MasukIl l'aime encore. Trois mots. Trois simples mots qui ont réduit en poussière les cinq années de mariage que je croyais solides. Zane n'a même pas eu la décence de détourner le regard en me les disant. Pendant vingt ans, j'ai toujours été la troisième roue du carrosse. L'ombre fidèle éclipsée par l'éclat de Jovienne. J'avais enfoui mes sentiments pour Zane si profondément que j'avais fini par croire qu'ils avaient disparu. Ce n'est qu'après le départ de Jovi à l'étranger, lorsqu'elle lui a brisé le cœur, que j'ai enfin trouvé le courage de lui avouer mon amour. Nous avons construit une vie. Un foyer. Un mariage. J'étais persuadée d'avoir enfin obtenu la fin heureuse dont j'avais toujours rêvé. Mais le retour de Jovienne a fait voler cette illusion en éclats. L'homme que j'aimais plus que tout ne m'avait jamais choisie. Je n'étais qu'un second choix. Alors que mon univers s'effondre, la dernière personne dont j'attends du réconfort est le mari de Jovienne. Vance. Un homme aussi froid que puissant, aussi élégant qu'inaccessible. Lui aussi a vu la trahison dans les yeux de sa femme. Et il a reconnu la même douleur dans les miens. En s'approchant de moi, il murmure d'une voix dangereusement calme : « Ils vivent encore dans le passé... Alors, et si nous devenions leur vengeance ? Qu'en dis-tu, Nerissa ? » Je devrais refuser. Je devrais fuir. Ce jeu pourrait détruire ce qu'il reste de nos vies. Pourtant, lorsque je plonge mon regard dans le sien et que j'y retrouve la même humiliation, la même souffrance, un seul mot refuse de franchir mes lèvres. Ce n'est pas non. C'est une question. Je murmure, la voix plus assurée que mon cœur : « Qu'as-tu exactement en tête ? »
Lihat lebih banyakMon cinquième anniversaire de mariage fut le jour où j'ai découvert que mon mari n'avait jamais cessé de l'aimer.
Mais j'aurais dû le comprendre bien plus tôt.
La première fois que je l'ai entendu murmurer son prénom, j'étais dans la cuisine avec un verre d'eau à la main. C'était durant le premier mois de notre mariage. Il se trouvait dans notre chambre, en train de préparer nos valises pour notre lune de miel, lorsque j'ai perçu ce léger tremblement dans sa voix.
La façon douce, désespérée dont il avait soufflé :
« Jovi... »
Mon estomac s'était noué instantanément.
Parce que je connaissais déjà cette intonation.
Je l'avais entendue lorsque nous avions dix-sept ans.
À l'époque où elle était encore à lui.
Je suis restée immobile pendant de longues minutes, essayant de me convaincre que j'avais mal entendu. Que j'étais paranoïaque.
Depuis ce jour-là, je n'ai cessé de me répéter qu'une fois mariés, il finirait par tourner la page. Qu'avec le temps, il ne regarderait plus que moi.
Je ne l'ai plus jamais entendu prononcer son prénom devant moi.
Alors je me suis persuadée qu'il guérissait.
Mais ce n'était pas le cas.
Lorsqu'il pensait être seul, ou lorsque son regard se perdait loin du mien, je surprenais encore cette tristesse dans ses yeux.
La tristesse d'un homme qui avait perdu tout son univers... et continuait pourtant d'avancer comme si tout allait bien.
Je croyais que mon amour finirait par réparer ce qui s'était brisé en lui.
Alors je me suis appliquée à devenir l'épouse parfaite.
Celle qui comprenait chacun de ses besoins.
Celle auprès de qui il pouvait toujours revenir.
Son foyer.
J'étais la femme qui attendait patiemment qu'il fasse le deuil d'une autre.
La femme qu'il avait épousée...
sans jamais réellement aimer.
Je ne savais pas cuisiner, pourtant j'ai appris à préparer les plats préférés de Jovi... parce qu'ils étaient aussi les siens.
Sans même m'en rendre compte, ma garde-robe s'est peu à peu remplie des mêmes couleurs pastel qu'elle portait autrefois.
Même lorsqu'elle avait disparu de sa vie...
Moi, j'étais toujours là.
Toujours à ses côtés.
Jovi et Zane étaient ensemble depuis le lycée.
Ils formaient le couple dont tout le monde rêvait.
Et moi...
J'étais la meilleure amie.
Celle qui l'aimait en silence, dans l'ombre, en les regardant être heureux.
Mais leur bonheur n'a pas duré.
Il y a sept ans, Jovi a épousé un milliardaire de la famille Blackwood.
C'est ce jour-là que j'ai rencontré son mari.
