LOGINAu même moment, tout devient noir et lugubre, un brouillard épais m’entoure au point de ne plus distinguer mes pieds, aucune lumière ne peut filtrer à travers. J’ai envie de m’enfuir mais c’est inutile, je n’y vois rien et me sens attirée vers elle. Et même si j’appelais à l’aide, on ne m’entendrait pas d’ici. Alors j’abandonne cette lutte inutile et me laisse aller. Lorsque je suis assez proche d’elle, je tente de la toucher, ma main la traverse et elle disparaît aussitôt. Le brouillard se dissipe et j’entrevois à nouveau les lumières du parc. Je ne sais pas encore si je dois m’en réjouir mais Rémi est là, à quelques mètres de moi, adossé à un arbre, une bière à la main. Je suis tellement heureuse de voir un visage connu que je me jette à son cou sans réfléchir, encore toute tremblante. Sauf que Rémi, lui, le prend pour argent comptant et croit que j’ai changé d’avis.
Il pense sûrement que j’ai succombé à son charme et essaie de m’embrasser à nouveau.
— Ce n’est pas ce que tu crois ! dis-je en le repoussant.
— Bah tu te jettes sur moi, excuse-moi d’en profiter.
— Laisse-moi partir ou je crie !
— Tu crois qu’on va t’entendre d’ici ? Allez laisse-toi faire, personne n’en saura rien ! s’écrie-t-il en recommençant.
Il resserre son étreinte, en me plaquant contre le tronc d’un arbre et me bloque les bras au-dessus de la tête. Ensuite il écrase ses lèvres sur les miennes. J’essaie de l’en empêcher en me débattant, par chance, je réussis à libérer une main et je la lui colle en pleine figure. Cette fois-ci, je ne le rate pas. Il l’a bien méritée. Il recule, surpris.
— Pétasse ! crie-t-il, en se tenant la joue.
— Pardon ! Tu te fous de ma gueule là ? Tu devrais plutôt t’excuser !
— Et de quoi ? Tu m’as allumé ! Pourquoi tu me repousses comme ça ?
— Parce que tu te comportes comme un « con », et je ne suis pas d’accord c’est tout !
Sa respiration devient saccadée, des spasmes secouent son corps, il n’a plus aucun contrôle, et me fait carrément peur. Voilà qu’il entre dans une sorte de transe. Je me demande si c’est encore une mise en scène pour que je m'intéresse à lui mais non, il est fou ! Ne voyant aucune issu, je pars en courant sans regarder où je vais, me cogne dans Thomas qui me rattrape au vol voyant que j’allais perdre l’équilibre.
— Tout va bien ? Qu’est-ce que tu fabriques ici toute seule ?
— Rien, j’étais avec Rémi, mais…
— Pas que ça me dérange de te prendre dans mes bras, mais qu’est-ce qu’il a foutu ?
Thomas tombe bien, car justement je ne sais pas ce que Rémi avait. Il s’est enfui en courant en direction de la forêt. Il avait l’air effrayant.
— Ça lui prend souvent ? dis-je à Thomas.
— Pourquoi tu me demandes ça ?
— Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, il est devenu vraiment bizarre ! L’autre jour devant le lycée avec le père Dubois, ce soir avec moi ! ajouté-je encore essoufflée.
— Rémi n’est pas quelqu’un de mauvais, on se connaît depuis longtemps mais j’avoue, en ce moment il y a un truc qui cloche mais il ne veut pas en parler. La disparition de Mélisande n’a rien arrangé.
— Merci, si tu n’étais pas arrivé…
— N’exagérons rien, il ne t’aurait pas fait de mal, je t’assure !
— Il m’a quand même embrassée de force… du coup je l’ai giflé !
— Bien fait pour sa gueule, la prochaine fois, il aura au moins la décence de demander. Il a plutôt l’habitude que les filles lui tombent dans les bras, alors là… Il va te faire la tête quelques jours et puis il n’y pensera plus !
— Tu sais, ça m’arrangerait bien s’il pouvait me lâcher un peu !
