Share

Chapitre 5

Auteur: Claire Moreau
En repensant à son projet pour La Baie de Longval, ce travail de longue haleine auquel elle avait consacré plusieurs mois, Céleste a jeté un regard à Fabien ; une lueur de mépris, de plus en plus acerbe, filtrait à travers sa froideur.

L’atmosphère se chargeait d’une lourdeur oppressante tandis que le silence s’éternisait.

Après un court instant, Fabien a fini par briser le silence. D’une voix sourde, comme étranglée par la retenue, il a lâché : « Qu’est-ce que tu sous-entends par là ? Sur quel fondement comptes-tu la poursuivre en justice ? »

À l’instant même où Céleste a parlé d’une assignation adressée à Yolande, le cœur de Fabien a raté un battement.

Son regard posé sur elle s’est alors totalement glacé.

« À ton avis ? » a rétorqué Céleste d’un ton cinglant. « Fabien, c’est bien toi qui es venu m’annoncer que mon projet pour le complexe touristique de La Baie de Longval avait été rejeté, n’est-ce pas ? Alors dis-moi : est-ce vraiment mon travail qu’on a écarté, ou est-ce toi qui m’as fait sauter ? »

Le silence était désormais total.

Dehors, le fracas de la pluie et les rafales de vent s’entêtaient, mais rien ne parvenait à dissiper cette moiteur étouffante qui pesait sur la pièce.

Céleste a jeté un regard plein de dédain vers la main de Fabien, qui s’obstinait à retenir la porte : « Tu vas te décider à lâcher ça ? »

Le visage de Fabien était comme figé.

Lorsqu’il a enfin rompu le silence, sa voix semblait s’étouffer : « Ce n’est pas ce que tu crois. »

« Tais-toi. » a tranché Céleste. « Garde tes explications pour le juge. Tu auras tout le loisir de plaider ta cause lors de l’audience. »

« Céleste ! »

« Lâche. » a-t-elle cinglé.

« Sommes-nous vraiment obligés d’en arriver là ? » a rétorqué Fabien. « Nous sommes de la même famille, après tout. »

Céleste gardait le silence.

Rien n’était plus écœurant que ce mépris déguisé en affection.

« Une famille… Tu parles ! »

Fabien ne cherchait même plus à se justifier, sans doute parce qu’il en était bien incapable.

Mais le fait qu’il ose prétendre qu’ils étaient « une famille » à cet instant précis était tout simplement écœurant.

Céleste a poussé la porte de toutes ses forces, mais la poigne de Fabien s’est raffermie.

« Tu n’as pas le droit de la poursuivre, elle vient tout juste d’accoucher. »

Céleste est restée pétrifiée.

« Elle vient tout juste d’accoucher. » L’argument tombait comme une insulte.

À cause de Yolande, elle avait perdu deux enfants, et lui, il ne voulait pas croire à sa grossesse, il prétendait qu’elle jouait la comédie.

Et maintenant qu’elle voulait faire payer Yolande, il montait sur ses grands chevaux !

Céleste a fermé les yeux un court instant, avant de décocher un coup de pied fulgurant vers Fabien.

Surpris, celui-ci a lâché prise par pur réflexe. Avant même que Fabien ne puisse réagir, la porte lui a claqué au nez dans un fracas assourdissant, lui coupant net la parole.

« Céleste, ouvre ! On doit discuter ! »

Fabien s’est mis à marteler la porte comme un forcené.

Le visage de pierre, le dos calé contre la porte, Céleste a simplement lâché : « Pour la suite, adresse-toi à mon avocat. »

À ce mot, Fabien a senti sa poitrine s’oppresser un peu plus.

De son côté, Céleste s’est retranchée dans la chambre. Elle s’est glissée sous la couette, cherchant à s’emmurer dans le silence.

La sonnette et les coups sourds ont résonné dans l’appartement un long moment, avant que le calme ne finisse par reprendre ses droits.

Céleste somnolait, le corps brisé, hantée par des rêves sans fin.

Au cœur de la nuit, une secousse l’a arrachée à sa torpeur.

