mais je t'aime quand même ». Puis elle a murmuré, assez bas pour que les autres ne l'entendent pas :

— Tu vas le tuer.

— C'est le but.

Elle a ri, nerveusement, et on est entrées. Je me suis assise au premier rang, évidemment. J'ai posé mon sac, sorti mon cahier, mon stylo. Puis j'ai attendu. Le cœur battant, les jambes nues, la peau frissonnante malgré mes dénégations. J'avais croisé les jambes, et le simili cuir de ma jupe luisait sous les néons. Je sentais le froid du banc sous mes cuisses, remonter le long de mes jambes, se mêler à la chaleur de mon ventre. C'était électrique.

Il est entré à neuf heures pile. La porte a claqué doucement derrière lui. Il a traversé la salle sans me regarder, mais je savais qu'il m'avait vue. Il y avait cette tension dans sa nuque, ce raidissement imperceptible des épaules, cette façon de serrer la mâchoire qui trahissait son trouble. Il s'est installé à son bureau, a posé ses notes. Puis il a levé les yeux.

Et il m'a vue.

Vraiment vue.

Son regard est descendu sur mes jambes. Lentement. Trop lentement. J'ai senti ce regard comme une main, comme une langue, comme une brûlure. Puis il est remonté vers mon pull tombé sur l'épaule, vers ma bretelle de dentelle noire, vers mon cou, mes lèvres, mes yeux.

— Mademoiselle Arnaud, a-t-il dit, d'une voix plus basse que d'habitude. Asseyez-vous correctement.

J'ai incliné la tête, feignant l'innocence.

— Je suis assise correctement, Monsieur Hartman.

— Non. Vous êtes assise comme si vous étiez dans un bar. Pas dans un cours d'anatomie.

Des rires discrets ont parcouru la salle. J'ai souri, sans ciller. Puis, avec une lenteur délibérée, j'ai décroisé les jambes. Le bruit de mes cuisses nues qui se frôlaient a résonné dans le silence. Je les ai recroisées dans l'autre sens, en le regardant droit dans les yeux, sans un battement de cils.

Il a détourné le regard, s'est tourné vers le tableau. Il a commencé son cours. Et tout de suite, j'ai senti que quelque chose était différent. Sa voix était plus tendue, plus rauque. Il marquait des pauses, cherchait ses mots. Il parlait du muscle sartorius, ce long ruban qui traverse la cuisse en diagonale. Et moi, je le regardais, les jambes croisées, le sourire aux lèvres, en me demandant combien de temps il allait tenir.

— Le sartorius, a-t-il dit, est le muscle le plus long du corps humain. Il part de l'épine iliaque antéro-supérieure et descend le long de la cuisse pour se terminer sur la face médiale du tibia.

Il s'est arrêté. Sa main sur la craie s'est crispée. Je venais de décroiser les jambes. Lentement. Très lentement. J'avais laissé mes genoux s'ouvrir légèrement, juste assez pour qu'il comprenne ce que j'étais en train de faire. Juste assez pour qu'il imagine ce qu'il y avait entre mes cuisses. Puis j'avais recroisé dans l'autre sens, en le regardant droit dans les yeux, sans ciller.

— C'est un muscle bi-articulaire, a-t-il repris, la voix un peu étranglée. Il permet la flexion de la hanche et du genou, ainsi que la rotation externe de la cuisse.

J'ai noté quelque chose sur mon cahier, sans le quitter des yeux. Mes doigts jouaient avec le capuchon de mon stylo, le faisant tourner entre mes lèvres, l'aspirant légèrement, le relâchant. Il a buté sur le mot « rotation ». Juste une fraction de seconde. Mais je l'ai entendu. Et j'ai vu sa pomme d'Adam monter et descendre.

Il a continué son cours, tant bien que mal. Il évitait de regarder le premier rang. Mais quand il le faisait, son regard s'attardait une demi-seconde de trop sur mes jambes, sur mes hanches, sur mes lèvres. Je le voyais lutter. Je voyais ses doigts se crisper sur la craie, sa mâchoire se serrer, sa respiration devenir plus courte. Et cette sensation de le voir se débattre, de le sentir au bord du précipice, me rendait folle.

À la fin du cours, il a annoncé d'une voix blanche :

— La prochaine fois, j'aimerais que tout le monde arrive avec une tenue adaptée. Nous ne sommes pas à la plage.

Tout le monde a ri. Moi aussi. Mais dans mon rire, il y avait une promesse. Ce n'était que le début.

Je suis restée après le cours. J'ai rangé mes affaires avec une lenteur calculée, prenant soin de laisser traîner mon stylo, mon cahier, un surligneur. Il était au bureau, en train de ranger ses papiers. Il ne me regardait pas, mais je sentais sa tension à travers la salle vide.

— Monsieur Hartman ? ai-je lancé.

Il a levé les yeux, méfiant.

— Oui ?

— Vous trouvez que ma tenue n'était pas adaptée ?

Il a serré les mâchoires. Puis il a répondu, d'une voix neutre, trop neutre :

— Je trouve que vous cherchez à provoquer. Et vous y parvenez très bien.

— Et vous, ça vous dérange ?

— Oui.

Le mot est tombé, sec. Mais dans sa voix, j'ai perçu autre chose. Une fêlure. Une hésitation. Il mentait. Ça ne le dérangeait pas. Ça le rendait fou.

Je me suis approchée du bureau, sans le quitter des yeux. J'ai posé mes mains sur le bois, me suis penchée légèrement. Mon pull a glissé un peu plus sur mon épaule, dévoilant la dentelle noire.

— Dans ce cas, je m'habillerai autrement la prochaine fois, ai-je dit en haussant les épaules, faussement soumise.

— Ce serait préférable.

— Mais je ne garantis rien.

Je lui ai adressé un dernier sourire, puis je suis sortie de la salle, en balançant mes hanches plus que nécessaire. Je sentais son regard dans mon dos, brûlant, affamé. Et cette sensation était délicieuse. Une chaleur humide s'était installée entre mes cuisses, et j'ai dû me retenir pour ne pas courir aux toilettes et finir ce qu'il avait commencé, là, sans même me toucher.

Ce soir-là, j'ai reçu un message de Chloé :

« Tu es complètement folle. Mais je dois avouer que c'est divertissant. »

J'ai répondu :

« Attends la suite. »

Puis je me suis allongée sur mon lit, les jambes serrées, et j'ai pensé à lui. À ses mains. À sa voix. À ce regard qu'il avait posé sur mes cuisses, comme s'il voulait les écarter et se perdre entre elles. Et je me suis touchée, lentement, en murmurant son prénom.

Romain.

Cette fois, c'était une déclaration.

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