MasukAva
Le noir. Un noir absolu, une étoffe de soie lourde qui ne laissait filtrer aucune particule de lumière, seulement des promesses.
Depuis que nous avions quitté l’hôtel de Milos dans le secret de la fin de l’après-midi, mes yeux n'avaient plus vu le monde. Vincenzo avait noué ce bandeau autour de mon visage avec une lenteur cérémonielle, ses doigts effleurant mes tempes comme s'il scellait un pacte de soumission volontaire. Je n'avais pas protest
VincenzoLe silence dans mon bureau n’était pas une absence de bruit ; c’était une présence physique, une chape de plomb saturée de poussière et de vieux secrets qui semblait écraser l’oxygène de la pièce. Je fixais mon téléphone, cet objet de verre et de métal qui venait de cracher le venin de Cora, avec une intensité telle que j’aurais pu le réduire en cendres par la seule force de ma volonté. Les mots tournaient en boucle dans mon esprit, comme une raillerie orchestrée par les démons du passé, ricanant dans les coins d'ombre de la bibliothèque.Un nouveau stagiaire. Un jeune Espagnol. Une initiation.Le simple mot « Espagnol » avait suffi à réveiller une bête que je croyais avoir domptée dans les draps de soie du Plaza Athénée. L’image d’un autre homme — peu importe son âge ou son visage — posant ses yeux sur la peau de ma femme, ou pire, l’idée qu’Ava puisse trouver un réconfort, même purement intellectuel, dans la présence d’un autre, déclenchait en moi une réaction chimique viol
AvaLe chaos de Naples possède une signature olfactive qu'aucune autre cité au monde ne saurait imiter, une empreinte sensorielle qui vous agrippe à la gorge dès que les roues du jet touchent le tarmac. C’est un mélange âcre de sel marin saturé par le sirocco, d'échappements de scooters qui déchirent l'air en slalomant entre les façades décrépites, et de linge propre qui claque aux balcons des quartiers espagnols, libérant des effluves de lavande et de savon de Marseille. C’est une ville qui hurle sa vie, une cité viscérale, impudique, qui contrastait violemment avec le silence que j’avais laissé derrière moi dans les salles de Christie’s. Paris était une mise en scène, une pièce de théâtre aux décors impeccables ; Naples était une plaie ouverte, magnifique et purulente, qui ne s'excusait jamais d'exister. Elle ne vous accueille pas, elle vous dévore.Depuis notre retour de la Ville Lumière, j’avais l’impression de flotter entre deux eaux, comme une plongeuse remontée trop brusquement
VincenzoLe silence de la salle sécurisée de Christie’s était une insulte.C’était un silence feutré, aseptisé, conçu pour les esthètes aux mains soignées et les portefeuilles garnis d'argent propre. Pour moi, Vincenzo De Luca, ce calme résonnait comme le silence de mort qui précède un assaut sur les ports de Naples ; cette suspension du temps, grasse et lourde, où l'air devient si dense qu'on croirait pouvoir le trancher au couteau avant que le sang ne commence à couler. Ici, l’air ne portait aucune trace de mon identité. Pas d'effluves de poudre brûlée, pas de relent de tabac brun, pas l’odeur métallique du sang frais sur le pavé, ni celle, corrosive et salvatrice, du sel marin de la Mer Tyrrhénienne.Ici, on respirait la poussière ancienne piégée dans les fibres des tapisseries, la cire de luxe frottée sur des boiseries centenaires et cette odeur rance de la vanité humaine qui se décompose sous des cadres dorés. Mes pas, étouffés par une moquette bordeaux dont la teinte rappelait l
AvaLe noir. Un noir absolu, une étoffe de soie lourde qui ne laissait filtrer aucune particule de lumière, seulement des promesses.Depuis que nous avions quitté l’hôtel de Milos dans le secret de la fin de l’après-midi, mes yeux n'avaient plus vu le monde. Vincenzo avait noué ce bandeau autour de mon visage avec une lenteur cérémonielle, ses doigts effleurant mes tempes comme s'il scellait un pacte de soumission volontaire. Je n'avais pas protesté. Dans le monde de Vincenzo De Luca, l'imprévisible était une arme, et la surprise, une forme de pouvoir absolue. J'aimais la façon dont il l'exerçait sur moi, transformant mon incertitude en une attente insoutenable, presque douloureuse. L'obscurité exacerbait mes autres sens : le froissement de la soie italienne contre mes cuisses, le parfum boisé, mêlé de tabac froid et d'ambre, qui émanait de mon mari, et le grondement sourd des réacteurs du jet qui vibrait jusque dans ma moelle épinière.
VincenzoL’eau de la mer Égée n’était pas une amie, elle n’était qu’une illusion de pureté. Elle était d’un bleu si limpide, si insolent, qu’elle semblait irréelle, un bloc de saphir liquide enserrant les côtes déchiquetées de l’île de Milos. Mais pour moi, Vincenzo De Luca, elle n’était qu’un dérivatif. Un moyen dérisoire de refroidir le moteur de mes pensées qui tournait à plein régime depuis notre départ de Palerme, comme une mécanique de précision dont les engrenages auraient été grippés par le sable et le sang. C’était une tentative de calmer l'incendie qui ne cessait de couver sous ma peau dès qu’Ava se trouvait à moins de dix mètres de moi.Ici, loin de la poussière volcanique de Naples, loin des ombres baroques et suffocantes de la Sicile, le silence de l’île aurait dû m’apaiser. Mais le silence n’est jamais silencieux pour un homme de ma trempe. Le silence n'est qu'une chambre d'écho où résonnent les noms des morts que je porte d
AvaLa Sicile ne nous accueillait pas ; elle nous épiait, tapie derrière ses persiennes closes et ses secrets millénaires. À travers les vitres blindées de la berline noire qui fendait la chaleur de plomb de ce mois de juillet, Palerme se révélait comme une courtisane décrépite, somptueuse sous ses dorures écaillées, mais dont le regard restait assassin. L'air qui parvenait à s'infiltrer par les buses d'aération était saturé d'une signature olfactive brutale : un mélange de sel marin corrosif, de poussière de pierre calcinée et cet effluve sucré, presque écœurant, de citrons abandonnés à la décomposition sous le soleil impitoyable.Ici, la lumière n'était pas dorée et vibrante comme celle de Naples. Elle était d'un blanc cru, chirurgical, aveuglant. Une clarté qui transformait chaque ruelle en un trou noir où semblaient se terrer des siècles de vendettas et de silences payés au prix du sang. C'était une terre qui n'oubliait rien, et j'avais le sentiment que chaque pierre du pavé nous