« Céleste ! Céleste ! »

Elle était secouée de violents frissons, tout en étant brûlante de fièvre.

En ouvrant péniblement les yeux, elle a reconnu Juliette.

« Juliette… »

« Mais tu es brûlante ! Je t’emmène aux urgences, tout de suite ! » s’est exclamée Juliette, paniquée.

Ne tenant plus en place, Juliette avait fini par débarquer en pleine nuit avenue des Astres, accompagnée de sa gouvernante, pour veiller sur Céleste.

Heureusement qu’elle était venue : à ce rythme-là, Céleste n’aurait sans doute pas tenu jusqu’au matin.

Le téléphone de Juliette n’arrêtait pas de bourdonner : c’était Fabien. Une vraie sangsue.

Elle a attendu que Céleste soit bien installée dans la voiture avant de finir par décrocher, excédée : « Qu’est-ce que tu veux encore ? »

« Passe ce message à Céleste : peu importe sa rancœur envers Yolande, elle doit attendre que celle-ci ait fini de se remettre de son accouchement. »

« Mais va te faire foutre, Fabien ! » a éructé Juliette.

À travers le haut-parleur, ces mots ont glacé le sang de Céleste.

Juliette, hors d’elle, s’est mise à hurler : « Ah, parce que tu t’inquiètes qu’elle ne se rétablisse pas assez bien de son accouchement ? Mais ta propre femme, bordel ! Elle a fait une f... »

Elle n’avait pas encore fini de parler que, soudain, sa main s’est retrouvée vide.

Juliette s’est retournée et a vu Céleste lui arracher le téléphone, puis raccrocher aussitôt.

« Tu fais quoi ? Laisse-moi l’insulter jusqu’au bout. »

Elle était à deux doigts d’exploser de colère.

Même en restant à l’écart, Juliette sentait la colère lui monter à la gorge.

À ce point-là… elle n’osait même pas imaginer ce que Céleste avait enduré.

Elle a regardé Céleste, le cœur serré.

« Il ne te croit pas. Lui parler, c’est inutile. »

Juliette est restée silencieuse.

Ces six derniers mois, les disputes autour de Yolande s’étaient succédé.

Fabien ne faisait plus aucun effort — au contraire, il allait toujours plus loin.

Cette fois, il était même resté à ses côtés pour l’accouchement.

Rien que d’y penser, Juliette avait envie de tout envoyer valser.

Les yeux de Céleste se sont légèrement plissés.

« Ne lui reparle plus de ma fausse couche. »

« Pourquoi ? »

Pour lui, même sa grossesse n’avait jamais été qu’un mensonge.

Après tant d’années de mariage, il ne restait plus rien qui ressemble à de la confiance.

« On a décidé de divorcer. Je veux que ça se termine proprement. »

Elle ne voulait pas non plus de sa culpabilité.

La culpabilité, ça s’accrochait ; ça ne faisait que compliquer les choses.

Juliette a compris.

Et ça lui a fait encore plus mal.

« Quel sale type… »

Elle a pris une inspiration.

« Allez, je t’emmène à l’hôpital. »

Céleste avait l’air vidée. Juliette n’a rien ajouté.

Autrefois, tout liait Céleste et Fabien.

À présent, ils en étaient arrivés à un point où même l’amour ou la haine n’avaient plus de place.

Juliette a conduit Céleste, affaiblie, à l’hôpital.

Une fois sur place, elles sont tombées nez à nez avec Fabien et Yolande.

Fabien tenait un nouveau-né contre lui. Derrière, plusieurs personnes suivaient.

Yolande, assise dans un fauteuil roulant, était poussée derrière lui et essuyait ses larmes.

« Fabien… il faut que le bébé aille bien… »

« Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. »

Sa voix était douce. Appliquée.

Céleste ne l’avait plus entendue comme ça depuis longtemps.

Rien à voir avec la manière superficielle dont il l'amadouait d'habitude.

Cette fois, il faisait vraiment attention.

Au moment précis où ils se sont croisés, Fabien a vu Céleste.