L'homme pour lequel elle avait abandonné Zane.
Vance Blackwood.
L'héritier de l'empire Blackwood.
La bouteille de champagne était encore froide entre mes mains.
Je l'avais achetée plusieurs semaines plus tôt.
Je l'avais cachée au fond du réfrigérateur, en imaginant déjà son sourire lorsque je la sortirais.
Cinq ans, Zane...
Tu te rends compte ?
Au lieu de cela, j'ai poussé la porte de notre maison et j'ai appelé :
— Zane ? Je suis rentrée plus tôt.
Le silence.
Puis un bruit étouffé.
Un soupir.
Ou peut-être un rire retenu.
La bouteille a glissé de mes doigts.
Je l'ai rattrapée avant qu'elle ne se brise.
Mais mon cœur, lui, venait déjà d'éclater.
Je connaissais ce silence.
Je connaissais ce son.
Je l'avais déjà entendu au lycée, lorsque j'étais entrée dans le garage et les avais découverts enlacés à l'arrière de sa voiture.
Je me suis dirigée vers la porte de notre chambre.
Mes genoux tremblaient.
La porte était entrouverte.
À peine.
Mais suffisamment.
J'ai d'abord vu son dos.
La courbe familière de ses épaules.
La petite tache de naissance sur son omoplate gauche.
Celle que j'embrassais lorsqu'il s'endormait.
Celle que je suivais du bout des doigts dans l'obscurité.
À présent, elle bougeait.
Selon un rythme que je connaissais.
Parce que je croyais qu'il m'appartenait.
Puis je l'ai vue.
Ses jambes enroulées autour de lui.
Ses ongles rouges crispés dans les draps que nous avions choisis ensemble.
Ses cheveux blonds étalés sur mon oreiller.
L'oreiller qui portait encore le parfum discret de la lessive à la lavande que j'achetais parce que Zane disait qu'elle l'aidait à dormir.
Mon cerveau refusait de comprendre ce que mes yeux voyaient.
Ce n'était pas ma chambre.
Ce n'était pas mon mari.
Ce n'étaient pas les draps que j'avais mis une heure à choisir parce qu'il aimait le coton doux.
C'était impossible.
Et pourtant...
C'était bien réel.
Elle ouvrit les yeux, comme si elle avait senti ma présence.
Et je le vis immédiatement.
L'instant précis où elle comprit qu'elle avait été prise sur le fait.
Puis, juste derrière cette réalisation...
La peur.
La panique.
Ma main se crispa contre ma cuisse.
Mes doigts effleurèrent mon alliance.
— Merde !
Elle se précipita pour attraper le drap, les mains tremblantes.
Sa voix monta dans les aigus.
— Nerissa...
Zane se retourna brusquement.
Son visage était couvert de sueur.
Ses cheveux collaient à son front.
Ses joues étaient encore rougies par la chaleur de son corps contre le sien.
Lorsqu'il me vit, je regardai toute couleur quitter son visage.
C'était exactement la même expression qu'il avait eue sept ans plus tôt.
Le jour où Jovi lui avait annoncé qu'elle épousait Vance Blackwood.
Le jour où je l'avais serré contre moi pendant qu'il s'effondrait.
Pendant qu'il pleurait la femme qui quittait sa vie.
C'est à cet instant que j'aurais dû hurler.
J'avais envie de leur arracher le visage.
De leur faire ressentir ne serait-ce qu'une infime partie de ce que j'éprouvais.
Mais je n'en ai pas été capable.
Mon corps refusait de bouger.
Mes doigts se refermèrent si fort sur la bouteille de champagne que mes jointures me brûlèrent.
Encore une seconde.
Si je restais une seconde de plus...
je m'effondrerais...
ou je les tuerais tous les deux.
Alors mes jambes décidèrent à ma place.
Un pas.
Puis un autre.
Je suis partie.
Parce que partir était la seule chose qui m'empêchait de voler complètement en éclats.
— Nerissa, attends !
— Ce n'est pas ce que tu crois !
— S'il te plaît, laisse-moi t'expliquer !
Pendant une fraction de seconde, j'ai pensé faire demi-tour.
Hurler.
Lancer quelque chose.
Leur infliger une infime partie de ma douleur.
Mais tous les mots moururent entre ma poitrine et ma gorge.
Si je restais...
Ils trouveraient des explications.
Ils s'excuseraient.
Ils mentiraient.
Et le plus terrifiant...
C'était que j'avais peur d'être assez faible pour les croire.
Dans la cuisine, je vis une autre bouteille de champagne.
Celle qu'il avait ouverte le matin même.
Avant de recevoir son message.
