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Chapitre 7 — Le Parrain 2

last update publish date: 2026-08-05 04:13:17

Iris ne sut pas si elle devait descendre de l'estrade, rester là, disparaître. Ses pieds ne répondaient plus. Elle resta figée dans la lumière, le regard perdu vers le fond de la salle, là où Dante Moretti n'avait pas bougé. Il la regardait. Calmement. Sans l'ombre d'un triomphe, sans l'ombre d'un désir. Il la regardait comme on regarde une décision déjà prise.

Puis il posa son verre sur le rebord de la colonne et s'avança.

La foule s'écarta devant lui. Pas de bousculade, pas de précipitation. Juste un mouvement fluide, presque organique, comme si les corps se déplaçaient d'eux-mêmes pour lui faire place. Il traversa la salle sans un regard pour les autres convives, sans un mot pour le maître de cérémonie. Il monta les deux marches de l'estrade et s'arrêta devant Iris.

De près, il était plus impressionnant encore. Pas par sa taille, mais par cette densité, cette gravité qui émanait de lui. Sa peau sentait le bois et le cuir, un parfum épuré, presque froid. Ses yeux étaient d'un brun si sombre qu'ils en paraissaient noirs, et ils ne contenaient rien. Ni pitié, ni cruauté, ni amusement. Rien qu'une attention absolue, concentrée sur elle comme si le reste du monde n'existait pas.

— Vous n'avez rien à craindre.

Sa voix était basse, grave, et ne montait pas à la fin des phrases. Ce n'était ni une question ni une tentative de réassurance. C'était un constat, un fait énoncé avec la même certitude que s'il avait dit le ciel est noir ou cette pièce est souterraine.

Iris ne répondit pas. Les mots s'étaient évaporés quelque part entre la cuisine et l'estrade.

Dante tendit la main.

— Venez.

Elle regarda cette main. Longue, soignée, sans alliance, sans bijou. Une main qui n'avait jamais tenu un plateau, jamais frotté un sol, jamais tremblé sous la pression des doigts d'un inconnu. Une main qui venait de l'acheter pour cent vingt mille euros.

Elle aurait dû refuser. Crier, mordre, s'enfuir. Mais sa volonté n'était plus qu'un souvenir, et son corps, épuisé par la peur, obéit avant qu'elle ait pu l'en empêcher. Elle posa sa main dans la sienne.

La paume de Dante était chaude. Ses doigts se refermèrent autour de ceux d'Iris sans les serrer, sans les broyer, juste assez pour qu'elle sente qu'elle était tenue.

Il l'entraîna hors de l'estrade, à travers la salle silencieuse, vers la porte par où les autres filles avaient disparu avec leurs acheteurs. Personne ne les suivit du regard. Personne n'osa. L'homme au micro rangeait déjà sa liste. Le barman essuyait ses verres. Les hommes retournaient à leurs conversations, à leurs whiskies, à leurs cigares, comme si rien ne s'était passé.

La porte se referma derrière eux.

Le couloir était froid, étroit, mal éclairé. Dante marchait devant, sans se retourner, sans lâcher sa main. Ses pas étaient lents, réguliers, et le bruit de ses semelles sur le béton résonnait dans le silence. Iris le suivait, incapable de faire autre chose, incapable de penser à autre chose qu'à cette main qui ne tremblait pas, cette main qui la tenait sans la retenir, cette main qui l'avait arrachée aux enchères sans qu'elle comprenne pourquoi.

Au bout du couloir, une porte blindée. Un code tapé sur un clavier numérique. L'air froid de la nuit s'engouffra d'un coup.

Une voiture attendait. Différente de celle qui l'avait amenée au casino. Plus sombre, plus longue, des vitres teintées, un moteur qui ronronnait déjà. Un homme ouvrit la portière arrière. Dante lâcha la main d'Iris et fit un geste.

— Montez.

Elle monta.

Il s'assit à côté d'elle, la portière claqua, et la voiture s'ébranla dans la nuit, avalant les rues silencieuses d'un

e ville qu'Iris ne reconnaissait plus.

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