Il s’est arrêté, a entrouvert les lèvres, comme s’il allait dire quelque chose.

Mais avant qu’il ne puisse parler, Yolande s’est mise à sangloter : « Fabien, s’il arrive quoi que ce soit à l’enfant, je ne survivrai pas. »

Finalement, Fabien a détourné le regard du visage livide de Céleste et est parti d’un pas rapide.

Derrière lui, tout un groupe a suivi, poussant le fauteuil de Yolande.

Céleste n’a presque pas réagi.

Juliette, elle, tremblait de rage.

« Fabien Yvignac, arrête-toi ! Espèce de— Hé ? Céleste… Céleste ! »

Céleste, qu’elle soutenait, s’est soudain affaissée, glissant de tout son poids vers le sol.

Affolée, Juliette l’a rattrapée et l’a serrée contre elle.

Près des ascenseurs, Fabien s’est retourné d’instinct.

Juliette tenait Céleste dans ses bras et criait : « Un médecin ! Un médecin ! Vite ! »

Le cœur de Fabien a fait un bond.

Sans réfléchir, il a glissé le bébé dans les bras de quelqu’un à côté de lui et a fait un pas en avant, prêt à courir vers Céleste.
Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Latest chapter

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 30

    Léa était hors d’elle. Elle a débarqué à l’entreprise sans prévenir pour trouver Fabien.Clément était en train de faire son rapport à Fabien : il expliquait que les hommes envoyés pour suivre Céleste venaient de perdre sa trace.Le visage de Fabien s’est assombri instantanément, et c’était à ce moment précis que Léa est entrée en trombe pour s’asseoir en face de lui.« Fabien, on ne peut plus garder Céleste, regarde ce qu’elle a fait subir à Yolande ! » s’est-elle exclamée.Léa a renchéri : « C’est vrai ce qu’elle raconte ? Elle prétend vraiment t’envoyer une convention de divorce ? Eh bien, si elle ose, signe-la ! Pour qui se prend-elle, enfin ? Des femmes cent fois mieux qu’elle, il y en a à tous les coins de rue. Elle s’imagine sérieusement que tu n’aurais pas le cran de la quitter ?Emportée par la colère, Léa a déversé un flot ininterrompu de paroles sans laisser à quiconque la possibilité de l’interrompre.Elle se souvenait de l’époque où Fabien était encore célibataire : tant

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 29

    L’image de ce Britannique de tout à l’heure lui a traversé l’esprit ; il lui semblait l’avoir déjà vu aux côtés d’Arthur.C’était sûrement l’un de ses hommes.Arthur aurait donc envoyé quelqu’un pour la protéger ? Et puis quoi encore ? La famille Yvignac allait-elle la dévorer tout entière ?En repensant à la relation entre Arthur et Céleste, Fabien a eu la poitrine oppressée tant la colère était forte.......Alors que Céleste s’apprêtait à regagner Le Domaine du Ruisseau, un numéro inconnu a appelé.Elle a décroché : « Allô ? »« C’est moi. »La voix stridente de Léa a retenti.Céleste a froncé les sourcils. Elle n’aimait pas Léa ; cette voix était déjà peu plaisante en soi, mais chaque fois qu’elle parlait, elle le faisait toujours avec une ironie acide et perfide.Surtout avec cette attitude arrogante qu’elle affichait en ce moment.Céleste a baissé les yeux : « Qu’est-ce que tu veux ? »« Tu as mis mon numéro sur la liste noire ? » a demandé Léa.« Et alors ? »Dans son ton,

