LOGINJe suis debout depuis l’aube.
Depuis qu’Eryon m’a envoyée dormir quelques heures après le combat de Kael, je n’ai pas vraiment fermé les yeux. J’ai gardé ma main sur le fil ténu qui reliait mon pouvoir à celui de Kael, à travers Eryon, tout au long de son affrontement avec le dragon. Quand j’ai senti le monstre s’effondrer, j’ai su que Kael respirait encore. J&rsq
DéesseLa cité entière retient son souffle.Elle ne sait pas exactement ce qui se prépare. Elle sait seulement que quelque chose de grave se rapproche. Les gardes ont resserré leurs patrouilles autour du palais. Les mages traversent les couloirs à toute heure, chargés de rouleaux, de fioles, d’objets rituels. Les servantes murmurent. Les enfants ne rêvent plus autant de la dame qui pleure : je l’ai fait couvrir chaque foyer d’un scellé personnel d’Eryon dès qu’un signalement m’est parvenu.Le silence de Maëva, dans le cristal, s’est fait plus lourd depuis deux jours.Elle sent.Je m’attendais à ce qu’elle sente.Le rituel ne peut plus attendre longtemps.À la fin de la deuxième journée, je réunis les principaux acteurs dans la salle du conseil intérieur, autour
Je sors sans répondre.Dans le couloir, la lumière bleutée pulse doucement. Elle est un peu plus vive qu’elle ne l’était il y a une semaine. Les mages ont commencé à réactiver certaines veines minérales que l’on croyait mortes. Le peuple, à sa manière, commence à croire à quelque chose d’autre que sa propre peur.Je porte tout cela.Dans trois jours, je dois entrer dans une salle circulaire et tenir un bâton noir dans une main, pendant que je consumerai une partie de moi-même pour tenter de guérir la femme qui a détruit ma cité.Et il faudra que, cette fois, il n’y ait pas d’effacement.Aucun refuge.Aucune amnésie de secours.Rien que la vérité en face.Je hoche la tête, seule dans le couloir, avec une gravité que personne ne voi
DéesseJe suis debout depuis l’aube.Depuis qu’Eryon m’a envoyée dormir quelques heures après le combat de Kael, je n’ai pas vraiment fermé les yeux. J’ai gardé ma main sur le fil ténu qui reliait mon pouvoir à celui de Kael, à travers Eryon, tout au long de son affrontement avec le dragon. Quand j’ai senti le monstre s’effondrer, j’ai su que Kael respirait encore. J’ai relâché la magie très lentement, à contrecœur, en veillant à ne pas rompre trop vite le lien pour ne pas le faire vaciller sur ses jambes.Puis j’ai gardé une main tendue vers lui à distance jusqu’à ce que la lumière bleutée signale à Eryon que la troupe remontait.Ils sont enfin arrivés cette nuit.Kael a monté les derniers escaliers du palais lui-même. Ma
Ses runes brillent faiblement, comme si elles n’avaient jamais tout à fait cessé d’attendre.Je fais signe à mes hommes de rester derrière.— Personne ne s’approcheLe guide fronce les sourcils.— Capitaine, on n’est pas venus jusqu’ici pour—— Personne ne s’approche.Je m’avance seul.Chaque pas fait trembler quelque chose sous la pierre. Je le sens dans mes bottes. Je le sens dans les runes. Le bâton n’est pas seul.Autour de lui, à mesure que j’approche, la pierre commence à se soulever.Un premier bloc. Un deuxième. Un troisième. Ils se rejoignent. Ils s’assemblent. Ils forment un cou. Un dos. Des pattes. Une tête.Un dragon de pierre.De taille modeste comparée aux monstres des vieilles légendes, mais suffisamment grand
Il incline profondément la tête.— Je comprends— BienJe m’avance d’un pas. Je ne le touche pas. Je ne pose pas la main sur son épaule. Je ne fais aucun geste de tendresse. Mais je m’oblige à parler d’une voix qui n’est pas glaciale.— Prépare tout, Eryon. Nous avons peu de temps. Chaque nuit qui passe, ses échos progressent. Le rituel se fera avant qu’un enfant ne se laisse convaincre d’aller ouvrir une porte scellée.Il hoche la tête.— Il sera prêt.Je tourne les talons.Sur le seuil, je m’arrête une seconde.Je ne me retourne pas.Je dis simplement :— Si tu me sauves malgré moi une fois de plus, Eryon…Ma voix est douce.— …même la ville entière ne pourra pas te protégerUn souff
DéesseJe vais trouver Eryon le lendemain matin.Il est dans son cabinet. Comme presque toujours. La pièce est bordée d’étagères remplies de fioles et de rouleaux, avec une grande table centrale couverte de manuscrits ouverts, d’instruments d’observation, d’une carte du cristal de Maëva qu’il a redessinée récemment. Il ne m’attend pas. Ou plutôt, il m’attend depuis mon retour des profondeurs sans savoir quand je viendrais.Je frappe une seule fois, puis j’entre.Il se lève immédiatement.— Ma reineIl ne dit pas mon nom.Depuis ma dernière conversation avec lui, celle sur les effacements innombrables, il a repris le titre officiel pour s’adresser à moi en privé. Je ne l’en empêche pas. C’est une distance qu’il s’impose. Elle me convien
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug







