مشاركة

Chapitre 3

مؤلف: KellyKarly
last update تاريخ النشر: 2025-09-14 20:55:27

Chapitre 3 : Une lueur inquiétante

La nuit tombe rapidement sur la ville, avalant les dernières lueurs du crépuscule dans un brouillard qui monte du fleuve. 

Christiane marche sans but pendant près d'une heure, ses chaussures de travail trempées par les flaques, son manteau trop fin incapable de la protéger du vent glacial. 

Elle ne sent rien. Ni le froid, ni l'humidité, ni la fatigue qui alourdit ses membres. Son esprit tourne en boucle sur la proposition de Xavier Perrin, cherchant une alternative, une échappatoire, un détail qu'elle aurait manqué.

Elle trouve le temps long jusqu'au vendredi. Mais rien ne vient. Aucune solution miracle. Aucune porte de sortie.

Elle finit par échouer sur un banc de l'arrêt de bus, à deux rues de son petit appartement. Autour d'elle, la ville continue sa vie nocturne avec indifférence. 

Les bus passent dans un chuintement de pneus mouillés. 

Les vitrines des magasins diffusent une lumière orangée sur les trottoirs. Un couple passe en riant, enlacé, insouciant.

Christiane les regarde avec une envie douloureuse. 

Elle a vingt-deux ans. Elle devrait être insouciante, elle aussi. 

Elle devrait sortir avec des amis, tomber amoureuse, faire des projets d'avenir. Au lieu de cela, elle passe ses soirées à compter ses sous et ses week-ends dans des chambres d'hôpital.

Elle sort son téléphone. L'écran s'allume sur une photo d'elle et Juliette, prise l'été dernier dans le jardin de la maison de retraite. Juliette est assise dans un fauteuil en osier, une ombrelle à la main, son chapeau de paille incliné sur ses cheveux blancs. 

Elle sourit. Elle sourit toujours, même quand la vie lui joue des tours pendables.

Juliette Mercier. 

La sœur aînée de sa mère. Une ancienne professeure de piano qui a renoncé à sa carrière pour élever la fille de sa sœur défunte. 

Une femme qui n'a jamais élevé la voix, jamais proféré un reproche, jamais fait sentir à Christiane qu'elle était un fardeau.

Aujourd'hui, cette femme se meurt. Et Christiane a le pouvoir de la sauver.

Le téléphone vibre dans sa main. Un SMS de l'hôpital : « Mademoiselle Bennett, nous vous rappelons que la date limite pour confirmer l'intervention de votre tante approche. Sans versement des arrhes, nous ne pourrons pas maintenir le créneau du bloc opératoire. »

Christiane range le téléphone dans sa poche sans répondre. Elle se lève et reprend sa marche vers son appartement.

La rue où elle habite est une artère modeste du quartier est, bordée d'immeubles en brique rouge dont les façades s'écaillent. Pas de parking souterrain, pas de hall d'entrée luxueux, pas de gardien en livrée. Juste une porte cochère grinçante, un escalier étroit qui sent le renfermé, et un studio de trente mètres carrés au quatrième étage.

Christiane pousse la porte de chez elle et s'effondre sur le canapé-lit sans même allumer la lumière. L'obscurité est apaisante, comme un cocon. Elle ferme les yeux. Et lentement, presque malgré elle, elle se met à envisager la proposition de Xavier Perrin.

Épouser Miguel Perrin. Un inconnu. Un débauché. Un homme qui, d'après les rumeurs, collectionne les conquêtes comme d'autres collectionnent les timbres et consume sa fortune en nuits blanches dans les clubs les plus select de la ville. Sur le papier, c'est un cauchemar.

Mais qu'y a-t-il vraiment à perdre ? Sa liberté ? Elle n'en a déjà plus. Sa dignité ? Elle accepterait de nettoyer des toilettes si cela pouvait sauver Juliette. Son cœur ? Personne ne lui demande de tomber amoureuse.

Deux ans. 

C'est long, deux ans. Mais c'est aussi dérisoire comparé aux décennies que Juliette pourrait encore vivre si l'opération réussissait.

Elle se redresse brusquement et allume sa lampe de chevet. La lumière crue chasse les ombres et éclaire son petit bureau encombré de papiers. Elle attrape une feuille blanche et un stylo.

Avantages, écrit-elle en haut à gauche.

—Juliette sauvée.

— Meilleurs soins possibles.

— Dette remboursée.

— Sécurité financière temporaire.

Inconvénients, écrit-elle à droite.

— Mariage avec un inconnu.

— Atteinte à la liberté personnelle.

— Jugement social.

