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Elara Je sais qu'il est là. Je le sens. C'est une intuition qui remonte de mes années de dressage, cette capacité que j'ai développée à percevoir la présence d'Armand même quand je ne le vois pas. Il est derrière la vitre, assis dans son fauteuil, son cigare éteint entre les doigts, son verre de whisky vide à côté de lui. Il nous observe. Il me regarde. Il attend que cette nuit se termine pour reprendre possession de moi. Mais cette nuit ne se terminera jamais comme il l'espère. Lucian s'est levé du lit et se tient debout près des candélabres, sa silhouette découpée par la lueur vacillante des flammes. Il est magnifique, nu, le corps sculpté par des années de sport, la peau bronzée, le sexe dressé. Et il me regarde avec cette intensité qui me fait frissonner à chaque fois, cette attention totale qui me donne l'impression d'être la seule femme au monde. — Viens ici, dit-il en me tendant la main
Il n'ajoute rien, et c'est parfait ainsi. Il n'a pas besoin de dénigrer Armand, de critiquer son comportement, de se positionner en rival victorieux. Il se contente de me serrer contre lui, et ce silence vaut toutes les déclarations. Derrière la vitre sans tain, une ombre bouge. Je ne la vois pas, mais je la devine. Armand est là. Il nous observe. Il a vu ma jouissance, il a entendu mon cri, il a compris que quelque chose s'était brisé à jamais entre lui et moi. Et je m'en réjouis. Pour la première fois depuis trois ans, je ne suis plus sa chose. Je ne suis plus sa protégée. Je suis une femme libre, dans les bras d'un homme qui me respecte, et cette liberté est la plus douce des revanches. Lucian Le corps d'Elara est un territoire inexploré, et je veux en cartographier chaque parcelle. Pas seulement avec mes doigts, pas seulement avec mes lèvres, mais avec mes dents.
Sa langue s'aplatit sur mon clitoris, et je me cambre sur le lit. La sensation est si intense que je dois me mordre la lèvre pour ne pas crier. Mes doigts se crispent dans les draps de soie, et mes orteils se recroquevillent. Le plaisir monte en moi comme une vague, une vague lente et puissante qui gagne du terrain à chaque caresse. — Elle m'a dit que ce grain de beauté était sa marque de fabrique, continue Lucian sans cesser son travail. Que toutes les femmes de sa famille l'avaient, de mère en fille, depuis des générations. Elle plaisantait en disant que c'était une malédiction, parce que ce grain de beauté rendait les hommes fous de désir. Sa langue glisse en moi, et un cri m'échappe enfin. Ce n'est pas un cri de douleur, ni un cri de soumission. C'est un cri de plaisir pur, un cri de libération, un cri qui monte du plus profond de mon ventre et qui emplit la chambre circulaire. Il rebondit contre les miroirs, contre les candélabres, contre la
Cette certitude s'impose à moi avec la force de l'évidence. Elle est en train de m'échapper, et il n'y a rien que je puisse faire pour la retenir. Je l'ai transférée à Lucian pour une nuit, et cette nuit est en train de devenir une vie. Je croyais jouer la carte la plus risquée de mon existence, et je me rends compte que c'est ma mise tout entière que je viens de perdre. Je pose la main sur la vitre. Le verre est froid sous ma paume, et derrière ce verre, Elara se redresse. Elle est nue, couverte de sueur, les cheveux défaits, et elle s'assoit sur le bord du lit. Lucian lui tend une coupe de champagne. Elle la prend en souriant, et leurs doigts se touchent. Ce simple contact est plus intime que tous les actes sexuels que j'ai pu accomplir avec elle en trois ans. Je ferme les yeux. Quand je les rouvre, Lucian s'est levé. Il contourne le lit, s'agenouille devant Elara, et pose ses mains sur ses genoux. Il lui dit q
Armand Je n'aurais jamais dû revenir. Je m'étais levé, j'avais quitté le fumoir, j'avais marché jusqu'à la bibliothèque d'un pas mécanique, les jambes encore flageolantes, l'odeur de ma propre semence sur les doigts. Je m'étais promis de ne pas retourner devant cette vitre. De ne pas regarder. De ne pas me torturer. Mais je suis revenu. Je suis assis dans le fauteuil face à la grande baie sans tain, mon cigare éteint entre les doigts, mon verre de whisky vide sur la table basse. La pièce est plongée dans la pénombre, éclairée seulement par les braises mourantes de l'âtre et par la lueur qui filtre de la chambre, derrière la vitre. Et derrière cette vitre, il y a Elara. Mon Elara. Elle est à califourchon sur Lucian Cross, et elle le chevauche comme elle ne m'a jamais chevauché. Ses hanches ondulent avec une liberté sauvage, ses seins se balancent à chaque mouvement
Elle s'interrompt, comme si le mot qu'elle cherchait était trop dangereux à prononcer.— Je te respecte, dis-je à sa place. Je te considère comme une égale. Je ne veux pas te posséder, Elara. Je veux être avec toi.Elle commence à bouger. Le mouvement est lent, d'abord, presque hésitant, comme si elle réapprenait à marcher après des années d'immobilité. Puis il prend de l'assurance. Ses hanches ondulent, ses cuisses se contractent, et ses doigts s'enfoncent dans ma poitrine. Elle me regarde d'en haut, les cheveux défaits, les seins balançant au rythme de ses mouvements, et je la trouve plus belle que jamais. Pas la beauté figée des statues, mais la beauté vivante des femmes qui se battent.— Ta mère, dis-je d'une voix que le désir rend rauque, ta mère avait cette même façon de bouger. Elle m'a dit, cette nuit-là, il y a vingt-huit ans, que danser était la seule chose qui lui appartenait encore. Que le Juge pouvait lui prendre son corps, sa liberté, sa dignité, mais pas sa façon de dan