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 28

    Fabien perdait peu à peu le contrôle.Il a resserré sa prise sur le poignet de Céleste : « Quelle est ma relation avec Arthur, tu ne la connais pas ? »Céleste a répondu : « Peu m’importe ce que vous êtes l’un pour l’autre. »Fabien ne disait rien.Céleste a repris : « Une fois que tu auras signé l’accord de divorce, lui et moi, nous serons tous les deux légalement libres. Quoi qu’il arrive entre nous, ce sera parfaitement légitime. Toi, en revanche, vu la tournure que prennent les choses... si tu divorces, ta liaison avec Yolande sera tout sauf honorable. »Avant que son mariage avec Fabien ne soit rendu public, beaucoup avaient imaginé que si Adrien venait à disparaître, il aurait été tout naturel que Fabien finisse par épouser Yolande.Mais désormais, la donne avait changé...Désormais, nul n’ignorait que Fabien entretenait une liaison équivoque avec Yolande au mépris de son propre mariage.S’ils s’affichaient ensemble maintenant, ils seraient cloués au pilori de la honte pour l

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 27

    Mais c'est de la recherche pure, c'est pas une boutique ! Qu'est-ce qu'elle est censée faire là-bas ?Clément a précisé : « L’autre société de recherche biologique appartient à Arthur. »Fabien est resté de marbre.L’atmosphère s’alourdissait, le silence devenait pesant.Cela avait donc un lien avec Arthur…Puisqu’elle était apparue avec ce Britannique, venait-elle donc ici pour chercher... Arthur ?Fabien a allumé une cigarette qu’il fumait en silence.Clément a demandé avec prudence : « Est-ce que nous partons, ou bien... ? »« On attend », a tranché Fabien.......Céleste est entrée directement dans l’un des laboratoires de biotechnologie avec Gervais.Gervais la suivait respectueusement : « Je ne pensais pas que vous aviez autant de propriétés à Paris, est-ce que Fabien le savait ? »« Que peut-il savoir ? »Toutes ses pensées étaient tournées vers Yolande.Céleste a enfilé une blouse stérile. On venait de l’appeler : après trois ans de recherche, une avancée majeure venait

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 26

    La chambre d’hôpital de Yolande était bondée. Les Yvignac s’étaient déplacés en nombre.Elle avait donné naissance à des jumeaux, un garçon et une fille. Même la grand-mère de Fabien, Louise Yvignac, ainsi que son père, Hubert Yvignac, étaient venus lui rendre visite.Lorsque Françoise est retournée dans la chambre, Hubert et Louise étaient déjà partis.Il ne restait plus que les deux sœurs de Fabien : Sylvie Yvignac et Léa.Aux yeux des Yvignac, Yolande était malade : elle souffrait de dépression et prenait Fabien pour son frère, Adrien.Dès que Françoise est entrée, elle a vu Léa, qui tenait la main de Yolande pour l’apaiser : « Ne t’inquiète pas. Tu es la seule dans le cœur d’Adrien. Il est juste parti régler quelques affaires professionnelles, il ne va pas s’enfuir. »« C’est vrai ? » a demandé Yolande d’une voix étranglée.Léa a hoché la tête : « Bien sûr que c’est vrai. Le plus important pour toi à présent, c’est que tu te rétablisses bien et que tu prennes soin de ta santé. »

  • Après des fausses couches, aucun de ceux qui m'ont fait du mal n'a été épargné   Chapitre 25

    Céleste avait été seule et sans appui depuis son enfance.Peu importait l’affront qu’elle subissait, elle devait toujours se faire justice elle-même. Ainsi, elle n’était pas du genre à laisser les coups impunis.Auparavant, comme elle ne trouvait aucune preuve que les actes de Yolande étaient délibérés, elle n’avait pas agi de manière impétueuse.Mais désormais, les preuves étaient devenues irréfutables...Fabien espérait-il encore qu’elle épargnerait Yolande ?Une chose, en revanche, l’avait prise de court : Fabien allait s’imaginer qu’il se passait un truc entre elle et Arthur.« Éloigne-toi de Monsieur Fontenot », a déclaré Céleste d’un ton sombre.Fabien a lâché un rire méprisant : « Tiens, tu le protèges ? Céleste, nous ne sommes pas encore divorcés. »À cet instant, la colère bouillonnait en Fabien.Le doute, une fois installé, ne le lâchait plus. Il n’arrivait plus à croire qu’Arthur et Céleste n’aient aucun lien.C’était trop de coïncidences... L’opinion publique était en p

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status