— Risque de souffrance psychologique.

Elle contemple longuement les deux colonnes. La balance est déséquilibrée, bien sûr. Mais il y a autre chose, quelque chose qu'elle n'arrive pas à formuler. Une sensation diffuse, une intuition qui lui souffle que ce marché ne se résume pas à une simple transaction.

Xavier Perrin n'est pas un philanthrope. C'est un homme d'affaires impitoyable qui ne fait jamais rien sans arrière-pensée. S'il propose un tel pacte, c'est qu'il y voit un avantage qu'elle ne perçoit pas encore.

Et puis il y a cette étrange manière qu'il a eue de la regarder. Comme s'il la reconnaissait. Comme s'il voyait en elle quelque chose qu'elle-même ignorait.

Qu'est-ce qu'il a dit, déjà ? « Je vous observe depuis longtemps. »

Cette phrase la poursuit. Depuis son premier jour ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui, chez une secrétaire débutante, pouvait bien attirer l'attention du PDG d'un empire industriel ?

Christiane repousse la question. Elle n'a pas le luxe de s'interroger sur les motivations cachées de Xavier Perrin. Elle doit se concentrer sur l'essentiel : sauver Juliette.

Elle repose le stylo. Sa décision est prise. Elle appellera Xavier Perrin demain matin pour lui annoncer qu'elle accepte sa proposition. Mais elle posera ses conditions.

Elle ne portera pas le nom des Perrin. Elle ne portera pas de bague de fiançailles clinquante. Elle ne fera pas semblant d'être amoureuse. Et surtout, Miguel ne devra jamais savoir qu'elle a signé un contrat avec son père. Le jour où la supercherie sera éventée, tout sera annulé.

Ce sont des conditions naïves, elle le sait. Des remparts de papier contre un ouragan. Mais c'est tout ce qu'elle a.

Elle se glisse sous les couvertures sans se déshabiller. Cette nuit, elle dort d'un sommeil lourd, sans rêves, comme on sombre dans l'inconscience après une trop longue lutte.

Le lendemain matin, elle appelle Mademoiselle Delorme pour fixer un rendez-vous. 

L'assistante semble presque déçue de l'entendre, comme si elle avait espéré que Christiane abandonnerait.

« Monsieur Perrin vous recevra ce soir, à dix-huit heures précises. »

Le reste de la journée passe dans un brouillard. Christiane répond machinalement aux sollicitations de ses collègues, trie des dossiers, classe des factures. Ses gestes sont automatiques, son esprit ailleurs.

À dix-sept heures trente, elle s'éclipse aux toilettes pour se rafraîchir. Le miroir lui renvoie l'image d'une jeune femme pâle aux yeux cernés, les cheveux tirés en un chignon strict qui ne met pas en valeur la douceur de ses traits. Elle se force à sourire. Le résultat est pitoyable.

« Ressaisis-toi », murmure-t-elle à son reflet. « Tu ne vas pas à l'abattoir. Tu vas signer un contrat. Rien de plus. »

Elle se redresse, défroisse sa jupe, et sort des toilettes la tête haute. Dans l'ascenseur qui la mène au dix-septième étage, elle se répète mentalement les conditions qu'elle a préparées. Elle les connaît par cœur. Elle ne cédera sur aucun point.

Mademoiselle Delorme la fait entrer sans un mot. Cette fois, Xavier Perrin est assis dans le canapé de cuir près de la baie vitrée, une tasse de thé à la main. Il se lève à son entrée, geste de courtoisie qu'il n'avait pas eu la veille.

« Mademoiselle Bennett. Je vous écoute. »

Elle s'assied en face de lui et pose son sac à main sur ses genoux, comme un bouclier.

« J'accepte votre proposition, monsieur Perrin. Mais j'ai des conditions. »

Il incline la tête, le regard attentif.

« Premièrement, Miguel ne doit jamais savoir que ce mariage est un marché. Jamais. S'il l'apprend, le contrat est rompu et je récupère ma liberté sans avoir à rembourser quoi que ce soit. »

« Accepté. »

« Deuxièmement, le mariage sera limité à deux ans, renouvelables uniquement si les deux parties sont d'accord. »

« Accepté. »

« Troisièmement, je conserve mon emploi actuel et mon nom de jeune fille dans le cadre professionnel. Je ne veux pas être présentée comme Madame Perrin au bureau. »

Xavier esquisse un sourire. « Vous tenez à votre indépendance. »

« Oui. »

« Soit. Accepté. »

« Quatrièmement... » Elle hésite. « Je ne porterai pas d'enfant de ce mariage. Si jamais... si jamais la situation devait déraper, je veux pouvoir partir librement, sans complications. »

Le visage de Xavier se ferme. « C'est une précaution qui me semble excessive. »

« C'est ma condition. »

Il la fixe longuement, comme s'il la jaugeait une nouvelle fois. Puis il hoche la tête.

