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Chapitre 4

Author: Claire Moreau
La colère a complètement submergé Fabien.

Il a saisi son téléphone et a passé un appel. À l’autre bout du fil, une voix a répondu presque instantanément : « Oui, Monsieur. »

« Je veux savoir tout de suite où sont Juliette et Céleste ! »

L’assistant, Clément Mercier, a marqué un temps d’arrêt, surpris, puis a répondu : « Je m’en occupe immédiatement. »

« Tout de suite ! » a hurlé Fabien.

Il faisait nuit noire et une pluie battante tombait. Qu’est-ce qu’elle comptait faire ?

Elle avait brûlé tout ce qui les liait. Auparavant, il lui arrivait de faire des esclandres, mais cela n’avait jamais été d’une telle ampleur.

À cet instant, le cœur de Fabien se serrait ; une pointe d’angoisse injustifiée l’a envahi...

Clément s’est montré d’une grande efficacité. À peine dix minutes plus tard, il rappelait : « Madame se trouve à la Résidence Bellevue, du côté de l’avenue des Astres. »

Fabien a plissé les yeux : « Mais qu’est-ce qu’elle fabrique là-bas ? »

L’avenue des Astres.

Il ne se souvenait pas qu’aucun de leurs amis n’habitait dans ce quartier.

« Juliette est là aussi », a ajouté Clément.

Dès qu’il a entendu le nom de Juliette, le visage de Fabien s’est instantanément assombri.

À ses yeux, les meilleures amies étaient toujours dangereuses ; c’était comme si, en leur compagnie, Céleste se transformait instantanément en une redoutable stratège.

Chaque fois que Céleste passait du temps avec Juliette, cela finissait toujours mal.

Lorsque Fabien est arrivé à la Résidence Bellevue, Céleste, que sa journée avait épuisée, s’était déjà endormie.

Juliette était déjà partie ; comme Céleste avait refusé de la suivre, elle avait dû rentrer afin d’organiser la venue de quelqu’un pour veiller sur elle.

Céleste venait à peine de s’assoupir quand le coup de sonnette impatient l’a réveillée en sursaut.

Elle pensait que Juliette avait oublié quelque chose.

Elle s’est levée et a ouvert la porte, encore embrumée par le sommeil : « Qu’est-ce que tu as encore oublié de... »

Avant même de finir sa phrase, en voyant que c’était Fabien, son visage s’est aussitôt glacé.

« Comment as-tu trouvé cet endroit ? »

Le visage de Fabien était livide et glacial ; quelques gouttes de pluie perlaient encore sur son costume noir.

« À ton avis ? » a-t-il lancé d’un ton glacial.

En voyant Céleste en pyjama, sa colère devenait de plus en plus difficile à contenir.

Il a jeté un coup d’œil à l’intérieur pour s’assurer qu’elle était seule ; ne voyant personne d’autre, son hostilité s’est légèrement apaisée.

« Juliette m’a dit que tu avais fait une fausse couche. Ce ne serait pas très correct de ma part de ne pas venir te tenir compagnie, tu ne crois pas ? »

Tout en parlant, il a tendu le bras par réflexe pour lui saisir le coude, l’attirant vers lui d’un geste empreint d’une assurance familière.

Pourtant, cette fois-ci, Céleste ne s’est pas laissée entraîner dans ses bras comme elle le faisait d’ordinaire.

Elle restait là, immobile, et le regard qu’elle lui lançait était nettement plus tranchant.

En croisant la froideur au fond de ses yeux, Fabien a ressenti un léger pincement d’angoisse au cœur.

L’instant d’après, un sourire est apparu au coin de ses lèvres : « C’est bon, admettons que tu aies fait une fausse couche. Je vais m’occuper de toi, ça te convient ? »

Son ton suintait le cynisme. On pouvait presque lire sur son visage qu’il la soupçonnait de simuler tout ce mélodrame.

Céleste, que Juliette venait tout juste de calmer, a senti sa rage s’enflammer de nouveau.

Elle a levé la jambe et a décoché un coup de pied violent à Fabien.

Pris au dépourvu, il a reçu le coup en plein ventre et a laissé échapper un sifflement de douleur.

Il l’a lâchée par la même occasion.

En voyant Céleste sortir ses griffes de la sorte, il a senti une migraine poindre.

« Tu as encore fait un esclandre aujourd’hui, tu as même brûlé plusieurs choses à la maison, tu n’es toujours pas calmée ? »

Céleste ne répondait rien.

Son regard devenait encore plus glacial.

Se calmer ? Cette fois, il fallait que quelqu’un paie, sinon sa colère ne s’apaiserait pas !

Elle a laissé échapper un rire moqueur, sans dire un mot.

Mais le mépris qui s’en dégageait a particulièrement irrité Fabien.