— Ne sois pas trop dure avec lui, il a passé de sales moments. Il sortait avec Mélisande depuis plusieurs mois et ça collait bien entre eux alors quand Dubois a prétendu qu’il avait tué sa fille, les gendarmes l’ont suspecté, Rémi était fou de rage, il l’aimait tu comprends. M. Castel est aussi maire de la ville alors il n’est pas resté longtemps en garde à vue. Depuis, Émilien s’en prend à lui régulièrement.
— J’ai pu le constater l’autre soir. En même temps si Rémi s’est comporté avec sa fille comme avec moi je peux le comprendre.
— Non, il était vraiment amoureux d’elle ! Il me l’a dit et je le crois !
Thomas me raccompagne jusqu’à l’entrée du manoir mais sur le perron, Léo est assis et n’a pas l’air d’aller. Nous le suspectons d’avoir un peu trop bu mais non, il nous explique qu’il ne se sent pas très bien et qu’il préfère rentrer. Thomas propose de le ramener mais il refuse. C’est à ce même moment que Rémi fait son retour. Léo s’en va à mon grand regret.
Thomas m’explique que Rémi adore s'offrir en spectacle au moment d’ouvrir les cadeaux, il a bien fait de me prévenir. Nous entrons. À l’intérieur, l’ambiance est électrique, les filles frétillent d’impatience et attendent son show. J’apprends qu’il a l’habitude d’en choisir une chaque année pour en faire sa favorite, mais depuis Mélisande, il s’est tenu tranquille.
— Très juste. Et ce qu’il a dit de vous dans son article ne vous a pas servie. Apparemment, il vous en veut !— Pourriez-vous préciser le fond de votre pensée ?— L’auteur de ces quelques lignes laisse clairement supposer que vous êtes une sorcière, en tout cas c’est ce qu’il a écrit, et en écoutant les conversations, ce n’est pas le seul à le penser.— Non, je n’en suis pas une ! J’ai consulté des sites sur Internet et d’autres personnes en sont capables !— Peu importe qui vous êtes vraiment, je veux que les gens vous respectent et je vais faire le nécessaire.— Pourquoi feriez-vous cela ?— Je crois aux fantômes, à la sorcellerie, aux légendes et bien d’autres choses encore. Et vous êtes médium, je n’ai aucun doute là-dessus !— Sûrement ! Et ma mère est sorcière aussi temps qu’on y est… ! ajouté-je, d’un ton ironique.— Attendez Éléonore ! Nous parlons de quelque chose de sérieux là ! Vous ne devez pas avoir honte de ce que vous êtes même si ça peut vous paraître bizarre. Vous voy
L’information tombe quelques jours plus tard. Le médecin légiste a identifié le corps de Mélisande Dubois grâce aux empreintes dentaires. Sa mort remonterait à quelques mois, voire au jour de sa disparition. L’enquête prend une toute autre direction. Rémi et les autres sont innocentés, car il a relevé de nombreuses fractures et écrasements des os qui ne sembleraient pas être l’œuvre d’un humain. Il s’agirait plutôt d’une attaque animale, reste à définir lequel. J’ai décidé d’acheter le journal pour en savoir plus.L’article en première page révèle les témoignages de plusieurs éleveurs qui ont retrouvé dans leurs pâturages les carcasses de leur bétail démembré. Le propriétaire de l’écurie Démotan a recensé plusieurs attaques : cinq chevaux présentaient des blessures impressionnantes au niveau de la croupe, du jarret, des flancs, et même de l’épaule, ce qui a entraîné leur abattage, et deux ont même été égorgés dans leur boxe. La presse parle de « bête sauvage » pour l’instant et la pos
