LOGIN**** Myla ****Je ne suis plus tout à fait sûre de savoir avec exactitude où commence mon corps, ni même où s'arrêtent les frontières physiques de ma propre chair. Les limites de ma peau semblent s'être diluées, évaporées dans l'atmosphère saturée d'électricité statique de la pièce. Il y a un calme étrange, presque suspect, qui s'est installé à travers les galeries et les voûtes du Bastion. Ce n’est pas un vrai calme, pas cette paix profonde et rassurante qui succède naturellement à la tempête ; c’est un calme imposé par la force, une stase artificielle, une camisole de force mathématique. C’est comme si une puissance invisible retenait de justesse le monde matériel de recommencer à trembler et de s'effondrer dans le néant des probabilités. Et ce quelque chose, ce pilier invisible qui maintient l'édifice suspendu au-dessus de l'abîme, c’est moi.Je suis debout. Du moins, je crois l'être. Mon cerveau tente de s'accrocher à cette perception verticale, mais l'illusion est trop fragile. E
**** Eliza ****Myla lève lentement les yeux vers nous. Le spectacle me brise le cœur : ses pupilles ne sont plus que deux fentes d'un blanc nival, agitées d'un frémissement erratique, saturées par un afflux de données lumineuses qui menacent de brûler ses rétines.— Je les sens, je les perçois tous en même temps, Eliza, parvient-elle à articuler, sa voix brisée doublée d'un écho métallique lointain.Chaque syllabe semble lui arracher un lambeau d'âme. Elle serre les dents à s'en faire saigner les gencives, luttant contre l'évanouissement.— Tous les mondes, toutes les époques avortées, ça fait trop. C'est beaucoup trop lourd pour un seul esprit.Et à cet instant précis, la réalisation me frappe en plein cœur avec la froideur d'une lame de glace. Ce que Myla endure en cette seconde, ce n’est pas un pouvoir magique suprême. Ce n'est pas une bénédiction ou une apothéose ésotérique. C’est une charge. Une punition monumentale, une tâche d'ingénierie cosmique impersonnelle qui utilise son
**** Myla ****Je tombe à genoux, lourde, épuisée par la violence du vertige cosmique. Mais le sol sur lequel mes paumes viennent s’appuyer n’offre aucune stabilité matérielle. Il change de consistance, de nature et d'époque sous mes mains à chaque battement de mon cœur affolé. Pierre de taille rugueuse. Air gélatineux et froid. Lumière géométrique et bleutée. Vide abstrait et insondable. La matière se dérobe et se reforme en boucle. Et soudain, au plus profond de mes structures spirituelles, quelque chose répond à ce chaos ambiant. La marque ésotérique gravée dans mon corps, ce stigmate indélébile que les concepteurs du système ont laissé en moi comme une brûlure au fer rouge, se réveille. Cette marque que j’ai tant détestée, que j'ai maudite chaque jour de mon existence en la considérant comme le symbole de ma malédiction et de ma perte, se met à pulser d'une énergie radicalement différente. Elle ne me consume plus. Elle ne me détruit pas. C’est comme si, après des siècles de léthar
**** Eliza ****— La Clef. La Clef Rouge dans le sang d'Eliza. Elle seule peut fixer le point d'ancrage.Je recule instinctivement d'un pas chancelant, les mains levées pour me protéger de ma propre puissance.— Non, je ne sais pas comment faire, je refuse de porter ça !Mais la réalité n’a que faire de mes protestations de mortelle ; elle répond et s'exécute bien avant que mes mots ne s’achèvent. Le sol sous nos pieds se fissure, non pas en morceaux de pierre, mais en plusieurs strates temporelles visibles et distinctes, s'empilant comme les pages d'un livre ouvert sur l'infini. Nous tenons en équilibre instable sur un échafaudage de mondes. Un Bastion ancien, brut, taillé à même la roche mère par les premiers bâtisseurs. Un Bastion futur, d’un minimalisme géométrique effrayant, lisse comme du verre noir. Un Bastion inconnu, aux angles impossibles, répondant à des lois physiques totalement étrangères à notre univers.Toutes ces époques sont empilées, superposées, vacillantes. Kael s
**** Eliza ****Soudain, un choc invisible, une onde de pression cinétique et silencieuse traverse l’air, nous frappant en plein sternum. Le couloir se dédouble sous nos yeux dans une diffraction lumineuse aberrante. Et là, à deux mètres de nous, une seconde version de Kael se matérialise instantanément. Les deux silhouettes coexistent dans le même espace déformé. Le Kael que je connais, notre Kael, se tourne vers moi, le regard affolé. L’autre Kael, son double issu de la faille, reste parfaitement immobile, le regard fixé sur un point invisible dans le vide, les bras ballants. Notre Kael recule d'un pas précipité, pointant son arme vers sa propre réplique.— Ce n’est pas moi, ce truc n'est pas mon reflet ! s'exclame-t-il, la voix altérée par un vertige existentiel.L’autre Kael fait alors pivoter lentement sa tête sur le côté. Le mouvement est d'une fluidité mécanique, inhumaine. Lorsqu'il s'exprime, sa voix est radicalement différente de celle de notre compagnon ; elle est dépourvue
**** Eliza ****La toute première fissure à s’ouvrir dans la trame de notre réalité ne se manifeste par aucun fracas, aucun grondement tellurique, aucun craquement sinistre. Elle s’annonce par une absence. Une absence de repères, un vide conceptuel, un silence si lourd qu’il semble aspirer le moindre son ambiant.Je marche d’un pas mesuré dans le grand couloir transversal du Bastion, mes bottes résonnant faiblement contre les dalles de granit. Kael marche juste derrière moi, sa présence massive et rassurante collée à mes talons, tandis que Damian et Myla ferment la marche, quelques pas plus loin. Isen, fidèle à son habitude, ouvre la voie, sa silhouette fine se découpant dans la lueur vacillante des torches. En apparence, tout est normal. Trop normal. C’est cette régularité artificielle qui, soudain, me fait l’effet d’un signal d'alarme. Un pressentiment viscéral me traverse, et je m’arrête net au milieu de la galerie.Il y a une porte sur notre droite. Une lourde porte de chêne clout
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle court. La pièce était plongée dans une pénombre lourde, seulement troublée par la lumière tremblotante de quelques bougies. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, comme s’il cherchait à s’arracher de ma cage thoracique. Il me fallut quelques
(Eliza)La pluie battait violemment contre les vitres teintées de la voiture, masquant le silence oppressant qui régnait à l’intérieur de l’habitacle. Mes poignets me faisaient mal, serrés trop fermement par les menottes de cuir qui les retenaient l’un à l’autre. L’odeur du cuir mêlée à celle du mé
(Eliza)Les jours qui suivirent furent un tourbillon d’émotions contradictoires, de tension et de confusion. Chaque instant passé avec Damian me plongeait plus profondément dans un abîme dont je ne savais pas si je voulais vraiment sortir. La guerre entre nos familles semblait inévitable, et pourta
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant si fort dans ma poitrine que j’avais l’impression qu’il allait exploser. L'obscurité de la pièce était oppressante, brisée seulement par la faible lumière tremblante d'une lampe posée sur la table près du lit. La sueur perlait su







