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Chapitre 3 : La Haine dans le Carrosse

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-02 06:49:56

Lyanna

La réponse est oui. Il n'y a jamais eu d'autre réponse possible.

Le carrosse bringuebale sur les chemins défoncés qui serpentent vers le royaume de Kael. Je regarde par la fenêtre les collines vertes de mon enfance qui s'éloignent, les villages aux toits de chaume, les enfants qui courent pieds nus sans savoir que leur princesse les a sauvés en se sacrifiant. Pour eux, je suis une future reine, une épouse diplomatique, un symbole d'alliance. Ils ne sauront jamais ce que j'ai perdu.

Je sors mon journal intime. Un petit carnet relié de cuir acheté à la foire de Valcourt il y a des années. Je l'ouvre à une page blanche, je trempe ma plume dans l'encre, et j'écris.

Je le déteste.

Je souligne le mot. Trois fois. La plume crisse sur le papier.

Je déteste son arrogance. Sa cruauté. Sa façon de poser un ultimatum comme on pose un piège. Je déteste ses mains que j'imagine froides sur ma peau. Je déteste ses yeux, ce regard affamé qui me déshabillait à distance. Je déteste qu'il m'ait volé Eryk. Je déteste qu'il m'ait volé ma vie.

Ma plume tremble. Eryk.

Je ferme les yeux. Je revois son visage sous la lune, ses cheveux blonds ébouriffés, sa chemise ouverte, ses mains sur mes hanches, sa bouche sur ma gorge. Je sens encore la brûlure de ses lèvres sur ma clavicule. Le fantôme de ses doigts sur ma cuisse. Mon ventre se contracte et je serre les cuisses, malgré moi, en pleine solitude de ce carrosse qui sent le cuir et la poussière.

Où est-il maintenant ? Est-il resté sous le chêne, à regarder l'aube se lever ? A-t-il touché l'écorce là où mon dos s'est pressé ? Je ne sais pas. Je n'ai pas pu lui faire mes adieux une seconde fois. J'ai signé l'acceptation du mariage et je suis montée dans ce carrosse sans me retourner. Me retourner, ç'aurait été mourir.

Les paysages changent. Les collines douces cèdent la place à des forêts obscures, des montagnes noires, des villages aux maisons de pierre grise. Le royaume de Kael est à son image : austère, froid, impitoyable. Dans ma tête, je répète les mots que je lui hurlerai.

Vous m'avez achetée comme du bétail.

Vous avez menacé de détruire ma maison.

Vous m'avez arrachée à l'homme que j'aime.

Mon corps vous appartiendra peut-être, mais mon cœur, jamais.

Je referme le carnet et le glisse contre ma poitrine, sous l'étoffe de ma robe. Juste au-dessus de mon cœur. Une armure de papier et d'encre.

Le carrosse ralentit. J'entends le grincement des grilles, les appels des sentinelles, le bruit sourd des sabots sur le pont-levis. Je jette un coup d'œil par la fenêtre et je retiens mon souffle.

La forteresse de Kael se dresse sur son éperon rocheux comme un vautour prêt à fondre sur sa proie. Des tours noires, hérissées, des remparts crénelés, des douves où la glace n'a pas fondu. Le vent hurle entre les créneaux, un hurlement continu qui ressemble à un avertissement. Les bannières au loup d'argent claquent dans l'air glacé.

La porte du carrosse s'ouvre.

Je descends. Le vent mord mes joues, s'engouffre sous ma cape, plaque ma robe contre mes cuisses. Mes bottes résonnent sur le basalte noir. La cour est immense, entourée de soldats en armure sombre, immobiles comme des statues.

Et à l'autre bout de la cour, au sommet des marches du palais, il est là.

Kael.

Le Roi de Glace.

Il est plus grand que dans mon souvenir. Plus imposant. Vêtu de noir des bottes au col, une cape de laine sombre jetée sur ses épaules, ses cheveux bruns balayés par le vent glacé. Il ne bouge pas. Il ne sourit pas. Il me regarde. Juste ça. Il me regarde descendre du carrosse, traverser la cour, gravir les marches. Il me regarde comme si j'étais la seule chose vivante dans ce royaume de pierre et de glace. Comme si rien d'autre n'existait.

Et son regard… Par les dieux, son regard. Il glisse sur moi comme une caresse physique. Je le sens sur mes joues rougies par le froid, sur ma gorge que j'ai dégagée en relevant mes cheveux ce matin, sur ma taille que la ceinture de ma robe marque un peu trop. Ses yeux s'attardent sur mes lèvres, gercées par le vent du voyage, puis descendent, lentement, sur le galbe de mes seins que le froid a durcis sous l'étoffe, sur mes hanches que le vent souligne en collant le tissu contre ma peau, sur mes jambes qui tremblent légèrement des heures passées dans le carrosse. Il me déshabille sans un geste, sans un mot, et je sens mes joues s'enflammer, ma respiration devenir courte, mes poings se serrer.

Je soutiens son regard. Chaque pas est une victoire. Chaque seconde où je ne baisse pas les yeux est une revanche.

Quand j'arrive en haut des marches, il ne dit rien. Il retire son gant, lentement, doigt par doigt, sans cesser de me fixer. Puis il tend sa main nue. Pas gantée de cuir. Nue, large, puissante. J'hésite une seconde de trop. Puis je pose ma main dans la sienne.

Sa peau est brûlante. Pas glacée. Brûlante. Ses doigts se referment sur les miens, fermes, possessifs, et une décharge étrange remonte mon bras, se propage dans ma poitrine, descend dans mon ventre. Ma peau frissonne tout entière et je sais qu'il le sent, je sais qu'il sent mon pouls s'accélérer dans mes veines.

Il incline légèrement la tête. L'ombre d'un sourire flotte sur ses lèvres pleines.

— Bienvenue chez vous, princesse.

Sa voix est un velours grave, une vibration qui résonne dans ma poitrine.

— Je ne suis pas chez moi, dis-je d'une voix que je voudrais dure et qui tremble un peu. Je suis chez vous. Et je vous hais.

Le sourire s'élargit d'un millimètre.

— Je sais. Votre pouls bat plus vite, pourtant. Entrez, princesse. Le froid de la haine ne réchauffe pas longtemps.

Il lâche ma main. Ses doigts glissent lentement sur ma paume avant de me libérer, comme une caresse involontaire. Puis il tourne les talons et disparaît à l'intérieur, me laissant seule sur les marches, le vent glacé mordant mes joues, ma main encore brûlante du contact de la sienne, mon ventre noué d'une chaleur que je refuse de nommer.

Je le déteste.

Mais pourquoi mon cœur bat-il si vite ?

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