LOGINPaul, son mari, arrive juste derrière elle. Il est plus calme, plus discret, une présence rassurante dans l'ombre de Sarah. Il me serre dans ses bras avec une tendresse maladroite et murmure un "ça fait plaisir, Lysandre, vraiment" qui me va droit au cœur.
Camille et Antoine arrivent ensemble, comme toujours. Ils sont inséparables depuis le collège, se chamaillent comme frère et sœur, mais s'aiment d'un amour ind&eacut
Il s'arrête, respire. Sa main cherche la mienne à tâtons sur le carrelage froid. Je la prends. Ses doigts sont glacés. Je les serre fort.— Elle n'est pas revenue. Ni ce jour-là, ni le lendemain, ni jamais. Mon père m'a dit qu'elle était partie en voyage. Un long voyage. Il ne m'a pas dit qu'elle ne reviendrait pas. Il ne m'a pas dit qu'elle m'avait abandonné. Il m'a laissé attendre. Tous les soirs, je regardais par la fenêtre de ma chambre, je guettais une voiture, une silhouette. Tous les matins, je courais dans la cuisine, le cœur battant. Pendant des mois. Des mois, Lysandre.Sa voix se brise. Il serre ma main plus fort, à me faire mal.— Elle est revenue quand j'avais quinze ans. Un jour, elle était là, dans le salon, assise sur le canapé comme si de rien n'était. Elle portait une robe élégante, des bijoux, du p
Arrivée à notre table, elle s'arrête. Elle nous observe un instant, Léo et moi, comme on observe des insectes sous une loupe. Puis elle se tourne vers son fils.Léo se lève, maladroit. Il manque de renverser son verre d'eau, se rattrape de justesse, fait trembler la table. Ses mains tremblent. Lui, Léo Marceau, l'homme qui négocie des contrats à plusieurs millions, qui tient tête aux plus grands avocats de Paris, il tremble devant sa mère.— Mère. Bonsoir.— Léo.Elle ne l'embrasse pas. Elle tend une joue, comme une reine tend sa main à baiser. Il y dépose un baiser rapide, presque protocolaire, un effleurement qui dure moins d'une seconde. Puis elle se tourne vers moi.— Et vous devez être...— Lysandre, dis-je en me levant à mon tour. Ravie de vous rencontrer, Madame.Je tends la m
Moi, je reste éveillé un moment, à regarder le plafond, à écouter les bruits de la nuit parisienne. La sirène d'une ambulance au loin. Le rire d'un passant dans la rue. Le ronronnement du frigo dans la cuisine.Mathias a raison. Elle est la meilleure chose qui me soit arrivée. Et je suis en train de tout gâcher. Pas encore, pas complètement, mais je sens la jalousie qui monte, qui me ronge de l'intérieur. Je pense à Gabriel, à son sourire calme, à ses yeux qui la regardent trop longtemps. Je pense à toutes les façons dont je pourrais la perdre.Mais cette nuit, elle est dans mes bras. Elle m'aime. Elle reste.Et je ferai tout pour ne pas la perdre.Tout.---LysandreLe restaurant est chic. Trop chic.Dès que je pousse la porte, je sens que je ne suis pas à ma place. Les nappes sont d
Le dîner est simple, joyeux, bruyant. Exactement comme je l'espérais. Mathias parle fort, rit plus fort encore, raconte des anecdotes sur notre adolescence que j'aurais préféré oublier. Il raconte comment je me suis fait arrêter une fois pour avoir escaladé la grille du lycée en pleine nuit, pour récupérer un livre que j'avais oublié dans ma case. Comment j'ai pleuré devant un film d'amour, en cachette, croyant que personne ne me voyait. Comment j'ai appris à danser, ou plutôt essayé, pour impressionner une fille qui finalement est sortie avec mon meilleur ami de l'époque.— Arrête, je dis. Tu vas lui faire peur.— Au contraire, répond Lysandre. J'adore. Raconte encore. Raconte-moi tout.Mathias raconte encore. Il raconte tout. Mes conquêtes, mes échecs, mes nuits blanches, mes lendemains difficiles. Il raconte l'homme que j'étais avant elle. Pas pour me nuire, non. Je le connais assez pour savoir qu'il ne ferait jamais ça. Il raconte pour lui mont
LéoMathias m'a tanné pendant des jours.Des jours entiers à recevoir ses messages, ses appels, ses vocaux interminables que j'écoutais en accéléré. "Je veux la rencontrer, Léo. Je veux voir cette femme qui t'a transformé en guimauve." "Tu ne peux pas me la cacher éternellement." "Je suis ton meilleur ami, bordel. J'ai le droit."— Je veux la rencontrer, m'a-t-il dit pour la énième fois, un mercredi soir, alors qu'on buvait une bière dans son salon après le boulot.— Tu la verras bien assez tôt.— Non. Je veux la rencontrer vraiment. Pas la croiser dans un couloir. Pas un dîner rapide où on parle de la pluie et du beau temps. Une vraie soirée. Toi, elle, moi. Du vin, de la bouffe, des heures à refaire le monde.— Pourquoi c'est si important ?Il a posé sa bi&egr
Je ne réponds pas. Parce qu'elle a raison. Et parce que je ne veux pas qu'elle ait raison. Cet homme-là, ce n'est pas le mien. C'est une version publique, une façade qu'il présente au monde pour ne pas montrer ses failles. Et ça me fait mal de le voir comme ça, de le voir se cacher derrière ce masque de séducteur alors qu'avec moi, il a enfin appris à l'enlever.Le dîner se termine tard. Trop tard. Mes amis partent les uns après les autres, avec des sourires polis et des "on remettra ça" qui sonnent creux. Paul me serre dans ses bras en murmurant "il a l'air bien, vraiment", mais sa voix manque de conviction. Camille m'embrasse et me glisse à l'oreille "si tu es heureuse, c'est tout ce qui compte", ce qui est sa façon à elle de dire qu'elle n'est pas convaincue. Antoine me fait un clin d'œil triste et disparaît dans l'escalier sans un mot.Sarah est la de
LysandreIl me plaque contre la porte, le dos contre le bois. Son corps est un rempart de chaleur et de tension contre tout le mien. Il enterre son visage dans mon cou, respire profondément, et le son qu’il fait est celui d’un homme qui boit après des jours dans le désert.— Tu sens comme la fin du
LysandreTrois jours.Soixante-douze heures de silence.Ce n’était pas un jeu. C’était une nécessité. Une chambre de décompression pour que nos âmes, mises à nu, cessent de saigner dans le vide. Mais la pression a monté, seconde après seconde, jusqu’à devenir insoutenable.Ce n’est pas un message q
GabrielLe jour se lève, gris et laiteux. Il filtre à travers les stores à lamelles de ma chambre, dessinant des cicatrices de lumière sur le parquet et sur mon corps nu.Je n’ai pas dormi.La nuit a été un long combat contre les draps, contre le silence, contre l’image de son poignet offert, veiné
LysandreLa porte de mon appartement se referme dans un claquement sourd. Le silence qui s’ensuit est total, absolu. Il résonne dans mes oreilles, dans mes os. Je m’adosse au bois froid, les paumes à plat, et je glisse lentement vers le sol, comme si tous mes muscles lâchaient à la fois.Mon poigne







