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CHAPITRE 99 : L’OMBRE DES PIERRES 1

Author: Déesse
last update Last Updated: 2026-01-02 02:03:17

Diane

La porte principale, un bloc massif de bois sombre et de métal frotté, s’efface dans le mur sans un bruit. L’entrée qui s’ouvre aspire le souffle de mes poumons. C’est un hall cathédrale, d’une froideur calculée. Le sol est un marbre gris poli en miroir, reflétant la structure de verre et d’acier du plafond, à dix mètres de hauteur. Des murs blancs, nus, s’élèvent vers cette voûte. L’espace est à ce point vaste, à ce point épuré, que notre double silhouette qui s’y pose semble une intrusion, une tache d’imperfection.

Il se tient un peu devant moi, silencieux, laissant l’impression m’engloutir. Il observe mon visage, je le sens. Je m’efforce de ne rien laisser paraître, mais ma peau doit blêmir davantage sous la lumière crue et diffuse qui tombe des cieux vitrés. L’air sent le propre, le neutre, un parfum d’air conditionné et de pierre froide. Aucune odeur de vie, de feu de bois, de cire, de cuisine. Rien.

— Voilà, dit-il enfin, sa voix résonnant légèrement dans le vide. La Sphèr
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    DianeIl s’accoude sur la table, rapprochant son visage. La lumière des bougies joue sur ses traits.— J’ai vu que vous ne fuyez pas. J’ai vu que vous observez. J’ai vu une froideur qui n’est pas de l’indifférence, mais du contrôle. Et j’ai vu, dans la vapeur de ce bain, une lueur de défi que vous ne savez pas encore tout à fait cacher.Mon cœur s’accélère. Il a vu. Bien sûr qu’il a vu. Il est payé pour voir.— Ce n’est pas du défi, dis-je en soutenant son regard. C’est de la survie. Il y a une différence.— La survie est un instinct. Le défi est un choix. Vous choisissez de ne pas vous effondrer. De ne pas me supplier. De ne pas jouer la comédie de la séduction facile. C’est un choix intéressant. Courageux. Et peut-être un peu stupide.— Pourquoi stupide ?— Parce qu’il me rend curieux. Et ma curiosité, Diane, est une chose bien plus dangereuse pour vous que mon désir.Le mot « désir » pend dans l’air entre nous, chargé de l’électricité qui a crépité dans la salle de bain. Il l’a nom

  • BAISE-MOI 3   CHAPITRE 103 : LE FESTIN DES OMBRES 1

    DianeLa robe noire. Elle est suspendue dans l’armoire, seule parmi les autres tenues aux couleurs sourdes. Simple, en crêpe de soie, coupée avec une sévérité qui en dit long sur le goût de celui qui l’a choisie. Manches longues, encolure bateau qui glisse sur les épaules, tombant droit jusqu’à mi-mollet. Aucune fioriture. Aucune dentelle. Juste la noirceur pure du tissu et la façon dont il va, je le sais déjà, épouser chaque courbe sans jamais les souligner, les nier tout en les affirmant.Je l’enfile. La soie est froide, lisse comme une seconde peau liquide. Elle glisse sur mes hanches, tombe avec un poids parfait. Devant le miroir, l’effet est saisissant. La pâleur de mon visage et de mes bras émerge du noir comme une apparition. Mes cheveux, séchés, libres et légèrement ondulés, encadrent mes traits d’une façon moins contrôlée, plus sauvage. Le contraste est violent. Je ne suis plus la femme au chignon parfait des paparazzis. Je suis autre chose. Un spectre élégant. Une ombre cons

