LOGINOn la déplaça dans une autre chambre.Plus loin dans le couloir, sans fenêtre sur le parc, avec une porte blindée et un verrou intérieur. Madame Castillo lui apporta des vêtements, un plateau de thé, des médicaments pour dormir. Iris refusa les médicaments. Elle ne voulait pas sombrer. Pas cette nuit.Dante resta debout près de la cheminée allumée pour l'occasion. Il ne partit pas. Il ne dit rien non plus. Il attendit.Ce fut elle qui rompit le silence.— Ils vous connaissent. Vous et moi. Ils savent où je suis.— Oui.— Et ils continueront.— Oui.Iris ferma les yeux. Les flammes projetaient des lueurs mouvantes sur le plafond. Elle pensa à la lame qui était descendue sur son oreiller, à la poigne de l'homme sur sa cheville, à la détonation. À Dante entrant dans la pièce comme si le monde entier pouvait s'écrouler derrière lui.— Pourquoi vous m'avez sauvée ?— Ce n'est pas la première fois que vous posez cette question.— Et vous ne m'avez jamais répondu.Il vint s'asseoir dans le f
La nuit était tombée depuis longtemps.Iris avait fini par s'endormir, épuisée par des jours sans véritable repos. Elle avait laissé la lampe de chevet allumée, comme souvent depuis l'attaque du convoi, et la porte fermée à clé. Le manoir était silencieux. Dehors, le vent poussait des branches contre les vitres, un frottement régulier qui ressemblait à une respiration.Ce fut le grincement qui la réveilla.Pas le vent. Pas le bois. Un bruit plus précis, plus court. Le frottement d'une semelle sur le parquet. Iris ouvrit les yeux dans le noir, le cœur déjà lancé. Elle resta immobile, l'oreille tendue. Le silence revint, épais. Elle crut à un rêve, à un reste de cauchemar.Puis la poignée tourna.Lentement. Avec précaution. Le pêne résista, la porte était verrouillée, mais l'homme derrière s'y attendait. Iris entendit un cliquetis métallique, deux tours brefs, et la serrure céda. La porte s'ouvrit sur un filet de lumière.La silhouette se glissa dans la chambre.Iris ne cria pas. Le cri
Le monde d'Iris se déroba sous ses pieds.— Vous payiez les frais de la clinique ?— Une partie. Discrètement. Pour que la famille de l'un de mes hommes ne se retrouve pas à la rue après sa mort. Votre père a travaillé pour moi il y a longtemps. Un chauffeur. Fidèle. Il ne vous l'a jamais dit.— Il ne m'a jamais rien dit.— C'était mieux ainsi.— Mieux pour qui ?Dante soutint son regard. Il ne se défendit pas. Il ne chercha pas d'excuse.— Je ne sais pas encore. Mais si les Vitale ont utilisé votre nom, c'est parce qu'ils savaient qu'il me ferait réagir. Ils avaient raison. Je suis venu à cette vente. J'ai payé. Je vous ai ramenée ici. Et maintenant, ils attendent de voir ce que je vais faire de vous.Iris posa ses deux mains à plat sur la table. Elles tremblaient, mais elle ne les retira pas.— Et vous comptiez me le dire quand ?— Jamais.Le mot tomba entre eux, net, sans excuse.— Parce que vous pensiez que je n'étais pas capable de le supporter ?— Parce que je pensais que vous p
Trois jours qu'Iris portait le nom comme on porte une arme sans savoir s'en servir.Vitale. Elle l'avait lu à l'encre pâle sur un relevé bancaire, sous un nom de société écran qui n'existait nulle part ailleurs. Depuis, il ne la lâchait plus. Pas un mot. Une présence. Quelque chose qui s'était glissé sous sa peau et qui remontait chaque fois qu'elle fermait les yeux.Elle n'avait rien dit à Dante. Elle avait attendu.Pas longtemps. Juste assez pour comprendre que le manoir n'était pas un refuge, mais un poste de guet. Les gardes du portail changeaient de faction deux fois par jour maintenant, contre une seule auparavant. Les portes de l'aile est restaient fermées à clé la nuit, et le matin, on trouvait des mégots écrasés dans la cour de service, là où personne ne fumait avant. Madame Castillo fermait la porte de la cuisine dès qu'un certain prénom était prononcé devant elle. Un prénom que les domestiques connaissaient et qu'Iris n'avait pas encore entendu.Dante ne venait plus dîner.
Iris ne dormit pas cette nuit-là.Elle resta assise sur le lit, les genoux repliés, la couette ramenée sur ses épaules comme si elle pouvait empêcher le froid de la vérité de l'atteindre. Les mots tournaient dans sa tête : la dette n'existait pas. Un piège pour l'attirer au casino. Pour m'atteindre à travers elle. Elle les entendait encore, prononcés par la voix de cet inconnu, et elle voyait le profil de Dante, figé près de la cheminée, le verre à la main, les mâchoires serrées.À l'aube, elle se leva. Le corps raide, les yeux secs. Elle se passa de l'eau sur le visage, se regarda dans le miroir de la salle de bain. Son reflet avait quelque chose de changé. Une dureté nouvelle, à peine perceptible, au coin des lèvres et dans le pli du regard. La peur n'avait pas disparu. Mais elle était recouverte par autre chose. Un besoin de comprendre.Elle descendit au rez-de-chaussée avant que la maison ne s'éveille tout à fait. Les couloirs étaient vides, les cuisines encore silencieuses. Elle
Iris plaqua une main sur sa bouche pour ne pas faire de bruit. Son esprit refusait d'admettre ce qu'elle venait d'entendre. Les dettes, les lettres, les appels, la peur qui l'avait rongée pendant des semaines. Tout cela n'était qu'une mise en scène. Un décor planté pour la conduire, pas après pas, jusqu'à cette estrade.— Qui ? demanda Dante. Qui a orchestré ça ?— On ne sait pas encore. Mais une chose est sûre : ce n'était pas pour la vendre. Personne ne monte une opération pareille pour une simple vente aux enchères. C'était pour toi. Pour te la mettre dans les mains, ou pour te la prendre ensuite.— Pour m'atteindre à travers elle.— Pour faire de toi un homme qui a peur de perdre quelque chose.La voix de Dante changea. Elle devint plus dure, plus tranchante, comme une lame qu'on dégaine.— Ils ont réussi, dit-il lentement. Je ne laisserai personne la toucher.— Alors tu devras la garder près de toi. Plus près encore qu'avant.Iris n'entendit pas la suite. Elle se laissa glisser l







