Se connecterSa voix est un murmure, un souffle à peine audible. Je sens la fatigue dans ses mots, le poids des années de silence et de rancœur.— Mais cela nous a brisés, Aelys. Cela nous a détruits. Kael a cru que j'avais tué notre père. Il a cru que j'avais pris le trône par la force et la trahison. Mais ce n'est pas vrai. Notre père est mort de maladie. Une fièvre qui l'a consumé en trois jours, comme une bougie qui brûle trop vite. Je n'ai jamais voulu le trône. Je l'ai pris parce que c'était mon devoir, parce que c'était ce que notre père voulait. Parce que quelqu'un devait le faire.— Pourquoi ne lui as-tu pas dit la vérité ? Pourquoi as-tu laissé cette rancœur grandir entre vous ?Ma voix est un murmure, chargée d'incompréhension. Je sens la chaleur de sa main dans la mienne, et je la
AelysLa douleur est la première chose que je sens en émergeant du néant. Une douleur sourde, profonde, qui pulse dans tout mon corps comme un second cœur. Elle bat dans mes tempes, dans ma poitrine, dans mes doigts, dans mes os. Chaque inspiration est un combat, chaque mouvement une agonie. J'ouvre les yeux lentement, et la lumière est un coup de poignard dans mon crâne. Je cligne des paupières plusieurs fois, essayant de faire le tri entre la réalité et les fragments de souvenirs qui dansent dans ma tête comme des papillons de nuit autour d'une flamme.Je suis allongée dans un lit que je ne reconnais pas. Les draps sont en soie blanche, si douce qu'ils glissent sur ma peau comme une caresse. Les oreillers sont en plumes, moelleux et accueillants, et l'odeur qui flotte dans l'air est celle du bois de santal et de la cire d'abeille. Pas ma chambre. Pas celle de Cassian. Je tourne la
Son corps se tend, et ses yeux s'ouvrent. Mais ils sont vides, perdus dans un délire que je ne peux pas atteindre. Il me regarde sans me voir, ses yeux fixés sur un point au-delà de moi, au-delà de cette chambre, au-delà de ce monde. — Je suis désolé, dit-il, sa voix un souffle. Je suis désolé pour Elara. Je suis désolé pour tout ce que je t'ai fait. Je n'aurais pas dû t'aimer. C'était une erreur. Mon cœur s'arrête. Il m'appelle Elara. Il me confond avec elle, avec la femme qui l'a trahi et qu'il a tuée. Une douleur aiguë traverse ma poitrine, une douleur que je ne comprends pas, une douleur que je ne veux pas comprendre. — Je ne suis pas Elara, Cassian. Je suis Aelys. Ma voix est un murmure, un souffle à peine audible. Je sens mes doigts trembler sur son front. — Aelys, répète-t-il, et ses yeux semblent se focaliser. Aelys. Ma petite ombre. Ma prisonnière. Mon amour. Il rit, un rire faib
Je m'approche de lui, mes hanches ondulant sous la soie, mes yeux plongeant dans les siens. Chaque pas est une promesse, chaque mouvement est une invitation. — Je suis venue te voir, Cassian. Je suis venue te remercier. — Me remercier ? — Pour cette nuit. Pour avoir été vulnérable. Pour m'avoir montré qui tu es vraiment. Je suis tout près de lui maintenant. Je sens la chaleur de son corps, le rythme de sa respiration qui s'accélère. Sa main se lève, hésite, puis se pose sur ma hanche. Ses doigts s'enfoncent dans la soie, et je sens la pression de sa main sur ma peau. — Qu'est-ce que tu veux, Aelys ? — Toi, Cassian. Je te veux. Je glisse ma main sur sa poitrine, mes doigts traçant des cercles sur sa peau. Il frissonne, et je vois le désir s'emparer de lui, obscurcir son regard. Ses yeux s'assombrissent, et je sens le battement de son cœur s'accélérer sous ma paume.
Il s'éloigne, et je reste figée sur ma chaise, le corps brûlant de ses paroles, le cœur déchiré entre la promesse de liberté et la colère du roi. Je le regarde disparaître, sa silhouette lumineuse s'effaçant dans l'ombre du couloir, et je sens une larme couler sur ma joue. Cette nuit, je ne dors pas. Je marche dans les couloirs, mes pieds nus sur la pierre froide, et je sens les battements de mon cœur résonner dans tout mon corps. La proposition de Kael est une porte ouverte sur l'inconnu. Cassian est un mur, une prison, une cage dorée. Mais quelque chose me retient, quelque chose que je ne veux pas nommer, quelque chose qui a la forme d'un regard de braise et d'une voix brisée murmurant "reste là, juste cette nuit". Lorsque je passe devant les appartements de Cassian, je m'arrête. La porte est entrouverte, et une lumière vacille à l'intérieur. Je devrais passer mon chemin. Je devrais retourner dans ma chambre et oublier que j'ai vu cette lumière.
Aelys Les jours suivants sont un tourbillon d'émotions contradictoires. La proposition de Cassian , cette liberté qu'il m'a offerte , hante mes pensées comme une promesse trop belle pour être vraie. Je ne l'ai pas revu depuis cette nuit. Il s'est retiré dans ses appartements, et les rumeurs courent dans le palais qu'il est malade, qu'il a été blessé, qu'il est peut-être en train de mourir. Je ne crois pas aux rumeurs. Cassian est trop fort pour mourir, trop têtu pour céder, trop en colère pour disparaître. Mais une part de moi s'inquiète, une part de moi que je refuse de reconnaître. Je passe mes journées à errer dans les couloirs du palais, fantôme parmi les fantômes. Les servantes me regardent avec des yeux pleins de pitié, les gardes avec des yeux pleins de méfiance. Je suis la prisonnière du roi, l'ombre qui marche dans sa lumière, le secret qu'il ne peut pas cacher. Chaque regard est un poids sur mes épaules, chaque murmure est une







