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Chapitre 2 — Vaincus 2

Auteur: Déesse
last update Date de publication: 2026-06-22 02:54:58

Il se penche, il approche son visage du mien, et je sens son souffle sur ma joue, son odeur de cuir et de métal et de quelque chose d'autre, quelque chose de plus sombre, de plus animal. Ses narines se dilatent, il hume l'air autour de moi, comme un prédateur qui flaire sa proie. Ce geste, ce simple geste, est plus intime qu'un baiser, plus déshabillant qu'un regard. Il me hume, il me respire, il goûte mon odeur dans l'air froid du matin.

— Quel est votre nom ? demande-t-il, et sa voix est plus basse maintenant, presque un murmure, comme s'il s'adressait à moi seule.

— Aelys, dis-je, et ma voix est rauque, brisée par des heures de cris et de poussière, mais elle ne tremble pas. Aelys de Kaelor.

— Sœur du chef rebelle.

Ce n'est pas une question, c'est une constatation. Il sait déjà qui je suis, il l'a probablement su avant même que je n'ouvre la bouche. Il a dû étudier notre famille, nos alliés, nos faiblesses. C'est un stratège, un conquérant, un homme qui ne laisse rien au hasard.

— Oui, dis-je sans baisser les yeux. Sœur d'Aeron de Kaelor. Et fière de l'être.

Un murmure parcourt l'assemblée. Personne ne parle au roi sur ce ton, personne ne le défie en face. Mais je suis déjà condamnée à mort, je n'ai plus rien à perdre, alors autant mourir avec panache, autant lui cracher ma haine au visage avant qu'il ne me fasse trancher la gorge.

Mais au lieu de se mettre en colère, il sourit. Un sourire léger, à peine perceptible, qui ne monte pas jusqu'à ses yeux mais qui flotte sur ses lèvres comme une menace voilée. Il sort un poignard de sa ceinture, un poignard à la lame incurvée, couverte de runes gravées dans l'acier noir.

— Vous n'avez pas peur, Aelys de Kaelor.

— J'ai peur, dis-je en soutenant son regard. Mais je ne vous le montrerai pas.

— C'est exactement ce que je voulais dire.

Il se penche, saisit mes liens, et d'un geste sec, il les tranche. Les cordes tombent à mes pieds, mes poignets sont libres, et je reste là, agenouillée dans la boue, incapable de bouger, incapable de comprendre ce qui vient de se passer.

— Vous ne mourrez pas aujourd'hui, dit-il en rengainant son poignard. Vous serez mon Ombre. Attachée à moi par un serment de sang, condamnée à me suivre partout, à tout voir, tout entendre, sans jamais prononcer un mot. Vous serez le témoin muet de ma puissance, et par votre silence, vous confesserez la défaite de votre cause.

Il se redresse, il me domine de toute sa hauteur, et sa voix résonne dans le silence de mort qui s'est abattu sur le champ de bataille.

— Tel est mon jugement. Tel est votre destin.

Je le regarde, incrédule, les poignets endoloris, le cœur battant à tout rompre. Je devrais être soulagée, je devrais remercier les dieux d'avoir échappé à la mort. Mais tout ce que je ressens, c'est de la rage. Une rage immense, dévorante, qui me consume tout entière. Il ne me tue pas, il me condamne à pire que la mort. Il me condamne à devenir son ombre, à le suivre comme un chien, à assister à son triomphe sans pouvoir rien dire, rien faire, rien tenter.

— Vous ne préférez pas me tuer ? dis-je en me relevant, malgré mes jambes qui flageolent. Ce serait plus simple. Plus propre.

— La mort est une échappatoire, Aelys de Kaelor. Je ne vous offrirai pas cette facilité. Vous vivrez, vous vous souviendrez, et vous témoignerez. C'est ma justice.

Il tourne les talons et disparaît dans la tente royale, me laissant là, debout au milieu des cadavres de mes compagnons, les poignets libres mais le cœur enchaîné.

Aelys

La tente royale est un palais de toile.

Je n'aurais jamais cru qu'une tente puisse être aussi vaste, aussi luxueuse, aussi intimidante. Le sol est recouvert de tapis épais tissés de fils d'or et de pourpre, les murs sont tendus de tentures brodées représentant des scènes de chasse et de bataille, et des braseros en bronze diffusent une chaleur bienfaisante et une lumière dansante. Au centre trône une table massive en bois sombre, couverte de cartes, de parchemins et de coupes en argent. Et derrière cette table, assis dans un fauteuil en cuir qui ressemble à un trône, il y a Cassian.

Deux soldats m'escortent jusqu'à lui, leurs mains fermes sur mes bras, comme si je risquais de m'enfuir. Mais je ne fuis pas, je ne peux pas fuir. Ses derniers mots résonnent encore dans ma tête : "Votre frère survivant sera exécuté si vous tentez quoi que ce soit." Aeron est vivant, il est prisonnier, et ma soumission est le prix de sa vie.

Le roi me regarde approcher sans rien dire, ses yeux noirs fixés sur moi avec cette intensité qui me déshabille, qui me transperce, qui me réduit à l'essentiel. Il a retiré son armure, il porte maintenant une tunique de lin sombre, ouverte sur son torse, et je vois les cicatrices qui strient sa peau , traces de griffes, de lames, de flèches, toute une vie de guerre gravée dans sa chair.

— Approchez, dit-il, et sa voix est plus basse, plus intime, comme si nous étions seuls au monde.

Je fais un pas, puis un autre, et je m'arrête devant la table. Il se lève, il contourne le meuble, et il s'arrête devant moi, si proche que je sens la chaleur de son corps, que je vois les paillettes d'or dans ses iris noirs, que je distingue la fine cicatrice qui barre sa lèvre inférieure.

— Donnez-moi votre main.

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