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Chapitre 5 — Le rendez-vous manqué

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-08-23 06:26:37

Lina

J'ai toujours eu du mal avec le mot « non ». Pas parce que je ne le comprends pas. Parce que je le refuse. Non, c'est un mot pour les autres. Pas pour moi. Quand je veux quelque chose, je l'obtiens. Toujours. Il suffit d'insister au bon moment, de trouver la bonne fissure dans la carapace, de pousser au bon endroit.

Alors ce soir-là, en sortant du cours, j'étais prête. J'avais attendu que les autres s'égrènent dans le couloir, que Chloé parte devant, que les bruits de pas s'estompent. Et je l'avais suivi. Pas de loin. À distance raisonnable, comme une proie qui suit un prédateur sans le savoir. Ou l'inverse.

Il marchait vite. Très vite. Son sac sur l'épaule, sa blouse ouverte flottant derrière lui. Il ne s'est pas retourné. Il sentait peut-être ma présence, ou peut-être qu'il essayait de m'ignorer. Quoi qu'il en soit, j'ai accéléré pour le rattraper.

— Monsieur Hartman !

Il s'est arrêté net. Ses épaules se sont raidies. Puis, il s'est tourné lentement, avec cette lenteur délibérée qui me rendait folle.

— Mademoiselle Arnaud. Encore vous.

— Oui, encore moi.

Il a attendu, sans rien dire, son regard planté dans le mien. J'ai soutenu.

— Je me demandais si vous accepteriez de prendre un café avec moi.

Il a laissé échapper un soupir. Pas un soupir de fatigue. Un soupir de celui qui voit venir le coup depuis longtemps.

— Non.

Le mot est tombé, sec, sans appel. Il a fait mine de se retourner. J'ai fait un pas de plus.

— Pourquoi ? Je ne mords pas.

— Ce n'est pas la question.

— C'est quoi, la question ?

Il s'est arrêté de nouveau. Il s'est retourné, s'est approché d'un pas, un seul. J'ai senti la chaleur de son corps, le parfum boisé qui me montait à la tête.

— La question, Mademoiselle Arnaud, c'est que vous n'êtes pas en train de me proposer un café. Vous êtes en train de me tendre un piège. Et je n'y tomberai pas.

J'ai souri, sans baisser les yeux.

— Peut-être. Mais peut-être que j'ai juste envie d'apprendre à vous connaître.

— Non. Vous avez envie de jouer. Et moi, je ne joue pas.

Il a soutenu mon regard une seconde de plus, puis il a tourné les talons et s'est éloigné dans le couloir. Je suis restée là, clouée sur place, le feu aux joues. Il m'avait remballée. Vraiment. Devant rien ni personne, mais il l'avait fait. Et je me sentais…

Furieuse.

Je suis rentrée chez moi en marchant vite, les mâchoires serrées, les poings dans les poches de mon manteau. Le vent était froid, mais je ne le sentais pas. Je sentais juste cette rage bouillir dans mon ventre, se mêler à une étrange frustration. Ce n'était pas la première fois qu'un homme me disait non. Mais c'était la première fois que ça venait de quelqu'un que je voulais autant.

Arrivée chez moi, j'ai jeté mon sac sur le canapé, mon manteau sur la chaise, et je me suis enfermée dans ma chambre. Je me suis allongée sur le lit, les jambes pendantes, les bras en croix. Je fixais le plafond, mais je ne le voyais pas. Je voyais ses yeux. Ce froid. Ce refus. Cette maîtrise.

Putain, ce qu'il m'énervait.

Mais ce qui m'énervait encore plus, c'était ce que ce refus déclenchait en moi. Une montée de désir, d'envie, de manque. J'ai fermé les yeux. J'ai pensé à ses mains, à sa voix, à ce souffle qu'il avait quand il s'était approché de moi. J'ai pensé à sa bouche, si proche, quand il m'avait dit « Non ».

Et sans même m'en rendre compte, j'ai glissé une main sur mon ventre, puis sous ma jupe. Mes doigts sont remontés le long de ma cuisse, lentement, sans hâte. Je pensais à lui. À ce qu'il ferait s'il me voyait. À ce qu'il me dirait. Est-ce qu'il me punirait ? Est-ce qu'il me supplierait ? Est-ce qu'il me prendrait ?

Le tissu de ma culotte était déjà humide. Je l'ai repoussé, et j'ai touché ma peau. J'ai frissonné. Le contact était électrique, presque douloureux. J'ai fermé les yeux plus fort, j'ai imaginé ses doigts à la place des miens, sa voix grave qui me murmurait des obscénités.

— Romain… ai-je soufflé.

J'ai bougé plus vite. Plus fort. Le matelas grinçait sous moi, mais je m'en foutais. Le monde extérieur n'existait plus. Il n'y avait que cette tension, ce manque, ce visage derrière mes paupières.

J'ai joui en murmurant son nom, une fois, deux fois. Le souffle court, les cuisses tremblantes, la moiteur sur mes doigts.

Et en rouvrant les yeux, j'ai compris que ce n'était pas terminé.

Ce n'était que le début.

Ce mec allait me rendre folle. Mais j'allais faire pareil avec lui. J'allais le poursuivre, le harceler, le provoquer. J'allais faire de sa vie un enfer jusqu'à ce qu'il cède.

Parce que Lina Arnaud ne perd jamais.

Jamais.

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