Elle a des ennuis.
C'est notre meilleure amie.
Tu comprends, n'est-ce pas ?
Oui.
Je comprenais parfaitement.
J'ai dévissé le bouchon de ma bouteille et versé notre anniversaire de mariage dans l'évier.
J'ai regardé le champagne disparaître dans le siphon...
comme les cinq années d'espoir que j'avais gardées au fond de mon cœur.
En quelques secondes.
J'ai laissé tomber la bouteille dans l'évier.
Elle heurta le métal sans se briser.
Mes clés étaient suspendues au porte-clés.
Je les ai prises.
Mes mains tremblaient tellement que je les ai laissées tomber deux fois avant de réussir à les tenir.
Je me suis dirigée vers la porte d'entrée.
Je ne me suis pas retournée.
Je l'ai refermée doucement derrière moi.
Dès qu'elle s'est refermée, je n'ai plus réussi à retenir mes larmes.
Je me suis adossée contre la porte, les jambes flageolantes, cherchant désespérément mon souffle.
Mais lorsque j'ai entendu des pas à l'intérieur, je me suis forcée à m'éloigner.
Je me suis traînée jusqu'à ma voiture.
J'avais besoin d'un endroit où respirer.
D'un endroit loin des ruines de ma vie.
J'ai roulé pendant une heure.
Peut-être deux.
Les lampadaires défilaient dans un flou lumineux.
Puis les souvenirs sont revenus.
Nos vœux de mariage.
Sa voix qui s'était brisée lorsqu'il avait promis :
« Pour toujours. »
Son rire pendant notre lune de miel, lorsque j'avais trébuché sur le sable et qu'il m'avait rattrapée.
Notre premier anniversaire de mariage.
Il avait préparé un grand dîner.
Il avait brûlé le poulet.
Nous en avions ri avant de commander des plats à emporter.
Puis, cette nuit-là...
Dans l'obscurité...
Son souffle chaud contre mon cou.
Il avait murmuré :
— Merci d'avoir attendu pour moi. Je te promets que je te rendrai heureuse.
À présent...
Ces mots sonnaient comme un mensonge.
Chacun d'eux.
Avais-je jamais été autre chose...
que la femme qui était restée après le départ de celle qu'il aimait ?
J'allumai la radio.
Une chanson d'amour envahit l'habitacle.
Je changeai de station.
Une autre.
Toutes semblaient déterminées à me rappeler que quelque part, quelqu'un croyait encore que pour toujours signifiait réellement pour toujours.
Je laissai échapper un rire.
Puis je me remis à pleurer.
C'est alors qu'un autre souvenir me frappa.
Quelques heures plus tôt.
Mon nouveau patron, Vance Blackwood, récemment transféré de l'étranger, m'avait demandé d'un ton parfaitement neutre :
— Savez-vous où se trouve ma femme ? Elle ne répond pas à mes appels.
À ce moment-là, je lui avais simplement souri avec politesse.
Je lui avais répondu que je ne l'avais pas vue.
J'avais même éprouvé de la peine pour lui.
Un mari à la recherche de son épouse.
Maintenant...
Je me mis à rire.
Un rire brisé.
Il la cherchait.
Alors qu'elle se trouvait dans mon lit.
Avec mon mari.
Je me garai sur le bas-côté.
Mes mains tremblaient, mais ma voix resta parfaitement calme lorsque j'appelai le standard de mon entreprise.
C'est sa secrétaire, Lydia, qui décrocha.
— Lydia, ici Nerissa Sullivan, du département Recherche et Développement. J'ai les chiffres définitifs du projet Harrington pour la réunion du conseil de M. Blackwood. Le dossier est sécurisé. J'ai besoin de sa ligne directe pour le lui transmettre.
— Normalement, vous devez le déposer sur le serveur partagé, Madame Sullivan, répondit-elle avec hésitation.
— En suivant cette procédure, le dossier arrivera en retard, alors que M. Blackwood a précisé qu'il ne pouvait se permettre aucun délai. Souhaitez-vous en assumer la responsabilité ?
Je gardai un ton calme, professionnel.
Celui de quelqu'un qui connaissait parfaitement les règles.
Un silence.
Puis un léger clic.
Elle me donna le numéro.
Je le fixai sur l'écran de mon téléphone.
L'arme qui m'empêcherait d'être la seule à voir sa vie s'effondrer.
Mon doigt resta suspendu au-dessus du bouton Appeler.
Mais entendre sa voix...
Rendre tout cela réel...
J'en étais incapable.
Alors j'ouvris les messages.
