MasukLéo
On est restés longtemps sur le canapé, après les courses.
On a cuisiné ensemble. Elle m'a montré comment couper les oignons sans pleurer – échec total, j'ai pleuré comme une madeleine, elle a ri aux éclats. On a fait trop de pâtes, renversé de la sauce sur la table, oublié le pain dans le four. Un désastre. Le meilleur repas de ma vie.
Maintenant, il fait nuit
Les mots sortent tout seuls. Je ne les ai pas choisis. Ils sont venus, naturellement, comme une évidence.Elle lève la tête vers moi, surprise.— Toute la vie ?— Si tu veux bien.— Tu es sûr ? Tu ne vas pas repartir dans trois jours parce que t'as peur ?— Je vais avoir peur. Tous les jours. Mais je vais rester. Je te le promets.— Tu mens peut-être.— Non. Pour la première fois de ma vie, je sais que je ne mens pas.Elle m'embrasse encore. Ce baiser est différent. Il y a plus d'urgence, plus de désir. Ses doigts se glissent dans mes cheveux, tirent doucement. Ma main trouve sa nuque, l'attire plus près.— Je t'aime, Léo Marceau.— Je t'aime, Lysandre.On se lève, main dans la main, et on va vers la chambre.La nuit ne fait que commencer.Lysand
LéoOn est restés longtemps sur le canapé, après les courses.On a cuisiné ensemble. Elle m'a montré comment couper les oignons sans pleurer – échec total, j'ai pleuré comme une madeleine, elle a ri aux éclats. On a fait trop de pâtes, renversé de la sauce sur la table, oublié le pain dans le four. Un désastre. Le meilleur repas de ma vie.Maintenant, il fait nuit. Une bougie brûle sur la table basse, la lumière dansante éclaire son visage. Elle est belle. Elle est là. Et je ne veux plus jamais la perdre.On a parlé pendant des heures. De tout, de rien. De nos enfances, de nos peurs, de nos rêves. Elle m'a raconté son père, mort quand elle avait vingt ans, et comment elle avait repris la librairie pour lui rendre hommage. Je lui ai parlé de mon père, de sa mort il y a cinq ans, et
Sa voix se serre. Je vois ses doigts s'entrelacer, se crisper.— Alors j'ai construit des murs. Des murs énormes, infranchissables. Et à l'intérieur, j'ai mis tout ce que je ne voulais pas montrer. La peur, la tendresse, l'envie d'être aimé. J'ai enterré tout ça si profond que j'ai fini par oublier que ça existait.— Et moi, je suis arrivée.— Et toi, tu es arrivée. Et tu as tout fait ressortir. Sans le faire exprès. Juste en étant toi.Il lève les yeux vers moi, et je vois l'immensité de sa détresse.— Les femmes, avant toi, c'était une manière de me prouver que je contrôlais. Que je pouvais prendre, et puis jeter. Que personne ne pouvait m'atteindre. Mais toi, Lysandre, tu as traversé mes murs comme si de rien n'était. Et ça m'a terrifié.— Pourqu
Sa voix se brise sur les derniers mots. Il détourne le regard, comme s'il avait honte.— Pourquoi tu es parti ? je demande, la voix plus calme que je ne le pensais possible.— Parce que j'ai eu peur.— Peur de quoi ?— De tout. De toi. De moi. De ce qu'on était en train de devenir.— C'est trop vague, Léo.Il inspire profondément, ferme les yeux, les rouvre.— J'ai eu peur parce que c'était trop bien. Parce que chaque matin à côté de toi, chaque nuit dans tes bras, chaque baiser, chaque rire... c'était trop parfait. Et dans ma tête, quand c'est trop parfait, c'est que ça va s'écrouler. C'est une question de temps. Alors je me suis dit que je préférais partir avant. Avant que toi tu partes. Avant que tu te rendes compte que je ne suis pas à la hauteur.— Tu es parti parce
J'ai lu le texte une première fois, trop vite, sans comprendre. Puis une deuxième. Une troisième. Une dixième."Je pense à toi. Désolé pour le silence. J'avais peur."C'est tout. Quatre mots. Quatre mots qui pèsent des tonnes.J'avais peur.Il a peur. Lui, Léo Marceau, l'homme qui a tout, qui contrôle tout, qui n'a peur de rien – il a peur.De moi ? De nous ? De ce qu'il ressent ?Je relis encore une fois. Mon pouce tremble sur l'écran. Et quelque chose se passe dans ma poitrine. Une colère qui monte, chaude, violente. Trois jours de silence, de doute, de larmes, et tout ce qu'il trouve à dire, c'est "j'avais peur" ?Mais en même temps, une tendresse immense. Une envie de le secouer, de le prendre dans mes bras, de le frapper, de l'embrasser, de lui dire que c'est idiot, que tout ça est tellement idiot, mais que j
Je m'effondre.Mon dos glisse contre le mur, je m'assois par terre, la tête entre les mains. Et je pleure. Devant Mathias, moi qui ne pleure jamais devant personne, je pleure comme un gamin. Des sanglots qui secouent tout mon corps, qui me déchirent la poitrine. Je pleure ma mère partie, mon père mort, toutes les femmes que j'ai blessées, tous les murs que j'ai construits. Je pleure parce que je l'aime, et que l'aimer me fait plus mal que tout.— Je l'aime, je murmure. Je l'aime et ça me détruit.Mathias s'assoit à côté de moi, pose une main sur mon épaule. Sa main est lourde, chaude. Elle pèse ce que pèse quinze ans d'amitié.— Je sais, mon vieux. Je sais. Mais l'amour, ça ne se maîtrise pas. Ça ne se calcule pas. Ça arrive, et tu prends, ou ça passe, et tu regrettes. Qu'est-ce que tu veux faire ?— Je veux être avec elle. Mais j'ai peur de la détruire.— Tu ne peux pas la protéger de toi en fuyant. Tu ne fais que la blesser a
LéoJe suis chez Mathias.Pas pour boire une bière, pas pour regarder un match. Pour me cacher. Encore.Ça fait trois jours que je n'ai pas contacté Lysandre. Trois jours que je suis retourné dans mon appartement vide, à ruminer ma peur, ma lâcheté, ma honte. Trois jours que je laisse pourrir la si
Elle se jette dans mes bras, et je la rattrape, je la serre, je respire son odeur. C'est comme revenir à la vie après des jours d'apnée.— Tu m'as manqué, je murmure dans ses cheveux.— Toi aussi. Tellement.On reste l&agr
Il reste figé un long moment. Puis il sourit, un sourire tremblant, incertain, magnifique.— Moi aussi, je t'aime, Lysandre. Je crois que je t'aime depuis le premier jour où tu m'as rembarré.— Je ne t'ai pas rembarré.&md
LysandreJe lui envoie un message : "Bonne journée ?"Il répond une heure plus tard : "Désolé, journée de ouf. Je t'appelle ce soir."Ce soir. Il a dit ce soir.Je rentre chez moi, prépare à m