Fabien sentait des vagues de migraine l’envahir : « C’est bon, c’est de ma faute, tout est de ma faute, on est d’accord ? Allez, sois raisonnable et rentre chez nous avec moi. »

Tout en parlant, Fabien a tenté une nouvelle fois de lui prendre la main, mais Céleste a reculé d’un pas pour l’esquiver.

Sa froideur distante a fait s’assombrir complètement le visage de Fabien ; l’atmosphère entre eux devenait soudainement irrespirable.

« Chez nous ? » a ricané Céleste. « Comment oser parler de “chez nous”, alors que le titre de propriété est au nom de Léa ? »

Léa Yvignac, la petite sœur de Fabien, était très liée à Yolande.

Quant à la villa où Céleste vivait avec Fabien depuis leur mariage, elle appartenait à Léa depuis bien longtemps !

Les Yvignac la méprisaient parce qu’elle avait grandi dans un orphelinat.

S’ils avaient consenti à ce mariage, ce n’était qu’à une seule condition : qu’il reste strictement secret.

Chaque fois que Fabien lui offrait un bien immobilier, sa mère s’arrangeait en secret pour le récupérer et le mettre au nom de ses deux sœurs.

Même leur propre maison conjugale était ainsi devenue la propriété de Léa.

Les Yvignac avaient une peur bleue qu’elle ne tire le moindre avantage de leur fortune.

« La maison appartient à Léa, et tu oses parler de chez nous ? Tu ne trouves pas ça ridicule ? » a ajouté Céleste.

Fabien a marqué un temps d’arrêt, le regard fuyant : « Très bien, on fera le nécessaire pour la remettre à ton nom demain, ça te va ? »

En entendant ce ton qui trahissait une patience à bout de souffle, Céleste a perdu toute envie de lui adresser la parole.

Elle a tendu la main pour refermer la porte au nez de Fabien.

Pourtant, Fabien a agrippé le montant de la porte : « Céleste, il y a des limites à tes caprices. »

Son ton, d’abord mielleux, était devenu autoritaire.

« Quelles limites veux-tu m’imposer ? » a-t-elle demandé en haussant les sourcils.

Alors que ses émotions auraient dû déborder, elle les maîtrisait parfaitement grâce à sa froideur.

Même en évoquant sa relation avec Yolande, elle restait d’un calme olympien.

« Toi et Yolande, vous entretenez une relation ambiguë, et tu voudrais que je sois raisonnable ? »

Fabien restait muré dans le silence.

Son cœur, instantanément gonflé de rage, s’est mis à battre violemment.

« Arrête de nous associer sans cesse, je n’ai absolument rien à voir avec elle ! » a-t-il fini par lâcher.

Céleste a rétorqué : « Tout Paris pense qu’Adrien est mort et que tu vas désormais prendre sa place à ses côtés. Personne ne sait que tu es marié, et encore moins que ta femme, c’est moi. Et tu oses dire que cela n’a rien à voir avec toi ? »

Cela faisait déjà six mois que la situation durait.

Ces six derniers mois, depuis la disparition d’Adrien, on ne voyait plus Fabien qu’aux côtés de Yolande dans chaque événement.

Certains allaient même jusqu’à insinuer que l’enfant était le sien.

Des rumeurs plus sombres prétendaient même que la mort d’Adrien n’était pas étrangère à Fabien...

En l’entendant évoquer ces infamies, le corps de Fabien s’est figé.

« Tu crois à ces rumeurs ? »

Des rumeurs ?

Céleste observait Fabien en silence.

Fabien a senti que la pression qu’elle exerçait sur la porte s’accentuait.

Son ton est devenu plus oppressant : « Elle est malade, elle souffre de dépression. Tu le sais, n’est-ce pas ? »

Ce mot, « dépression », a fait passer un voile de givre sur le regard déjà glacial de Céleste.

« C’est donc ça, sa dépression ? On dirait que ta seule présence est son meilleur remède, son sédatif personnel. »

La dépression... quel merveilleux prétexte.

Chaque fois que Yolande faisait une crise, le premier réflexe de la famille était d’envoyer Fabien à son chevet pour l’apaiser.

Céleste a fermé les yeux un instant : « Signe la convention de divorce que je t’enverrai demain, et occupe-toi d’elle pour le restant de tes jours. »

« Qu’il s’occupe d’elle aussi longtemps qu’il le voudra ! » s’est-elle dit.

Ce lien malsain la dégoûtait au plus profond d’elle‑même.

Face à une telle indifférence, la patience de Fabien a volé en éclats : « Céleste ! »

Céleste a ajouté d’un ton cinglant : « Et dis à Yolande qu’elle recevra bientôt une assignation à comparaître ! »
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