登入J'ai lu le texte une première fois, trop vite, sans comprendre. Puis une deuxième. Une troisième. Une dixième.
"Je pense à toi. Désolé pour le silence. J'avais peur."
C'est tout. Quatre mots. Quatre mots qui pèsent des tonnes.
J'avais peur.
Il a peur. Lui, Léo Marceau, l'homme qui a tout, qui contrôle tout, qui n'a peur de rien – il a peur.
De moi ? De nous ? De ce qu'il
Il y a les jours de cinéma. On choisit un film au hasard, parfois mauvais, parfois génial. On se tient la main dans le noir de la salle, nos doigts entrelacés sur l'accoudoir. On partage un popcorn, nos mains se frôlant dans le seau. On commente à voix basse, au grand dam de nos voisins. Elle pleure aux films tristes, sans retenue, les larmes dévalant ses joues dans la pénombre. Moi aussi, mais je le cache mal. Elle essuie mes larmes avec son pouce, se moque gentiment.— Tu es un grand sensible, Léo Marceau.— Je ne pleure pas. J'ai une poussière dans l'œil.— Bien sûr. Une poussière qui revient à chaque scène triste.Il y a les jours de dispute. Des vraies disputes, pour des choses importantes ou pour rien. La vaisselle qui s'accumule dans l'évier et que personne ne lave. Un mot mal interprété, une phrase qui dépasse. Une jalousie qui resurgit, comme une vieille blessure qui ne guérit jamais vraiment. On se crie dessus, on claque des portes, on se réfugie chacun dans son coin. Moi da
LéoLe réveil sonne. Sept heures.Je l'éteins avant qu'il ne la réveille. Ma main trouve le bouton par habitude, dans le noir, sans même ouvrir les yeux. Elle dort encore, recroquevillée contre moi, ses cheveux blonds étalés sur l'oreiller comme une rivière d'or pâle. Sa respiration est régulière, paisible, ce souffle léger qui soulève à peine sa poitrine. Elle sourit dans son sommeil. À quoi rêve-t-elle ? À des livres, peut-être, elle qui passe sa vie entre leurs pages. À nous. À des lendemains qui chantent. À des choses simples et belles.Je reste un moment à la regarder, immobile, retenant presque mon souffle pour ne pas troubler cet instant. Je pourrais faire ça toute la journée. Rester là, allongé, à regarder ses paupières frémir, ses l&egra
Il se lève, docile, et l'accompagne jusqu'à la porte. Je les regarde partir. Lui, grand, voûté, marchant un pas derrière elle comme un valet derrière sa maîtresse. Elle, droite, raide, ne se retournant pas, ne lui accordant pas un regard.Je reste seule à table, au milieu des miettes et des verres vides, de la vaisselle sale qui porte encore les traces de ce repas sinistre. Les autres clients rient, parlent, profitent de leur soirée. Autour de moi, la vie continue. Mais moi, je suis figée dans cet instant, le cœur serré, la gorge nouée.Je respire enfin. Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais retenu mon souffle pendant tout le repas.Léo revient quelques minutes plus tard. Il a l'air épuisé, vidé, comme s'il sortait d'un combat. Il se laisse tomber sur sa chaise, se prend la tête entre les mains. Ses doigts s'enfoncen
Il s'arrête, respire. Sa main cherche la mienne à tâtons sur le carrelage froid. Je la prends. Ses doigts sont glacés. Je les serre fort.— Elle n'est pas revenue. Ni ce jour-là, ni le lendemain, ni jamais. Mon père m'a dit qu'elle était partie en voyage. Un long voyage. Il ne m'a pas dit qu'elle ne reviendrait pas. Il ne m'a pas dit qu'elle m'avait abandonné. Il m'a laissé attendre. Tous les soirs, je regardais par la fenêtre de ma chambre, je guettais une voiture, une silhouette. Tous les matins, je courais dans la cuisine, le cœur battant. Pendant des mois. Des mois, Lysandre.Sa voix se brise. Il serre ma main plus fort, à me faire mal.— Elle est revenue quand j'avais quinze ans. Un jour, elle était là, dans le salon, assise sur le canapé comme si de rien n'était. Elle portait une robe élégante, des bijoux, du p
Arrivée à notre table, elle s'arrête. Elle nous observe un instant, Léo et moi, comme on observe des insectes sous une loupe. Puis elle se tourne vers son fils.Léo se lève, maladroit. Il manque de renverser son verre d'eau, se rattrape de justesse, fait trembler la table. Ses mains tremblent. Lui, Léo Marceau, l'homme qui négocie des contrats à plusieurs millions, qui tient tête aux plus grands avocats de Paris, il tremble devant sa mère.— Mère. Bonsoir.— Léo.Elle ne l'embrasse pas. Elle tend une joue, comme une reine tend sa main à baiser. Il y dépose un baiser rapide, presque protocolaire, un effleurement qui dure moins d'une seconde. Puis elle se tourne vers moi.— Et vous devez être...— Lysandre, dis-je en me levant à mon tour. Ravie de vous rencontrer, Madame.Je tends la m
Moi, je reste éveillé un moment, à regarder le plafond, à écouter les bruits de la nuit parisienne. La sirène d'une ambulance au loin. Le rire d'un passant dans la rue. Le ronronnement du frigo dans la cuisine.Mathias a raison. Elle est la meilleure chose qui me soit arrivée. Et je suis en train de tout gâcher. Pas encore, pas complètement, mais je sens la jalousie qui monte, qui me ronge de l'intérieur. Je pense à Gabriel, à son sourire calme, à ses yeux qui la regardent trop longtemps. Je pense à toutes les façons dont je pourrais la perdre.Mais cette nuit, elle est dans mes bras. Elle m'aime. Elle reste.Et je ferai tout pour ne pas la perdre.Tout.---LysandreLe restaurant est chic. Trop chic.Dès que je pousse la porte, je sens que je ne suis pas à ma place. Les nappes sont d
Il reste figé un long moment. Puis il sourit, un sourire tremblant, incertain, magnifique.— Moi aussi, je t'aime, Lysandre. Je crois que je t'aime depuis le premier jour où tu m'as rembarré.— Je ne t'ai pas rembarré.&md
GabrielLe jour se lève, gris et laiteux. Il filtre à travers les stores à lamelles de ma chambre, dessinant des cicatrices de lumière sur le parquet et sur mon corps nu.Je n’ai pas dormi.La nuit a été un long combat contre les draps, contre le silence, contre l’image de son poignet offert, veiné
LysandreLa porte de mon appartement se referme dans un claquement sourd. Le silence qui s’ensuit est total, absolu. Il résonne dans mes oreilles, dans mes os. Je m’adosse au bois froid, les paumes à plat, et je glisse lentement vers le sol, comme si tous mes muscles lâchaient à la fois.Mon poigne
GabrielLa pluie a cessé. Elle a laissé la ville luisante, reflétant les lampadaires dans des flaques qui sont autant de lunes brisées. Je marche. Mes pas n’ont pas de destination, juste un besoin de mouvement, de faire circuler ce tourbillon à l’intérieur de ma poitrine.Le baiser sur sa main brûl