« Très bien. Accepté. Autre chose ? »

« Non. C'est tout. »

Xavier se lève et se dirige vers son bureau. Il ouvre un tiroir et en sort un document de quelques pages, qu'il tend à Christiane.

« Voici le contrat. Il reprend tous les termes que nous venons d'évoquer. Prenez le temps de le lire avant de signer. »

Christiane parcourt rapidement les pages. 

Le langage juridique est dense, mais elle comprend l'essentiel : en échange de son mariage avec Miguel Perrin, Xavier s'engage à prendre en charge l'intégralité des frais médicaux de Juliette Mercier pour une durée illimitée. 

Le mariage durera deux ans à compter de la signature de l'acte civil.

En cas de rupture anticipée du fait de Christiane, elle devra rembourser les sommes engagées. 

En cas de rupture du fait de Miguel, le contrat sera caduc et les sommes acquises.

« C'est déséquilibré, fait-elle remarquer. Si c'est lui qui rompt, il n'y a pas de pénalité pour lui. Seulement pour moi. »

Xavier hausse les sourcils, visiblement surpris par sa perspicacité. « C'est mon fils. Le contrat est conçu pour le protéger. »

« Et moi, qui me protège ? »

Il la regarde avec une expression indéchiffrable. « Moi. Je vous donne ma parole que vous serez protégée, mademoiselle Bennett. Ma parole vaut plus que tous les contrats du monde. »

Christiane voudrait répondre que la parole d'un homme d'affaires ne vaut pas grand-chose. Mais elle se retient. Elle n'a pas le choix. 

Elle prend le stylo qu'il lui tend et signe au bas de la dernière page.

L'encre est encore fraîche quand Xavier Perrin se lève et lui tend la main. Elle la serre, et c'est comme sceller un pacte avec le diable.

« Bienvenue dans la famille, mademoiselle Bennett. »

استمر في قراءة هذا الكتاب مجانا
امسح الكود لتنزيل التطبيق

أحدث فصل

  • Amour Fortuite    Chapitre 36

    Chapitre 36: Nouvelles rencontres La pièce était spacieuse, plus grande que tout l'appartement de Christiane. Une fenêtre haute donnait sur les jardins, laissant entrer la lumière déclinante de cette fin d'après-midi.Le mobilier était sobre et ancien : un lit à baldaquin en fer forgé recouvert d'une courtepointe de satin beige, une armoire en bois sculpté, une coiffeuse surmontée d'un miroir au tain piqueté, un petit bureau sous la fenêtre. Un bouquet de fleurs séchées trônait sur la cheminée de marbre, vestige d'un séjour antérieur. Le parquet craquait légèrement sous les pas.C'était joli. C'était même charmant, dans un style suranné. Mais tout, du choix des meubles à l'odeur de renfermé, indiquait que cette chambre n'avait pas été habitée depuis longtemps. Très longtemps.« Cette aile était celle de Madame Héléna, autrefois, » laissa tomber madame Hawthorne, comme si elle devinait les interrogations muettes de Christiane. « Monsieur Xavier n'y a plus touché depuis son décès. »

  • Amour Fortuite    Chapitre 35

    Chapitre 35: Bienvenue à la villaVilla des Perrin, en fin d'après-midi, la limousine noire franchit le portail monumental en fer forgé avec un ronronnement feutré. De part et d'autre de l'allée, des cèdres centenaires montaient la garde, leurs branches alourdies par la brume d'automne qui descendait des collines environnantes.La demeure apparaissait au loin, majestueuse et glaciale, posée sur le sommet aménagé du domaine comme une forteresse de verre et de pierre blanche.Christiane Perrin, elle portait ce nom depuis quelques heures à peine observait le paysage par la vitre teintée, le cœur serré. Elle avait quitté son modeste appartement du centre-ville dans la matinée, après une nuit de noces passée seule dans son lit de jeune fille. Miguel n'était pas rentré.Il avait disparu après le cocktail, sans un mot, sans un regard, la laissant regagner seule son domicile, encore vêtue de sa robe de mariée qu'elle avait dû dégrafér elle-même devant le miroir de sa chambre vide.La voiture