Je m’arrête à la hauteur du rocher, je reconnais l’endroit qu’elle me désignait. Nous descendons près du ruisseau, mon cœur s’accélère au fur et à mesure que nous nous rapprochons. Je ferme les yeux car je sais déjà ce que je vais trouver. C’est en entendant Thomas injurier l’assassin que je réalise que mon cauchemar est réel. Ce n’est plus un corps en décomposition que nous trouvons, mais un squelette. Impossible de reconnaître la dépouille de Mélisande. Bouleversée par ces capacités que je ne comprends pas, des larmes coulent sur mes joues, mes jambes sont en coton, je suis sur le point de m’évanouir. Je ressens toute sa souffrance au moment de sa mort et c’est insoutenable, je tombe à genoux, secoués par des sanglots. Thomas me soutient comme il peut car lui aussi est dévasté et s'effondre à son tour. Il nous est impossible de parler, bien trop bouleversés par notre terrible découverte. Il me caresse la joue et me tend un mouchoir en papier. Je le saisis par réflexe et m’essuie le
Au même moment, tout devient noir et lugubre, un brouillard épais m’entoure au point de ne plus distinguer mes pieds, aucune lumière ne peut filtrer à travers. J’ai envie de m’enfuir mais c’est inutile, je n’y vois rien et me sens attirée vers elle. Et même si j’appelais à l’aide, on ne m’entendrait pas d’ici. Alors j’abandonne cette lutte inutile et me laisse aller. Lorsque je suis assez proche d’elle, je tente de la toucher, ma main la traverse et elle disparaît aussitôt. Le brouillard se dissipe et j’entrevois à nouveau les lumières du parc. Je ne sais pas encore si je dois m’en réjouir mais Rémi est là, à quelques mètres de moi, adossé à un arbre, une bière à la main. Je suis tellement heureuse de voir un visage connu que je me jette à son cou sans réfléchir, encore toute tremblante. Sauf que Rémi, lui, le prend pour argent comptant et croit que j’ai changé d’avis. Il pense sûrement que j’ai succombé à son charme et essaie de m’embrasser à nouveau.— Ce n’est pas ce que tu crois
J’enfile plusieurs tenues avant d’arrêter mon choix sur un jean, un débardeur bleu turquoise dont l’encolure est bordée de petits strass très discrets. J'essaie les nouvelles bottines noires à talons que mon père m’a envoyées de Paris, elles s’accordent parfaitement avec mon perfecto en cuir noir, j’attrape dans mon dressing une écharpe en soie fine, assortie à mon débardeur et je suis enfin prête. Ma mère nous conduit, mon frère et moi, chez Rémi pour 20 heures.Cette demeure est très impressionnante et son portail est digne de Versailles ! Des frissons me parcourent le dos, j’éprouve un sentiment étrange, comme si quelqu’un m’observait. Je remarque sur la façade de ce manoir datant de plusieurs siècles, de nombreuses fissures. Nous voici devant la porte d’entrée monumentale restée entrouverte, mon frère me pousse du coude pour que je sonne mais Rémi apparaît dans l’embrasure de la porte.— Fais pas cette tête, j’ai reconnu ton parfum ! s’exclame-t-il en souriant.Il m’agace d’entrée
Chapitre 1La soirée de RémiQuelques jours avant l’anniversaire de Rémi, M. Dubois a semé le trouble à la sortie du lycée. Je l’ai reconnu grâce à la description de mes camarades. D’une pâleur effrayante, avec des cheveux mi-longs grisonnants et gras qui partent dans tous les sens, des yeux globuleux et d’un bleu très pâle presque décoloré, un nez aquilin, une bouche fine et une mâchoire carrée lui donnent un air de savant fou ! Il se tient droit comme un « i » avec les bras croisés sur le torse et le regard rivé sur la sortie. Les élèves lui passent à côté sans lui jeter un regard et moi j’attends ma mère qui n’est toujours pas là.C’est seulement quand j’aperçois Rémi, entouré de ses copains que je comprends. Personne n’a le temps d'anticiper, Émilien Dubois l’empoigne brutalement par le col, le plaque contre le mur avec violence. Sa bouche écume de rage, on dirait que ses yeux lancent des étincelles. Rémi se rebiffe aussi sec, son regard a changé, il ne semble plus humain. Il lui







