LOGINDianeLe changement de pression dans l’air, le courant froid sur la vapeur, avant même le son de la porte. Mes yeux s’ouvrent.Il est là, dans l’encadrement. Silhouette sombre brisant le champ de vapeur blanche. Il ne dit rien. Il regarde.Tout mon corps se fige, puis, paradoxalement, se détend davantage. C’est arrivé. L’intrusion. Elle était inévitable. La fuite dans l’eau n’était qu’un répit, une illusion.Je ne bouge pas. Je ne cherche pas à me couvrir. L’eau est trouble, laiteuse de vapeur. Elle me voile, sans vraiment me cacher. Je garde la tête appuyée contre le rebord, mes bras allongés le long du corps, immergés. Seuls mes épaules, le haut de ma poitrine, mon cou et mon visage émergent.Je tourne simplement la tête vers lui. Nos regards se croisent à travers la brume.La tension n’est pas un fil qui se tend. C’est une pression qui augmente, comme la vapeur qui sature l’air. Elle est dans l’immobilité de son corps, dans l’intensité de son regard qui balaie la pièce, puis se fix
DianeL’immobilité est devenue intolérable. Le silence de la chambre pèse, un couvercle de plomb posé sur mes pensées. Il faut bouger. Il faut occuper cette enveloppe de chair, lui redonner une sensation qui ne soit pas celle du froid verre ou du vide oppressant.Je me lève, les articulations raides. Je marche vers la salle de bain, mes pas absurdes dans ce désert blanc.La baignoire. Ce sarcophage de porcelaine. Elle trône, ronde, lisse, offrant une promesse d’apesanteur. Une immersion.Je m’approche. Mes doigts effleurent le bord, froid lui aussi. Je tourne les robinets. Un grondement, puis un flot d’eau chaude jaillit, brûlante, créant une brume instantanée sur le miroir immense face à moi. Je laisse couler. La vapeur monte, enveloppante, odorante. L’eau sent le neutre, un parfum d’algue et de minéral déposé par un système de filtration trop parfait. Mais c’est de la chaleur. C’est du mouvement.Je me retourne face à l’armoire à pharmacie, un miroir sans tain. Je m’y regarde. Une f
DianeIl poursuit, arrive devant une double porte à l’autre bout du couloir.— Mes appartements.Il les pousse. L’espace est plus vaste encore, mais un peu plus sombre. Les teintes passent du gris blanc au gris anthracite. Le lit est une plate-forme basse. Une immense bibliothèque murale est remplie de livres reliés uniformes, des ouvrages de droit, de finance, d’histoire, rangés par taille, créant un motif hypnotique. Un bureau en acajou massif trône face à une fenêtre panoramique. C’est la seule pièce qui porte une vague empreinte, non d’une personnalité, mais d’une activité : celle du prédateur qui planifie.Il referme les portes sans m’inviter à entrer davantage.— Et voici votre chambre, dit-il en s’arrêtant devant une porte, deux plus loin.Il l’ouvre.C’est une copie conforme des chambres d’amis, en un peu plus grand. Le même lit blanc, la même commode, la même baie vitrée offrant une vue vertigineuse sur le parc. Seule différence : la salle de bain possède une baignoire free-s
DianeLa porte principale, un bloc massif de bois sombre et de métal frotté, s’efface dans le mur sans un bruit. L’entrée qui s’ouvre aspire le souffle de mes poumons. C’est un hall cathédrale, d’une froideur calculée. Le sol est un marbre gris poli en miroir, reflétant la structure de verre et d’acier du plafond, à dix mètres de hauteur. Des murs blancs, nus, s’élèvent vers cette voûte. L’espace est à ce point vaste, à ce point épuré, que notre double silhouette qui s’y pose semble une intrusion, une tache d’imperfection.Il se tient un peu devant moi, silencieux, laissant l’impression m’engloutir. Il observe mon visage, je le sens. Je m’efforce de ne rien laisser paraître, mais ma peau doit blêmir davantage sous la lumière crue et diffuse qui tombe des cieux vitrés. L’air sent le propre, le neutre, un parfum d’air conditionné et de pierre froide. Aucune odeur de vie, de feu de bois, de cire, de cuisine. Rien.— Voilà, dit-il enfin, sa voix résonnant légèrement dans le vide. La Sphèr
DianeL’atterrissage est une chute contrôlée qui se termine par une secousse, un gémissement des freins, puis le roulis lent de l’avion sur le taxiway. Le bleu implacable du ciel a été remplacé par un gris uniforme, typique des ciels du nord. Par le hublot, je vois des hangars, d’autres jets privés, et au loin, la silhouette d’un terminal ultramoderne. Nous ne sommes pas à un aéroport commercial. C’est un aérodrome privé, un de ces lieux où l’argent achète l’invisibilité.Il semble s’être ressaisi pendant le vol. La distraction, la contemplation que j’avais perçues dans son silence ont disparu, remplacées par une concentration implacable. Il range ses documents, éteint son ordinateur, et son regard, quand il se pose sur moi, est redevenu un outil d’évaluation, froid et précis.— Nous arrivons, annonce-t-il, comme si je pouvais l’ignorer. Redresse-toi. Tu as l’air épuisée.Un ordre de plus. Je mets une main sur mon chignon, vérifie que pas un cheveu ne dépasse. Je redresse le dos, effa
Dimitri VolkovLe jet fend l’azur avec la précision d’un scalpel. Je devrais travailler. Les rapports de mes capitaines à New York et à Londres attendent. Les flux financiers de la nuit doivent être analysés. Pourtant, le dossier reste ouvert, les chiffres dansent sans signification devant mes yeux.Mon regard est attiré, encore et encore, vers elle.Diane.Assise de l’autre côté de la table en bois de teck, elle fixe le nébuleux par le hublot. Elle n’a pas bougé depuis qu’elle a fini de manger. Son profil est d’une pâleur spectrale, sculpté dans une cire froide. Les ombres sous ses yeux, pourpres sur la peau trop claire, sont comme des ecchymoses laissées par la nuit. Ses mains, posées à plat sur ses genoux, sont d’une immobilité absolue. On dirait qu’elle ne respire plus.Si fragile. La pensée s’impose, aussi indésirable qu’une lame.J’ai écrasé des empires financiers. J’ai brisé des hommes durs comme le granite. J’ai regardé sans un cillement des rivaux se faire disparaître de la s







