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Chapitre 104 — La décision commune

Auteur: Dledition
last update Date de publication: 2026-10-25 19:02:18

Isadora

Je le trouve dans la bibliothèque.

La bibliothèque morte. Il est là, debout au milieu des cendres, et il fait ce qu'il fait depuis l'incendie : il trie. Lentement, patiemment, il trie ce qui peut l'être, un fragment par-ci, un registre sauvé par-là, les mains noires de suie froide, et la scène a quelque chose d'insoutenable, cet homme qui ramasse les miettes de vingt ans de travail comme un paysan après la grêle.

Il m'entend. Il se fige. Il ne se retourne pas tout de suite, comme s'il a
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  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 109 — Le messager mort

    IsadoraIl faut de l'aide. C'est une évidence que nous nommons tous les deux en même temps, debout dans la chambre nue de Corbin, le plan entre nous comme une sentence.— Combien de gens de main au château ? dis-je.— Gaspard, qui n'a jamais tenu un fusil. Le vieux Martin, à la ferme, qui a soixante-dix ans. Deux femmes de jour qui redescendent au village le soir. Il fait le compte et le compte est court. Voilà l'armée de Clairval. Il a fallu cinq ans d'isolement pour que le duc aveugle soit crédible : je n'ai gardé personne, Isadora. Personne ne voulait servir une ruine, et j'ai laissé partir tout le monde, parce que moins il y avait de monde, moins il y avait de risques que mon masque saute. J'ai construit une forteresse vide.— Le village.— Le village ne monte jamais. On n'y monte pas sans y être appelé, tu sais cela mieux que personne. Il va à la fenêtre, il regarde la lande du côté de la ferme des Ajons. Mais Lanvrec, le bourg, a un garde champêtre et une dizaine d'hommes val

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 108 — Le plan annoté

    IsadoraC'est en vidant la chambre de Corbin, à la recherche de n'importe quoi, d'un mot, d'une adresse, d'une direction, que je la trouve.Sous le matelas. Un rouleau de papier épais, cousu dans la toile même, et mes doigts butent dessus par hasard, parce que je passe la main partout, méthodiquement, comme m'a appris à le faire l'homme qui fouillait cette chambre avant moi. Je défais la couture avec mon couteau de poche. Je déroule.Un plan du château.Pas un plan d'architecte : un plan fait main, tracé à l'encre avec un soin d'horloger, chaque couloir, chaque escalier, chaque porte. L'aile ouest, l'aile est, le corps central, les combles, les caves. Et tout est annoté. Partout, dans la marge, en petit, de cette écriture régulière que je connais trop :Meurtrière : vue sur la chambre de Mme.Passage nord : débouche derrière la tapisserie, s'ouvre de l'intérieur seulement.Souterrain : marée basse à 4 h et 16 h. Deux hommes peuvent passer.Escalier de service : craque à la troisième m

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 107 — Les passages secrets vidés

    IsadoraNous le découvrons dans l'après-midi, parce qu'Amaury, la rage rentrée, fait ce qu'il fait toujours : il travaille. Si Corbin savait, dit-il, alors il faut vérifier ce que Corbin a vu, touché, transporté. Et nous descendons dans les passages.La première cachette est vide.C'est dans le couloir bas, sous la bibliothèque, derrière une pierre pivot que Corbin lui-même avait montrée à Amaury quand ils avaient décidé, tous les deux, d'y serrer les copies des lettres de T. Amaury appuie, la pierre pivote, et derrière il n'y a rien. Une cavité poussiéreuse, avec le rectangle propre que la liasse a laissé dans la poussière, comme un fantôme de fardeau.— Elles étaient là il y a trois jours, dit-il. Je les ai vérifiées après l'incendie. Trois jours.La deuxième cachette, derrière la cheminée de la chambre des prêtres : vide. La troisième, dans le souterrain de la falaise, une boîte de fer scellée à la cire où dormaient les relevés de prêts que le correspondant du comté avait fait parv

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 106 — La rage d'Amaury

    IsadoraAmaury ne dit rien. C'est le pire.Il prend la lettre, il la lit, et je regarde son visage se vider, littéralement se vider, comme si quelqu'un tirait un bouchon au fond de lui. Puis il repose les feuillets sur le lit de Corbin, très soigneusement, et il sort de la chambre, et je le suis, parce que ce silence-là me fait plus peur que tous les cris du monde.Il descend. Il traverse le hall. Il va jusqu'à son cabinet, il ouvre un tiroir, et il en sort un pistolet qu'il vérifie, qu'il charge, avec des gestes lents et parfaits.— Amaury.— Il est à pied. Sa voix est douce. C'est une douceur qui fait froid dans le dos. Il a trois heures d'avance, peut-être quatre. Par la lande, un homme de soixante ans, avec une malle : je le rejoins avant midi. Il n'a jamais été rapide, même jeune. Il boîtait déjà, le soir de la falaise, quand il a ramené le cheval. Je me souviens de ce boîtement, je l'ai noté, j'ai noté tout ce soir-là, et il m'a dit que le cheval l'avait désarçonné au retour, e

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 105 — La disparition de Corbin

    IsadoraC'est le silence des horloges qui nous avertit.Huit heures du matin, et rien. Pas de sonnerie qui remonte du hall, pas ce chapelet de coups que Corbin déroule chaque matin depuis vingt-deux ans, du rez-de-chaussée jusqu'aux combles, une cloche après l'autre, comme un chapelet. Le château sans ses horloges, c'est un corps sans pouls. Je m'habille en courant, je descends, et dans le hall je trouve Gaspard déjà là, planté au milieu des dalles, la tête levée vers la grande horloge, comme un chien devant une porte close.— Il n'est pas passé, Madame. Il passe toujours. Même malade, il passe. Une fois il a eu la fièvre, il s'est traîné, il a fait la ronde en chancelant, mais il l'a faite.Nous cherchons partout. Sa chambre, d'abord, sous les combles : le lit est fait, tiré au carré comme le lit d'un militaire, la brosse posée sur la table de toilette, les bottines alignées sous la chaise. Tout est là, sauf lui. Une malle manque. Pas les vêtements de cérémonie, la livrée est pendue

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 104 — La décision commune

    IsadoraJe le trouve dans la bibliothèque.La bibliothèque morte. Il est là, debout au milieu des cendres, et il fait ce qu'il fait depuis l'incendie : il trie. Lentement, patiemment, il trie ce qui peut l'être, un fragment par-ci, un registre sauvé par-là, les mains noires de suie froide, et la scène a quelque chose d'insoutenable, cet homme qui ramasse les miettes de vingt ans de travail comme un paysan après la grêle.Il m'entend. Il se fige. Il ne se retourne pas tout de suite, comme s'il avait peur que le mouvement suffise à me faire disparaître.— Isadora.— Un berger est venu. De la ferme des Ajons.Il se retourne alors, et je vois son visage, et il est sans bandeau. Il n'a plus remis le bandeau. Il vit nu, désormais, dans sa propre maison, et ses yeux gris se posent sur moi avec cette nudité qui ne finira jamais de me déstabiliser.Je rapporte tout. Les huit jours de rôde, les bêtes qui se rangent, l'homme qui regarde le château des heures, la cicatrice, le sourire, la mère qu

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