  • BAISE-MOI 3   CHAPITRE 102 : LES EAUX PRIMORDIALES 2

    DianeLe changement de pression dans l’air, le courant froid sur la vapeur, avant même le son de la porte. Mes yeux s’ouvrent.Il est là, dans l’encadrement. Silhouette sombre brisant le champ de vapeur blanche. Il ne dit rien. Il regarde.Tout mon corps se fige, puis, paradoxalement, se détend davantage. C’est arrivé. L’intrusion. Elle était inévitable. La fuite dans l’eau n’était qu’un répit, une illusion.Je ne bouge pas. Je ne cherche pas à me couvrir. L’eau est trouble, laiteuse de vapeur. Elle me voile, sans vraiment me cacher. Je garde la tête appuyée contre le rebord, mes bras allongés le long du corps, immergés. Seuls mes épaules, le haut de ma poitrine, mon cou et mon visage émergent.Je tourne simplement la tête vers lui. Nos regards se croisent à travers la brume.La tension n’est pas un fil qui se tend. C’est une pression qui augmente, comme la vapeur qui sature l’air. Elle est dans l’immobilité de son corps, dans l’intensité de son regard qui balaie la pièce, puis se fix

  • BAISE-MOI 3   CHAPITRE 101 : LES EAUX PRIMORDIALES 1

    DianeL’immobilité est devenue intolérable. Le silence de la chambre pèse, un couvercle de plomb posé sur mes pensées. Il faut bouger. Il faut occuper cette enveloppe de chair, lui redonner une sensation qui ne soit pas celle du froid verre ou du vide oppressant.Je me lève, les articulations raides. Je marche vers la salle de bain, mes pas absurdes dans ce désert blanc.La baignoire. Ce sarcophage de porcelaine. Elle trône, ronde, lisse, offrant une promesse d’apesanteur. Une immersion.Je m’approche. Mes doigts effleurent le bord, froid lui aussi. Je tourne les robinets. Un grondement, puis un flot d’eau chaude jaillit, brûlante, créant une brume instantanée sur le miroir immense face à moi. Je laisse couler. La vapeur monte, enveloppante, odorante. L’eau sent le neutre, un parfum d’algue et de minéral déposé par un système de filtration trop parfait. Mais c’est de la chaleur. C’est du mouvement.Je me retourne face à l’armoire à pharmacie, un miroir sans tain. Je m’y regarde. Une f

  • BAISE-MOI 3   CHAPITRE 100 : L’OMBRE DES PIERRES 2

    DianeIl poursuit, arrive devant une double porte à l’autre bout du couloir.— Mes appartements.Il les pousse. L’espace est plus vaste encore, mais un peu plus sombre. Les teintes passent du gris blanc au gris anthracite. Le lit est une plate-forme basse. Une immense bibliothèque murale est remplie de livres reliés uniformes, des ouvrages de droit, de finance, d’histoire, rangés par taille, créant un motif hypnotique. Un bureau en acajou massif trône face à une fenêtre panoramique. C’est la seule pièce qui porte une vague empreinte, non d’une personnalité, mais d’une activité : celle du prédateur qui planifie.Il referme les portes sans m’inviter à entrer davantage.— Et voici votre chambre, dit-il en s’arrêtant devant une porte, deux plus loin.Il l’ouvre.C’est une copie conforme des chambres d’amis, en un peu plus grand. Le même lit blanc, la même commode, la même baie vitrée offrant une vue vertigineuse sur le parc. Seule différence : la salle de bain possède une baignoire free-s

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    DianeLa porte principale, un bloc massif de bois sombre et de métal frotté, s’efface dans le mur sans un bruit. L’entrée qui s’ouvre aspire le souffle de mes poumons. C’est un hall cathédrale, d’une froideur calculée. Le sol est un marbre gris poli en miroir, reflétant la structure de verre et d’acier du plafond, à dix mètres de hauteur. Des murs blancs, nus, s’élèvent vers cette voûte. L’espace est à ce point vaste, à ce point épuré, que notre double silhouette qui s’y pose semble une intrusion, une tache d’imperfection.Il se tient un peu devant moi, silencieux, laissant l’impression m’engloutir. Il observe mon visage, je le sens. Je m’efforce de ne rien laisser paraître, mais ma peau doit blêmir davantage sous la lumière crue et diffuse qui tombe des cieux vitrés. L’air sent le propre, le neutre, un parfum d’air conditionné et de pierre froide. Aucune odeur de vie, de feu de bois, de cire, de cuisine. Rien.— Voilà, dit-il enfin, sa voix résonnant légèrement dans le vide. La Sphèr

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