Et j'écrivis simplement :
Monsieur Blackwood. Votre femme est chez moi, avec mon mari. Je pensais que vous devriez le savoir. — Sullivan
L'appartement était plongé dans l'obscurité.Zane était assis sur le canapé. Les papiers du divorce avaient disparu depuis longtemps. Signés. Déposés. Terminés.L'endroit où ils avaient autrefois vécu ensemble n'était plus qu'un assemblage de murs et de meubles. Plus aucune photo. Plus de petits mots accrochés au réfrigérateur. Plus le bruit de ses pas dans le couloir.Il n'avait rien mangé. Il n'avait pas dormi.Il était simplement resté assis là pendant des heures, le regard perdu dans le vide.Son téléphone vibra.Il ne regarda même pas l'écran. Il savait que c'était Jovi.Elle l'avait appelé sept fois depuis qu'il l'avait laissée dans le couloir de la demeure familiale. Il n'avait répondu à aucun appel.Et il ne répondrait pas.Il pensa à Nerissa.À la façon dont elle l'avait regardé dans le cabinet de l'avocat.Elle n'était ni en colère ni triste.Elle avait simplement... tourné la page.Il repensa à leur vie ensemble.Les matins dans la cuisine. Les longues soirées à regarder un
Le silence était lourd.Son père s’avança vers son bureau et s’assit. Ses mains reposaient sur le bois parfaitement poli.— Comment ? demanda-t-il. Quand ?Jovi ne répondit pas.Il regarda Zane.— Tu es le mari de sa meilleure amie.Zane resta silencieux.— Ou plutôt… l’ex-mari de son ex-meilleure amie, corrigea-t-il d’un ton sec et amer.Jovi se pencha en avant.— Père…— Alors tu as eu une liaison avec le mari de ta meilleure amie. Et maintenant, elle t’a pris ton mari ? C’est bien ce que tu es en train de me dire ?Le visage de Jovi se décomposa.— Je n’ai jamais aimé Vance. J’ai essayé. Pendant sept ans, j’ai essayé. Mais à ses yeux, j’étais invisible. Une simple statue. Tu ne peux pas me reprocher d’avoir cherché celui qui m’a fait sentir aimée pour la première fois.Elle tendit la main vers celle de Zane.Il ne la prit pas.Mais il ne se dégagea pas non plus.— Je veux divorcer, dit-elle. Zane m’épousera. Il prendra soin de moi et du bébé. Nous formerons une famille heureuse.So
Vance ne cessa pas de l’embrasser.Ses mains glissèrent de son visage à ses épaules, puis le long de ses bras jusqu’à sa taille. Il la souleva sans effort, et ses jambes s’enroulèrent autour de lui tandis qu’il la porta jusqu’à la table de la cuisine.Il la fit asseoir sur le bord.Le bois était froid sous sa peau. Elle s’en moquait.Il l’attira contre lui, une main soutenant sa nuque tandis que ses doigts se perdaient dans ses cheveux. Leur baiser s’approfondit. D’abord lent, presque hésitant, puis de plus en plus avide.Ses doigts se crispèrent sur le tissu de sa chemise et elle le rapprocha encore.Sa main descendit de sa mâchoire le long de son bras, puis jusqu’à son dos, la pressant contre lui. Elle glissa ensuite plus bas, jusqu’à sa cuisse. Sa peau était brûlante sous sa paume.Elle laissa échapper un souffle contre ses lèvres.Il ne s’arrêta pas.Et elle ne voulait pas qu’il s’arrête.Ses doigts suivirent le bord de son haut avant de se glisser sous le tissu. Sa respiration se
Les mots lui échappèrent avant qu’elle ait eu le temps de les retenir.Il se figea.Elle aussi.Le silence s’étira entre eux.— Tu veux que je reste ? demanda-t-il.Un léger sourire se dessina au coin de ses lèvres.Elle déglutit.— Eh bien… Tu as fait toute cette route jusqu’au domaine d’Ashworth et retour. Et il est tard. Ce serait dangereux de reprendre le volant alors que tu es épuisé.Il ne bougea pas.Il la regardait simplement.Puis, lentement, délibérément, il s’avança vers elle.Il s’arrêta juste devant elle.Beaucoup trop près.Assez près pour qu’elle sente la chaleur de son corps. Assez près pour distinguer les fines ridules au coin de ses yeux.Il souriait.— Tu peux me le répéter ? demanda-t-il doucement. Tu veux que je reste ? Pour cette nuit ?Elle retint son souffle.La question resta suspendue entre eux.C’était trop intime. Trop chargé de sens.Elle baissa les yeux.Puis, lentement, elle releva la tête.— Reste.Il ne bougea pas.Il la regarda simplement.Sa main se


















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