  • Amour Fortuite    Chapitre 34

    Chapitre 34: Ils sont à présent marié Au salon de réception de la mairie, une heure plus tard. Un cocktail avait été dressé dans le salon adjacent. Champagne, petits fours, pièce montée. Rien de grandiose, mais tout était luxueux, comme l'exigeait le standing des Perrin. Les invités déambulaient, flûte à la main, échangeant des banalités sur la beauté de la mariée et l'élégance du lieu.Christiane se tenait près de la fenêtre, un verre de champagne intact à la main, les yeux perdus sur le jardin de la mairie. Personne ne lui parlait, à l'exception de Xavier qui s'était approché une fois pour lui demander si tout allait bien. Elle avait répondu oui, mécaniquement.À l'autre bout du salon, Miguel était affaissé sur une banquette, une flûte vide à la main, le visage défait. Darius tentait de lui parler, mais il ne répondait que par monosyllabes. Il n'avait pas adressé un seul mot à sa femme depuis le baiser.« Mon vieux, tu devrais au moins aller la voir, » murmura Darius. « Ne serait-c

  • Amour Fortuite    Chapitre 33

    Chapitre 33: Un baiser à la volée Elle se plaignit intérieurement pendant cinq minutes santant la honte lui traverser les veines. Soudain, un bruit de pas précipité, une porte latérale qui s'ouvre à la volée. Miguel Perrin fit irruption dans la salle, flanqué de Darius Achebe qui semblait le soutenir à moitié. Il portait un costume de cérémonie bleu nuit, une chemise blanche et une cravate dénouée qui pendait sur son torse. Ses cheveux étaient en bataille, ses yeux cernés, son teint blafard. Il empestait le whisky à trois mètres.Un hoquet collectif parcourut l'assemblée. Xavier Perrin se raidit sur son siège, les jointures blanchies sur le pommeau de sa canne.Darius, avec une efficacité discrète, ajusta la cravate de Miguel, lui glissa deux mots à l'oreille sans doute un encouragement ou une menace amicale puis le poussa doucement vers l'autel. Miguel tituba légèrement, se rattrapa, et vint se planter à côté de Christiane sans la regarder.Le maire adjoint, visiblement soulagé,

  • Amour Fortuite    Chapitre 32

    Chapitre 32: À la Mairie !À la Mairie centrale, le Samedi à 11 heures. La salle des mariages de la mairie centrale était une rotonde solennelle, tapissée de boiseries dorées et surmontée d'un plafond à caissons d'où pendait un lustre monumental en cristal de Bohême. Des guirlandes de lys blancs et de feuillage avaient été accrochées aux colonnes, des chaises en velours grenat alignées en rangées impeccables, un tapis ivoire déroulé jusqu'à l'estrade où officierait le maire adjoint.Mais la pompe du décor ne pouvait masquer le vide glaçant de l'assemblée.Vingt personnes. Vingt silhouettes dispersées dans une salle qui pouvait en contenir deux cents.Les témoins, des collaborateurs de Xavier Perrin, sanglés dans leurs costumes sombres, affichaient des sourires polis et impersonnels.Quelques membres du conseil d'administration, leurs épouses couvertes de bijoux, chuchotaient entre eux en jetant des regards furtifs vers l'autel. Un photographe officiel rôdait, l'œil vissé à son objec

  • Amour Fortuite    Chapitre 31

    Chapitre 31: La dernière nuit solitaire.Dans la villa des Perrin, Aile privée de Miguel à la même heure. À l'autre bout de la ville, dans l'immense demeure qui dominait les collines résidentielles, Miguel Perrin était affalé dans son fauteuil Chesterfield, face à la cheminée où crépitait un feu mourant.Il ne portait qu'un pantalon de costume et une chemise blanche ouverte sur son torse, la cravate pendante, les manches retroussées. À ses pieds, une bouteille de whisky entamée au trois quarts, et un verre qu'il vidait et remplissait avec une régularité mécanique.Il ne buvait pas pour le plaisir. Il buvait pour anesthésier.Demain. Demain, il serait un homme marié. Demain, il passerait l'alliance au doigt d'une femme qu'il n'avait pas choisie, devant un parterre d'inconnus et de collaborateurs de son père, sous les flashs des photographes. Le fils prodigue, le playboy déchu, le rebelle dompté.La presse en ferait ses choux gras : « Le mauvais garçon de la finance enfin rangé », « Mi

فصول أخرى
استكشاف وقراءة روايات جيدة مجانية
الوصول المجاني إلى عدد كبير من الروايات الجيدة على تطبيق GoodNovel. تنزيل الكتب التي تحبها وقراءتها كلما وأينما أردت
اقرأ الكتب مجانا في التطبيق
امسح الكود للقراءة على التطبيق
DMCA.com Protection Status